‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 4 sur 146 · Je ne suis bon à rien, et je continue à souffrir · texte numérisé non relu

Je ne suis bon à rien, et je continue à souffrir

Hier, Pierre m'a appris la mort de Remy de Gourmont. Son dernier article au Mercure était un ricanement contre Jeanne d'Arc.

10. Dimanche. — Je suis jugé et je me juge moi-même incapable de sortir. Je suis terriblement loin de la santé.

A 6 heures, visite du bon ami Henri Boutet, dont j'avais trouvé à ma rentrée un livre nouveau, l 'Ame de Paris, 1914.

15. — Nuit très douloureuse. Le soir, Jeanne m'annonce que, demain matin, le vicaire de la paroisse m'apportera la communion.

Le propriétaire nous signifie notre congé par huissier, ce qui, a dit un ami compétent, ne signifie absolument rien.

16. — La nuit dernière ayant été presque bonne, la journée est beaucoup meilleure.

Je peux même, le soir, jouer aux échecs avec Jeanne et lire avec intérêt des pages de Marbot.

18. — Lettre d'un inconnu, Joseph Muls, qui se dit exilé belge, grand amateur de mes livres et qui voudrait me voir.

Vers 3 heures visite de Martineau et de sa femme. Je suis heureux de les revoir et de leur faire lire quelques pages de mon manuscrit, mais il en résulte pour moi une grande fatigue, aggravée plus tard par la bonne femme qui

vient me poser des ventouses, pratique dont je ne vois pas l'utilité.

19. — A midi je reçois des nouvelles d'André Dupont, triste et résigné. Je fais l'effort d'une grande lettre pour lui donner du courage.

22. — Lettre très affectueuse et très intéressante de Belle qui considère, comme moi, l'avenir avec les plus noirs pressentiments.

23. — J'écris longuement à Belle, ce matin, pour lui donner du courage.

Véra est venue déjeuner. D'après elle ma Jeanne d'Arc serait beaucoup lue sur le front par les officiers.

Le soir, vers 6 heures, visite de Boutet. Il me cite un propriétaire connu de lui qui envoie du papier timbré à ses locataires sur le front ! ! !

25. — Philippe Raoux, dont le silence m'inquiétait, me donne enfin de ses nouvelles. Il a pu être épargné jusqu'ici, mais il voit terriblement l'horreur de cette guerre.

Reçu un imprimé curieux : Une lettre à Mer de Cabrières, d'un curé de la Vienne, en réponse à l'inqualifiable lettre de ce cardinal contre Mélanie.

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