ACTE IV, SCÈNE M
MORTINS.
Il a pour le pouvoir voté le lendemain.
EDOUARD, après une pause.
Eh bien, puisqu'il l'a fait, il le devait sans doute!
MORTINS.
Mais tu n'as donc pas lu?
EDOUARD
Qui ? mon père !...
MORTINS.
il m'en coûte De paraître à tes yeux abuser d'un secret Que je t'ai révélé dans ton propre intérêt. Possesseur de l'écrit je le mettrais en cendre; Lui va s'en faire une arme; et quand? comment défendre Ton père diffamé que sa plume flétrit , Si, renié par tous, tu n'es plus qu'un proscrit. Mais sa plume, veux-tu qu'il la brise de rage? Marche avec nous, triomphe, achève ton ouvrage; Deviens chef de l'Etat; sois le nôtre et le sien:
Bâillonné par la peur, Godwln n'ose plus rien.
Ah ! laisse-moi.
MORTINS.
La peur le condamne à se taire ; Mais que puis-je tenter si tu nous es contraire? Et pour un faux honneur qu'aux pieds tu dois fouler, Malheureux ! l'honneur vrai , tu le vas immoler. Crains-tu, si ta présence au convoi l'autorise. D'être connu trop tôt pour chef de l'entreprise, IN'y viens pas; n'agis pas; mais laisse-nous agir. Tu n'as rien su : de rien tu n'auras à rougir. JN'y viens pas; à nos yeux ton absence est la preuve De ton concours secret, et nous risquons l'épreuve Tout réussit alors. Edouard, mon ami, Nos deux cœurs si longtemps pour la gloire ont frémi D'un même élan d'amour et d'une ardeur égale; Ne nous séparons pas à cette heure fatale. Non, par la noble vie à qui tu vas faillir, Par la fraternité qu'il te faudrait trahir, Par l'avenir sans borne ouvert à ton génie,