SCÈNE NEUVIÈME
EDOUARD, puis LADY STRAFFORD.
EDOUARD , qui tombe dans un fauteuil.
D'honneur, je suis brisé ! Pour comble d'infortune , Jamais ovation ne fut plus importune :
Je sais qu'elle m'attend, et je cours la revoir; On me saisit; je roule, et dans mon désespoir, Sans que j'ose arrêter la prison qui m'emporte , On me fait par trois fois passer devant sa porte ! Mais que m'a dit milord? que je reste; et pourquoi? Veut-il m'entretenir ? Non , Julîa, c'est toi. Toi seule; et, je le sens au trouble de mon âme, Ces travaux où l'orgueil trouve un plaisir de flamme, L.eur charme inspirateur, leurs succès palpitans, Le cèdent en ivresse à de si doux instans.
LADY STRAFFORD , qui est sortie en grande parure de son appartement, et qui est venue pas à pas, pendant ces derniers vers, s'appuyer sur le fauteuil de Lindsey.
Edouard, est-ce vrai ?
EDOUARD, qui se lève.
Vous! c'est bien vous!
LADY STRAFFORD
Oui, celle Qu'autrefois vous aimiez.
EDOUARD
Que je revois plus belle; Que j'aime plus encor, que je préfère à tout; Dont l'ardent souvenir me poursuivait partout.
Le vôtre de mes jours a seul rempli le vide. Du bruit de vos succès combien j'étais avide ! Que n'aurais-je donné pour en être témoin ; Pour applaudir celui que j'admirais de loin.