SCENE DEUXIEME
SIR GILBERT LINDSEY, entrant, EDOUARD, qui le suit.
SIR GILBERT
Dans son toast, chacun son caractère:
Caverly, qui veut l'ordre avant la liberté, Prône le ministère et porte sa santé; Radical dans le cœur, ton jeune camarade, Mortins, nomme le peuple en vidant sa rasade; Moi, qui vis tout changer : ministres, peuple, et roi; Je suis pour ce qui tient , pour le pays; et toi, L'aigle de nos débats, toi de qui la parole Domine au parlement, tu bois à ton idole, A la gloire.
EDOUARD
Je l'aime.
ACTK 1, sckînh: h.
SIR GILBERT
Eh! comment t'en blâmer?
L'éloge excite un cœur qui s'en laisse charmer; Mais crains l'opinion : c'est une enchanteresse.
EDOUARD
Je veux, tout en l'aimant, gouverner ma maîtresse;
Et, pour y parvenir, ne suis-je pas resté
Exempt d'ambition comme de vanité?
Premier des aldermans, sans faire un pas peut-être
J'étais lord-maire; eh bien, j'ai dédaigné de l'être.
D'un domaine aujourd'hui Londres m'enrichissant^
A souscrit malgré moi ce don reconnaissant,
Et je viens à mon tour d'en doter ses hospices.
En vain l'opinion veut payer mes services ;
Elle me devra tout : que lui devrai-je? rien ,
Rien qu'un pouvoir plus grand pour accomplir le bien.
Mais je saurai fixer sa faveur infidèle,
Je la dominerai; car je prends pour modèle
Ce vertueux Névil que la Chambre a perdu ,
Qui, ferme sur l'autel, n'en est pas descendu.
Qui d'un deuil unanime a couvert nos murailles,
Et dont un peuple entier suivra les funérailles. Oui, je veux, comme lui, des partis respecté, Garder jusqu'à la fin ma popularité; Et si , tout chargé d'ans, comme lui je succombe, En immortalité la changer sur ma tombe.
SIR GILBERT
Sublime honneur, mais rare! Adieu, ton déjeuner M'a fait quitter mes champs et j'y vais retourner.
Moiilrani la salle à manger.
Rejoins-les.
EDOUARD
» De flacons la table est bien garnie ,
Et mes vins, mieux que moi, leur tiendront compagnie.
Nous nous voyons à peine.
SIR GILBERT
A qui la faute?
EDOUARD
Hélas!
SIR GILBERT
Que ne viens-tu, mon h)s, causer sous mes lilas?