ACTE DEUXIÈME
Pour partir avec moi, elle exige que j'aie au moins quinze mille francs!... A la fois !... Alors, je prends des billets de toutes les loteries que je connais !... Je gagnerai peut-être un jour, et alors, tout de suite, nous nous enfuirons tous les deux!... Et alors, qu'est-ce que je ferai de madame Pascaud...
(Se reprenant.) de madame Templier... (Se reprenant encore.)
Non, de madame Pascaud !... (Avec décision.) Je ne me donnerai pas à cette dame!... (Réfléchissant.) D'un autre côté, si je la refuse trop longtemps, elle peut se piquer, m'en vouloir, me faire renvoyer!... Il faut que je me donne à cette dame!... (un temps.) Pourquoi m'aime t-elle, en somme?... Je ne suis pas
tellement beau ?... (Il vérifie, dans une petite glace de poche.)
Ce sont mes vers qui l'ont troublée!... J'aurais dû me limiter aux courses!... Mercure, pas Apollon !... Tout de même, son amour me flatte!... Elle ne me demande pas d'avoir quinze mille francs, elle!... Elle m'aime sans conditions !... (Gamin.) Peut-être... me donnerai je... à cette dame!... (La porte du fond gauche s'ouvre.) Mais parlons plus bas : on vient !..•
(Pascaud vient d'entrer et va s'asseoir au bureau de Templier.)
Ah ! C'est monsieur Templier !... ^'approchant de lui
et lui remettant la lettre d'Irma.) Monsieur, Voici Une lettre que madame Pascaud m'a chargé de vous remettre.
Il va pour sortir.
PASCAUD, prenant la lettre.
femme ?...
MOL, sursautant.
Oh! Nom de Dieu !...
PASGAUD.
Quoi?
MOL, courant à lui.
Rendez la lettre. Ce n'est pas pour vous !...
PASGAUD.
Comment ?
Je vous prenais pour monsieur Templier.
PASGAUD.
Ma femme écrit à Templier?
MOL
Du tout !... Pourquoi lui écrirait-elle ?...
PASGAUD.
Vous me dites que vous me prenez pour Templier, et vous me dites : Voici une lettre pour vous!...
MOL, affolé.
Monsieur Pascaud, rendez-moi cette lettre !...
PASGAUD, soupçonneux.
Vous êtes ému, Paul Mol!
MOL
Nullement.
PASGAUD, regardant la lettre.
D'ailleurs, il n'y a pas d'adresse sur l'enveloppe.
MOL
Vous voyez bien que ce n'est pas pour vous !...