‹ La popularitéChapitre 1 sur 158 · MON FILS · texte numérisé non relu

MON FILS

Cher espoir de deux cœurs, corameleurdoux tourment, A toi cette œuvre au théâtre applaudie!

Ces vers qu'à peine, ami, tu liras couramment, Ta mère veut que je te les dédie.

Lorsqu'au lever du jour la blanche épine en pleurs Aux pommiers blancs refleurit enlacée,

Que la Saint-Adjutor , toute blanche de fleurs. Rit au vallon comme une fiancée ' ;

• Féto (lu liamcau de la Madileine, au mois d'avril.

J'y rêvais à ces vers , sur l'herbe où nous tremblons Pour un faux pas fait par toi quand tu joues,

Où tu viens méchamment tendre tes cheveux blonds A nos baisers qui cherchent tes deux joues.

Maintes fois ce long mot , la popularité , Mes yeux t'ont vu l'épeler dans l'histoire ,

Et grâce au doigt charmant sur la ligne arrêté, Grâce à ta mère, en sortir avec gloire.

Triomphant je riais; elle, riait aussi.

Tu lisais , toi , ce mot sans le comprendre ; Jeux, bruit, folâtres soins t'en ôtent le souci,

Et de longtemps tu ne le voudras prendre.

Mieux te plaît, n'est-ce pas, glisser à ton réveil Tes doigts furtifs sous les feuilles humides ,

Où le fraisier des bois cache un fruit moins vermeil Que l'incarnat de tes lèvres avides ?

Mieux te plaît, cher démon, quand des papillons bleus, Nacrés , dorés , l'essaim brillant t'appelle ,

Sur les roses de mai te jouer avec eux Dans les rayons où leur vol étincelle ;

Mieux encor, sur tes pas traîner en souverain L'énorme chien, qui, la tête pendante,

Souffre, géant soumis, que ta petite main Insulte aux crocs de sa gueule béante.

Esclave aussi terrible et plus souvent flatté , Le peuple est doux aux maîtres qu'il tolère,

Et ce qu'on nomme, enfant, la popularité, C'est son amour qu'un rien change en colère ;

Amour plus fugitif que n'est la goutte d'eau , Ta gloire, à toi, quand ton souffle en colore

Le globe qui , tremblant au bout du chalumeau Te semble un monde , éclate et s'évapore.

Amour, dont cependant tu dois peut-être un jour Poursuivre aussi la faveur passagère;

Et, ce jour-là venu, bien verras à ton tour Qu'il n'est trompeur , cet écrit de ton père.

A l'heure de l'épreuve, ô mon fils, puisses-tu, Le relisant d'une voix attendrie ,

D'un saint tressaillement frémir pour la vertu, D'un pur amour au nom de la patrie !

Puisses-i,u! Mais va, cours : sur ton front soucieux

Je vois passer une ride légère, Et, las de ton repos, en ouvrant tes grands yeux ,

Tu semblés dire : Est-ce fini, ma mère ?

Cours, jette aux vents l'ennui; sois fier en me quittant

De ressaisir ta jeune indépendance:

Ces vers écrits pour toi valent-ils un instant,

Que je vole, mon fils, à tes beaux jours d'enfance ?

Jours printanlers, jours iVais, les plus aimés des jours Dont les vieillards en pleurant se souviennent ;

Qu'à peine on a sentis, qu'on re(jrette toujours, Et qui , passés , jamais plus ne reviennent.

LA

PEnSONJVJGES.

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