‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 106 sur 146 · Ma faiblesse est telle que je reste encore à la maison · texte numérisé non relu

Ma faiblesse est telle que je reste encore à la maison

Entre 4 et 5 heures, lecture des Matines du Jeudi-Saint, au coin de mon feu.

5. Jeudi-Saint. — A 8 heures, messe avec Jeanne, Véronique, Madeleine et Elisabeth.

Après-midi, lecture de l'office des Ténèbres.

Arrivée d'Auric, seul, Pierre, retenu à la maison par ses enfants malades, n'ayant pu venir.

Dernière heure, lettre délicieusement touchante de Muls qui m'envoie 100 francs, déplorant de ne pouvoir mieux faire « pour vous qui avez tant fait pour les autres et pour moi ».

11 vient de lire avec beaucoup d'émotion la Femme pauvre et le Mendiant.

Auric part à 10 heures et je me couche accablé de fatigue comme toujours.

6. Vendredi-Saint. — A 7 heures, lu les Laudes du Vendredi-Saint.

A l'église, évangile du jour et adoration de la Croix.

A Georges Joubert : Je le renseigne sur le triste état de mon corps, lui disant que je pense beaucoup à la mort avec le regret de n'avoir pas mieux vécu. Je le remercie pour ses photographies, reçues hier.

Votre amie est fort gracieuse et je ne peux que vous féliciter de tout mon, cœur, en demandant qu'il plaise à Dieu de vous donner ce qu'il a prorais par ses anges aux hommes de bonne volonté : la paix sur la terre. Pour ce qui est du bonheur, lequel cependant, — selon mes vues, — consiste à endurer par amour pour Dieu les pires tourments, je n'ose pas en parler, tellement ce que j'entrevois est terrible. Le monde actuellement atteint de folie ne parle que de victoire et de gloire. La victoire sur l'Allemand, d'accord, mais à quel prix! Quant à la gloire!... Quand on m'interroge, ma réponse unique est celleci : « La grande tribulation n'a pas encore commencé. » Je vous écris ces choses, mon ami, parce que je vous crois capable uV les porter. Au surplus,

je ne suis pas un prophète et il vous est permis de douter de mes almanachs.

A Josef Muls :

Simple carte en m'excusant sur ma faiblesse. « Ai-je vraiment fait pour vous et pour d'autres autant que vous dites? Je n'en sais rien, mais il m'est doux de l'entendre dire et cela m'arrive quelquefois. Il y a de si grandes promesses pour ceux qui auront fait du bien à leurs frères. Cela me fait espérer que je serai traité avec miséricorde. Seulement je voudrais m'avoir fait du bien à moi-même, c'est-à-dire à ma pauvre âme que je vois en un triste état. J'ai pensé souvent que la plus dangereuse atteinte à l'âme est le péché d'omission. Le péché d'action, quelque énorme qu'il soit, peut être pardonné puisque Jésus a payé. Mais il n'a pas payé pour le péché d'omission qui regarde le Saint-Esprit. C'est une pensée torturante, surtout à la fin de la vie, quand on se rappelle avec précision certaines circonstances où on aurait pu si facilement accomplir certains actes que Dieu demandait et qu'on a négligé ou refusé formellement d'accomplir. C'est mon cas. En cette manière, je suis exactement au niveau des riches qui auraient pu, sans se gêner le moins du monde, m'aider à remplir ma mission et qui ne l'ont pas voulu. Tout ce que je peux, c'est de pleurer amèrement comme saint Pierre qui aurait pu ne pas renier son Maître et qui n'obtint son pardon que lorsque le Saint- Esprit tomba sur lui comme la foudre.

<( Vous employer », mon ami, je le veux* bien, puis-

que vous avez senti profondément les cantiques de douleur que sont la Femme pauvre et le Mendiant ingrat. Mais que pouvez-vous contre les ennemis de l'Esprit-Saint? Venez nous voir le plus tôt possible.

Lecture des Matines du Samedi-Saint.

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