ACTE
Tu vas en attendant user de ton pouvoir.
ÉDOUARD
Comme aldermau?
MORT ira.
Sans doute.
ÉDOUARD
A ton nouveau lord-maire
Q ue ne t’adresses-tu ?
MORTIXS.
Ton nom m’est nécessaire.
Par quelques mots brùluns et de la main signés, Arrache à leurs travaux ces hommes dédaignés, Mais purs, mais dont la race, injustement flétrie, De ses mâles sueurs enrichit l’industrie.
Que les marchés déserts, le port, les ateliers,
Sur le pavé, demain, les jettent par milliers : Qu’ils viennent deNévil escorter la grande ombre ; Au convoi triomphal qu’il viennent par leur nombre Témoigner de ta force en marchant sur tes pas. I.es puissans font cortège aux puissans d’ici -bas.
A l*hommc vertueux il faut une autre gloire,
C’est tout un peuple en deuil honorant sa mémoire. ÉDOUARD.
Me réponds-tu, Morlins, de leur recueillement ? MORTIXS.
Leur respect t’en répond, à moins que s’animant I)e l’énergique ardeur que tes accens font naître, D'en comprimer l'élan leur cœur ne soit plus maître. Tu n'auras plus affaire à tes faiseurs de lois ;
Cœurs glacés que ceux-là ! Non, tu vas cette fois. Tu vas ressusciter sur la place publique Les triomphes perdus de l’éloquence antique.
Mais, ce n’esl pas assez d’exalter la vertu ;
Frappe, écrase le vice h ses pieds abattu.
Ils seront là, couverts de leur deuil hypocrite: Que sur leur front, par toi, leur honte soit écrite ; Sous leur vain appareil va les chercher, prcnds-les, Livre-les dépouillés aux regards des Anglais ;
Que dans leur nudité le peuple les contemple !
Kl faire de leur chute un mémorable exemple,
Kn le portant au ciel les réduire au néant ,
Ne sera plus qu’un jeu pour ses bras de géant. ÉDOUARD.
Eh quoi ! sur un cercueil des paroles de haine! Quoi ! profanant des morts le funèbre domaine,
Y transporter l’aigreur de nos débats humains: Quelle arène, Morlins, pour en venir aux mains ! Névil s’indignerait de nous y voir descendre.
Et nos pieds de ton père y fouleraient la cendre. Dans nos temps sans croyance, où l’on se rit de tout. Laisse au moins des tombeaux la majesté debout. Nous devons à Névil tm peùple pour cortège ;
11 l'aura ; j’écrirai : mais qu’un mot sacrilège , Dans le séjour de paix troublé par nos discords, Divise les vivons en insultant les morts 1 Non; d'un culte si saint malheur à qui sc joue! llontc à qui peut jeler dans le sang et la boue I n appel au parti pour en souiller l’adieu
, SCfiNE V.
Que reçoit la vertu qui remonte vers Dieu !
Je dois combattre ailleurs une injuste puissance ; Là je ne dois parier que de reconnaissance.
Quand un grand citoyen n’a plus rien de mortel. Pour la patrie en pleurs sa tombe est un autel Qui réunit les fils sur la cendre des pères,
Et devant un cercueil tous les hommes sont frères.
MORTIXS.
Tu vus perdre, Edouard, un triomphe assuré.
Chacun parle, après tout, comme il est inspiré ; Dis ce qui te plaira, je dis ce que je pense ;
Mais remplis un devoir dont rien ne te dispense : L’adresse que j’allends n’admet point Ue retards ; Rédige-la de verve, écris, signe, et je pars.
ÉDOUARD
J’y vais.
(Il sort par une porte latérale.)