MU R CU RE
C’est une pomme.
VENUS, avec une grAce enfantine.
Le joli fruit! Le nom charmant! Donne-la-moi.
Ami!
MERCURE, retenant la pomme.
Si je veux pour jamais fâcher le roi De l’Olympe, ce dieu qui jamais ne diffère A nous punir, je n'ai pas autre chose à faire.
Il saurait se venger par quelque affreux tourment!
VÉNUS
Eh bien, prôte-la-moi.
( Mercure fait un geste de dénégation. )
Pour un petit moment!
Permets du moins que seule, à mon aise, j’admire Sa couleur de rubis et son parfum de myrrhe.
MERCURE
Oh ! comme devant toi mon amour ébloui Est faible !
VÉNUS
, N’est-ce pas que tu veux bien ? Dis : oui !
MERCURE
Je vais y réfléchir.
(A part, tandis que Vénus suit ses mouvements d’un regard inquiet. )
Au fait, laisser la pomme
En ses mains ? Pourquoi pas? Toute femme se nomme
Fragilité! Vénus peut faiblir, et partant... —
C’est dit ! je la lui laisse! — Et Léda qui m’attend Près de l’Eurotas? — Bah! dans les grands deux limpides On va vite. Il fait beau, mes ailes sont rapides,
J’ai le temps de parer à tout événement !
Eh bien !
VÉNUS
MERCURE
Pour un moment, n’est-ce pas? Justement J’aurais certain message il porter, j’imagine.
Près d’ici.
VÉNUS
Quel bonheur 1
MERCURE, tenant haut la pomme.
Oui, dans l’ile d’Égine.
Mais, si je te prêtais ce fruit, à mon retour Me le rendrais-tu ?
VENUS, se levant sur la pointe des pieds pour atteindre la pomme.
Bon Mercure ! tant d’amour!
MERCURE
Tu me tromperais!
VÉNUS
Non.
Je le vois.
VÉNUS
Oh ! .Mercure !