‹ La porte SaintDenis 1672 drame en cinq actesChapitre 26 sur 47 · LOUISE, LE PRÉVÔT · texte numérisé non relu

LOUISE, LE PRÉVÔT

le prévôt, entrant par la porte ii gauche. — Déjà dans votre salon, madame. Est-ce que vous attendez du monde... ce malin ? *

Louise. — Personne, monsieur.

le prévôt. — Ah! tant mieux... Mo ferez-vous l’amitié de m’accorder quelques instants, madame?

i.outsB. — Mais avec piîrtsir, monsieur... (S’asseyant.) Prenez un siège.

le prévôt. — Merci... je vais m’appuyer sur le vôtre... je serai plus près de vous... (Après un silence.) Madame, je me nomme Claude Le Pcletier, je suis prévôt des marchands, je joins à un certain renom une réputation de talent et d’honnêteté...

Louise. — Je sais tout cela, monsieur.

le prévôt. — C’est possible, mais j’éprouve le besoin de vous le redire... Je ne suis |uis noble, et c’est à ma valeur personnelle que je dus ma fortune et l’honneur de vous épouser, madame, je le crus du moins.

louise. — Et qui vous en ferait douter?

le prévôt. — Votre conduite, madame.

Louise, ü part. — Grand Dieu!

le prévôt. — Votre conduite, je le répète.

Plus âgé que vous de trente ans, un amour empressé. hors de saisou, efit été mal accueilli...

Tout le monde crut que je vour épousais par intérêt, et je vous épousais par amour... que votre noblesse et votre fortune m’avaient séduit... tandis que votre beauté seule...

louise. — Prenez garde, monsieur, vous allez, je crois, me faire une déclaration après dix ans de mariage.

le prévôt. — Vous plaisantez, madame, et cependant je parle gravement, moi... Mais je continue... Vous étiez étourdie, légère, c’était de votre âge... Je vis bien que vous ne m’aimiez pas... J’en eus un chagrin mortel, que je cachais a tous, à vous surtout ! Il est si facile d être ridicule quand on n'est pas aimé ! J’ai attendu dix ans, madame, pendant lesquels je vous ai vue devenir femme; votre beauté s’est encore agrandie; vous vous prodiguez au monde et seinblez ignorer si j'existe. Ai-je mérité tant de froideur? J’ai fait toutes vos volontés; il y a trois ans, vous avez voulu passer plusieurs mois chez votre mère. J’y ai consenti sans rien demander de plus... J’ai affecté un air heureux... J’ai bien souffert, madame, depuis dix ans, et pour prix de mes souffrances, vous me fuyez...

louise. — Vous ne m’avez jamais parlé ainsi, monsieur...

le prévôt. — C’est que je suis à bout de force et que je ne puis plus contenir l’amour qûi me torture et la douleur de voir que je ne suis pas aimé.

louise. — Mais je vous aime, monsieur, je...

le prévôt. — Vous ne m’aimez pas, et je veux que vous m’aimiez.

louisk, se levant. — Vous le voulez... Ah! monsieur, l'amour ne se commande pas, et lorsqu’on le commande il devient impossible.

le prévôt. — Ainsi dix années d’attente, de chagrins el d'espoir sont payées d un refus.

louise. — Oui, monsieur, je ménlirais si je parlais autrement.

le prévôt. — Louise'

LA PORTE SAINT- DENIS

‘ louise. — Écoutez-moi à votre tour... Jeune fille heureuse au milieu de ma famille... sans amour et sans envie... je ne pensais nas à changer mon sort, lorsqu’un jour mon porc me dit :

« Louise, je dois beaucoup de reconnaissance à M. Le Pelclicr... il m’a sauvé la vie... il t'aime et te demande en mariage... dois-je refuser la main à celui qui m’a conservé à mon enfant?... » Je ne vous aimais pas, monsieur, j’ai payé la dette de mon père!... Jeune femme, j’ai lait mon devoir d’épouse... je vous reconnaissais pour un galant homme et ne demandais pas mieux que de vous aimer; Mais au lieu d’attirer mon amour, vous sembliez prendre à tâche de l’éloigner; votre froideur, votre réserve, j'en sais maintenant la cause et je ne vous les reproche plus... mais enfin... tout cela me laissait indifférente... Ce besoin d'affectipn que mon cœur ressentait ne trouvant pas de pente naturelle...

le prévôt. — En a pris une autre!...

loi’ise. — Je ne dis pas cela... seulement ce sentiment rêvé m'a fait voir mon isolement... Pendant dix ans j'ai bien souffert aussi, moi... j’ai cru à votre abandon et je me suis faite à votre oubli...

le prévôt. — Et c’est là ce que je vous reproche, madame... Jamais vous ne m'avez associé à aucune de vos pensées, à aucun de vos désirs... 11 semble que je ne puisse rien faire pour vous... Jamais vous ne m’avez rien demandé.

louise. — Et que vous demanderais-je, monsieur?

le prévôt, avec intention. — Mais, par exemple, de vous accompagner où vous allez souvent le soir...

louise, à part. — Ciel 1 le prévôt. — Vous devez savoir ce que je veux dire... dans une maison près de la porte Saint- Denis...

louise, troublée. — Ab 1 oui, chez Mariette Taunier, ma nourrice... une pauvre femme à laquelle je m’intéresse.

le prévôt. — N’y êtes-vous pas allée hier ?... louise. — Oui... lui porter... un cadeau de noce...

le prévôt. — Est-cc quelle se marie?...

louise. — Non, mais sa fille... une gentille enfant...

le prévôt. — Eh bien! madame, pourquoi vous troubler? Vous avez eu raison, et votre seul tort est de ne pas m’associer à vos bienfaits. louise. — Monsieur... je réparerai ma faute.

le prévôt. — Une faute!... Oui, le mystère est toujours une faute... il engendre le soupçon... il fait douter de tout... de la femme qu'on voudrait honorer... de l’ami à qui l’on voudrait tendre la maia sans défiance... Il fait voir un traître dans tout survenant... (Se tournant vers le foud.) Qui vient nous déranger?

us valet, annonçant. — Monsieur François Blondel 1

(Blondel, la mère Taupier et Guillaume entrent, l.e valet sort.;

le prévôt. — L’architecte du roi !

louise, à part. — Lui!

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