SCÈNE II
LORD DERBY, CODWIN.
LORD DERBY
(Jodwin, bonjour ;
Vous m’attendiez?
CODWIN.
Milord se fâche à son retour ?
LORD DERBY
Oui, l'opposition gagne mon antichambre ;
Du parlement aussi chacun d’eux se croit membre. CODWIN»
De notre député milord est mécontent?
LORD DERBY
J’ai vu cela tout jeune, et d’un air important Cela tranche, cela vous prêche, vous gourmande : Pour que cela vous porte, il faudra qu’ou s’amende. CODWIN.
Nous le ferons marcher ; s’il hésitait encor. L’aiguillon est tout prêt : en quittant le trésor, J'ai su par-devers moi retenir une lettre Qui le forcerait bien, milord, à se soumettre.
Il votera pour vous.
LORD DERBY
Ce Mortins, au besoin, M’appuiera près de lui,
CODWIN.
Mortins !
LORD DERBY
Vais-je trop loin
Eu le voyant ?
CODWIN.
J’y rêve.
Est-ce me compromettre ?
CODWIN.
Mais...
LOAD DERBY
Chez moi sans danger je crois pouvoir l'admettre. CODWIN.
Les choses pour quelqu'un vont si bon train là-bas. Que l'on peut tout oser.
LORD DERBY
Non pas, Godwln, non pas ; N’osons rien, s’il vous plaît : Je préfère, et pour Le parti qui recueille à celui qui s’expose, [cause, Mortins peut nous servir; je le crois décidé. CODWIN.
Lui-même par le» riens est déjà débordé.
LORD DERBY
Qu'en s’unissant d’abord ils fassent taille rase,
Et pour les accorder ensuite ou les écrase.
CODWIN»
11 sera curieux de voir, daus l’entretien,
Le régime nouveau traiter avec l’aucicn.
LORD DERBY
Nous signerons la paix en méditant la guerre. CODWIN.
Va pour Mortins !
Je crois que vous ne !*airaex guère ?
CODWIN.
Mol ! je u’aiine personne... excepté vous, milord.
LORD derby, en riant.
Je vous trouve exclusif.
CODWIN.
Je le suis. Ai-je tort?
Quand je criai misère, en arrivant à Londre,
Dans ce désert peuplé, qui daigna me répoudre ? Personne : sans me plaiudre on me laissa crier. Quand je cherchai la gloire au fond d’un encrier. Qui donc prit en souci mon début littéraire ? Personne. Quand le sort, las de m’étre contraire, Pour un modique emploi fit qu’on me trouva boa, Qui m‘y soutint ? Personne. Évincé sans raisou. Qui me tendit la main? Personne encor. De rage, Je rêvai sous le toit de mon troisième étage One je faisais fortune en rendant coup pour coup :
Je m’endormis mouton et me réveillai loup.
Pour mordre à belles dents tout fut de mon do- Je tombai sans pitié sur la sottise humaine, [maine ; J'écorchai, déchirai le troupeau des tremhleurs ï G uerre ou tribut 1... Danseurs , acteurs , auteurs ,
[parleurs.
Pour ses gestes, ses pas, son discours, son volume, Tout paya : je battis monnaie avec ma plume.
Je fus par les bureaux félé, doté, renté ;
Et ce qu’un brave Anglais, qui pour l'amirauté S’escrima quarante ans de Plymoulh à Surate,
N’a pas comme marin, je l'eus comme pirate.
Mais qui m’a fait mon sort ? Personne. Craint de tous. Qui peut m’aimer? Personne. Or, j’en appelle à vous. N'ai-je pas cent raisons , dont la moindre est fort !
[bonne, \
De n’aimer, n’estimer et n’épargner personne? |
Toujours vous excepté, milord I LORD DERBY.
C’est convenu. ,
Mais, que me vouliez-vous?
GODWIN
Me voilà parvenu
À ce point où l’argent n’est plus, que secondaire :
Je veux maintenant...
LORD DERBY
Quoi?
M’honorer en public de votre patronage ;
Je veux parmi vos lords jouer mon personnage , EntrVux m’asseoir à table et boire à leur santé f Au sortir de la chambre où vous m’avez porté.
Eh bien donc I tout à vous après notre victoire I godwin.
Dés ce jour ; les vainqueurs ont fort peu de mémoire. LORD derby , avec hauteur.
Godwin 1
godwin.
Est-il prudent de me répondre : non ?
Ces pamphlets dont l’esprit fait honneur à mon nom, Pour les rendre piquans, qui m’aide à les écrire ? Vous ; tout autre que moi , milord , pourrait le dire. LORD DERBY.
Monsieur !
GODWIN
Ces embarras au pouvoir suscités ,
L’or les a fait , sous main , surgir de tous côtés ; Tout autre, bien instruit qu’il vient de votre bourse. Pourrait avoir le tort d’en découvrir la source.
LORD DERBY
Mon cher monsieur 1
GODWIN
GODWIN
Que l’on me considère.
L’argent vous mène làl
GODWIN
Soit, quand on en a tant Qu’à force d’en avoir on devient important;
Mais quand on ne s’est lait qu’une honnête existence. C’est de nos amitiés que vient notre importance. Par vous , pour réussir , je veux être étayé ;
Je vous ai bien servi.
LORD DERBY
Je vous ai bien payé.
GODWIN
Paycz-moi mieux encor.
LORD DERBY
Comment donc?
Là-bas, votre humble confident A dans ses iutéréts plus d’un correspondant ;
Et , pour certain parti , sous le nom de Montrosc , Il sait quel noble sang certaine dame expose.
Je n’avoürai jamais que c’est lady StrafTord ;
Mais tout autre que moi pourrait avoir ce tort. LORD DERBY.
Mon cher ami J
GODWIN , lui prenant la main.
Flatté de œ titre honorable , Laisscz-moi doue me croire assez considérable , Assez considéré , pour me montrer chez vous : Votre ami peut prétendre à l’amitié de tous.
A ce soir, mon cher lord I
GODWIN
En estime.
LORD DERBY
Je le fais.
GODWIN
Seul à seul.
LORD DERBY
Dans mon commerce intime Je vous admets, Godwin.
GODWIN
Sans témoins.
LORD DERBY
Je uc peux
Vous montrer plus d’égards.
godwin.
/ Tête à lêlc : et je mis