‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 55 sur 146 · Dédicaces pour deux volumes que m'a laissés Auric · texte numérisé non relu

Dédicaces pour deux volumes que m'a laissés Auric

L'Ame de Napoléon. — Ce livre a été couvé plus de vingt ans. Quelquefois, le relisant, il me semble avoir fait quelque chose de grand. Mais peut-être est-ce l'illusion d'un pauvre qui prendrait ses larmes pour la voie lactée.

Le Mendiant ingrat. — Celui qui n'a jamais mendié ne peut rien comprendre à l'histoire de Napoléon, ai-je écrit. En réalité, il ne peut rien comprendre à rien, puisque Dieu lui-même mendie. Pour ce qui est de l'ingratitude, les expériences de ma vie m'ont appris qu'elle consiste, au fond, à donner mille pour un. Les bienfaiteurs, en général, sont les usuriers du Saint-Esprit.

9. — Dimanche. Tania Pouthier et une petite amie viennent déjeuner. Elle a apporté un appareil photographique. Une épreuve est tirée de moi.

A ce moment, arrivée de la Laurencie et de ses deux filles aînées.

Pendant que les enfants s'amusent, je cause avec lui et Jeanne dans le jardin, malgré mon

état de grande faiblesse. Nous sommes de plus en plus charmés de la beauté d'âme, de la distinction parfaite de cet homme au cœur blessé qui m'a donné si généreusement son affection. Départ de nos hôtes vers 6 heures.

10. — Après-midi, lettre très belle du frère Dacien, me parlant des 70 ans qu'il vient d'accomplir jeudi dernier, étant mon aîné de 6 jours, et du même âge que je vais avoir demain ou après-demain, car je suis incertain, mon extrait de naissance portant que je suis né le 12 alors que je veux être né le 11 (i). Il est étrange que cette lettre, qui est une sorte de méditation sur notre mort à tous deux, m'arrive après une jecture faite ce matin de la belle conférence du Père Faber sur la mort.

C'est tout, je m'ennuie, je languis. « Écrasement de l'âme », comme je l'écrivis à Mme Bienvenu, puis à Termier, qui paraît avoir senti la force de cette expression, puisqu'il l'a citée au frère Dacien.

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