ACTE III, SCÈNE I
EDOUARD
Cette excuse pourtant n'est pas hors de saison : D'avoir mille vertus Nelbroun a bien raison ; Mais ses vertus ont tort de heurter tout le monde. On peut, en honnête homme, à son siècle qu'on fronde Du haut de son dédain dire la vérité , Sans être un fanfaron d'impopularité, m'est: le soutenir, c'était faire divorce Avec ce vœu public dont j'emprunte ma force ; Et j'ai sacrifié, j'en gémis comme vous , Les droits sacrés d'un seul aux droits plus saints de tous. Mon motif, le voilà; sans rougir j'en rends compte: Mais ce qui sur ma joue a fait monter la honte , Ce qui révolte ici mon honneur indigné , C'est ce mot trahison , que j'aurais dédaigné Dans la bouche d'un autre , et qui me désespère En tombant sur mon cœur des lèvres de mon père.
SIR GILBERT
Hier, avec quel feu , quel courroux véhément. Ne vous a-t-on pas vu tonner au parlement! Votre succès fut grand , immense.
EDOUARD
Il vous irrite?
J'en suis plus fier que vous; mais contre le mérite, Les services , l'honneur, contre un choix excellent . Pour plaire à vos amis , tourner votre talent : C'est en flétrir l'usage. Oui, monsieur, l'éloquence Est un mal, quand le mal en est la conséquence : Celui-là fait le mal, qui prouve éloquemment Que la raison a tort, que la vérité ment ; Et dans ce député, qu'à sa honte on renomme, J'admire l'orateur, mais je méprise l'homme.
EDOUARD
Suis-je cet homme?
SIR GILBERT
Non; si vous l'étiez!...
EDOUARD
Alors ,