LA POMME AU CANADA.—SA CULTURE ET SON AMELIORATION
Par W.T. Macoux, horticulteur du Dominion.
La pomme est un fruit fort apprécié dans l'univers entier. Il s’en consomme tous les ans des quantités énormes et les plantations de pommiers augmentent sans cesse; elles ont été très nombreuses en ces dernières années. On a même tant planté d'arbres que beaucoup de gens doutent qu'il soit sage de continuer; certains même croient que l'on a déjà dépassé la mesure. Le temps seul nous dira si ces personnes on raison. Je crois cependant que si les méthodes de distribution de la récolte s’améliorent rapi- ‘lement, nous n’aurons pas, d'ici longtemps, à souffrir de la surproduction. En effet, il s’en faut de beaucoup que la population, au Canada comme ailleurs, consomme autant de pommes qu'elle le ferait si elle pouvait se procurer ces fruits à un prix raisonnable. Pour salisfaire tout le monde sous ce rapport, il faudrait bien des millions de barils de plus que la quantité que nous produisons actuellement. Du reste, il meurt tant de pommiers tous les ans, il se produit tant de mauvais fruits, tant de vergers son! négligés, enfin tant d'arboriculteurs se découragent et abandonnent la partie que celui qui produit de bons fruits d'une année à l'autre devrait continuer à faire de bons bénéfices. Le producteur qui a d’autres récoltes sur lesquelles il peut compter dans les années où les bonnes pommes sont abondantes et les prix faibles, est naturellement en meilleure position que celui qui n’a que son verger pour toute source de revenus.
Quand les js abonderont sur nos marchés, on connaîtra mieux les mérites des différentes variétés; on appréciera mieux, par exemple, la différence qui existe entre les qualités de choix et les qualités No. 1, No. 2, No. 3, et les fruits se vendront d’après leur valeur intrinsèque. Que chaque producteur ne plante que les meilleures variétés, qu’il prenne un bon soin de ses arbres, qu'il emballe et qu’il écoule ses pommes de la meilleure façon, et qu'il ne s’estime satisfait que lorsque tous les fruits qu'il offre en vente sont d'une belle couleur vive, qu'ils sont exempts de tares et que leur qualité est aussi bonne que possible.
C'est au Canada que se produisent les meilleures pommes, celles qui ont le meilleur goût, les plus vives couleurs et qui se conservent le plus longtemps, et si nos producteurs font bien leur part, notre pays devrait largement contribuer à alimenter les marchés du monde de ce fruit sain.
On ignore l'origine de la pomme cultivée. On croit cependant qu’elle descend de la pomme sauvage d'Europe (Pyrus Malus), mais nous ne savons pas quand l'amélioration a commenté, ni quand les fruits ont atteint la grosseur, la couleur et la qualité que l’on recherche aujourd’hui dans une bonne
omme. On sait cependant qu'au commencement de l'ère chrétienne, les omains cultivaient quelques variétés de pommes qui soutiendraient avantageusement la comparaison avec certaines espèces modernes. La pomme est mentionnée dans l’Ecriture Sainte bien des années avant cette épaque, mais il est évident que le fruit désigné sous ce nom n'était pas la pomme, telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Beaucoup d'autres fruits ont une zone de culture relativement limitée. La pomme, au contraire, a une zone très étendue dans les climats tempérés de l'Ancien et du Nouveau monde; elle se contente de conditions qui seraient
plus de 3,000, assez pour satisfaire tous les goûts, quelque excentriques qu'ils soient, car on peut toujours trouver une variété qui convienne à une personne ou à une localité donnée.
La pomme est peut-être, de tous les fruits, celui qui a la saison la plus longue. En choisissant judicieusement les variétés, on pe conserver des roids mcdernes, on
peut garder en bon étal, jusqu’à une époque avancée de l'été suivant, quel-
Certaines variétés commencent à rapporter avantageusement la cinquième année de plantation. D'autres parmi les meilleures espèces ne rapdar abondamment qu'au bout de dix ans ou plus. La durée du pommier
épend ARS crane du climat sous lequel il est cultivé, des soins dont il est l'objet et de la variété à laquelle il appartient. Il y a cependant d'autres facteurs qui entrent en ligne de compte. Dans des meilleurs districts à pommes de l’Amérique, on voit des arbres de soixante à cent ans qui donnent encore des quantités avantageuses de fruits.
. Les emplois auxquels se prête la pomme sont trop bien connus pour qu'il soit névessaire d'en parler. C’est vraiment la reine des fruits.