‹ La porte SaintDenis 1672 drame en cinq actesChapitre 29 sur 47 · LOUISE, LE COMTE DE RII LM BERG · texte numérisé non relu

LOUISE, LE COMTE DE RII LM BERG

Louise. — Et d'abord, monsieur, je vous dirai que votre assurance ne peut ni m’effrayer ni me convaincre; si c’est vous qui avez enlevé la fille de cette pauvre femme, je vous ferai poursuivre comme vous le méritez; l’air d’intimidation que vous paraissez vouloir prendre avec moi ne m’arrêtera pas.

LEcoMrB. — Peut-être!

Louise. — À vaut tout, me direz-vous, monsieur, pourquoi vous ôtes entré ici sans vous faire annoncer ?

le comte. — Parce que je suis de ces gens qu’on n’anuonce pas.

Louise. — Une énigme...

le comte. — Une convenance personnelle.

locisk. — Soit. Cachez donc votre nom s’il peut vous compromettre. Je vous approuve.

le comte. — Un sarcasme!

Louise. — Tout au plus une remarque.

le comte. — Merci !

Louise. — ■* Parlez donc, monsieur. Je vous écoute.

le comte. — Je suis sculpteur, madame... tout le monde peut être sculpteur... mais je suis, de plus, ennemi deM. François Blondel... Mouvement de Louise.) Oh ! ennemi de profession seulement... je n’entends pas lui ravir sa gloire, mais je voudrais la partager.

Louise. — Je ne vois rien là que vous ne puissiez dire à mon mari.

le comte. — Oh! attendez, madame.

LOUISE. — C’est donc un service que vous venez réclamer de moi ?

lecomte. — Oui. madame, un service.

Louise. — Je n’oblige pas les gens que je ne connais pas.

lb comte. — Oui, si ce n’était pas moi.

Louise. — Monsieur!

le comte. — Pourquoi vous scandaliser quand je ne vous ai encore rien demandé?

Louise. — Quel est donc ce service?

le comte. — Monsieur le prévôt «les marchands a spécialement dans ses attributions les travaux de Parc de triomphe que l’on elève pour la rentrée, du mi, et ic voudrais qu'il me Signât un ordre d’occuper la construction avec «Jeux compagnies d’ouvriers que je choisirais moi-môme. j

louise. — El vous venez me trouver pour que je fasse signer cet ordre à mou mari?

lb comte. — Oui, madame.

Louise. — Je ne ferai [«as cela, monsieur.

le comte. — Vous le ferez, madame.

Louise. — Quelle audace!

le comte. — Mon Dieu, madame, en fait d’audace on ue saurait trop en avoir.

Louise, indignée. — Sortez, monsieur!

le comte. — Je ne suis pas assez votre ennemi pour vous prendre au mol.

Louise. — Mais sais-jo si vous avez du talent, monsieur; sais-je si vous êtes «ligne de partager avec M. François Blondel, l’architecledu roi, qui a fait ses preuves, la gloire qui lui revient tout entière. Je vous l’ai dit, cela ne sera pas, monsieur.

le comte. — Cela sera, madame.

Louise. — Jamais 1

le comte. — Même quand je vous aurai dit que François Blondel est votre amant?

louise, avec emportement. — Vous mentez, monsieur!

le comte. — Oh ! point do colère, madame, ne recommençons pas ; je viens ici pour avoir cet ordre et je l’aurai... Vous êtes la maîtresse de François Blondel, vous allez le voir la nuit... dans une inaisou étrangère... et si le prévôt apprenait...

louise. — Il ne vous croirait pas.

lb comte. — Môme quand je lui montrerai une lettre que sa femme... a perdue... et que j’ai trouvée ?

louise. — Et celle lettre...

lb comte. — Commence ainsi : « Louise!...

je l’aime... notre enfant... »

louise. — Assez, monsieur; vous avez cette lettre; c’est bien... Mon mari est avec celui dont vous parlez, Pi, dans son cabinet... Entrez, monsieur, donuez-lui cette lettre, . perdez-moi... Mais allez donc, monsieur!

le comte. — Vous voulez que je vous perde !

LOUISE. — Je veux que la gloire de François Blondel.de mon amant, comme vous dites... reste pleine et entière ! Je veux «>tre livrée par vous!... Ah! vous vous ôtes dit : J’effrayerai cette femme et elle trahira celui qu’elle aime pour garantir son honneur, pour garantir sa vie. Ce serait une bien grande lâcheté ' Vous vous connaissez en lâcheté, monsieur; mais vous ignorez le courage de l’amour vrai!... Vous êtes le maître de mon sorti... Allez! mais allez donc, monsieur...

Allez!...

le comte. — Vous vous trompez, madame, je savais que vous ôtes un grand cœur, et c’est justement pour cela que je suis venu à vous.

louise. — Je ne vous comprends plus, monsieur.

le comte. — Cette nuit je suis entré dans la maison de Mariette Taupier...

louise. — Vous avouez que c’est vous?...

le «:omtk. — J’ai enleve sa fille, oui, madame.

louise. — Mais vous la rendrez.

le comte. — Pas plus qu’un enfant que j’ai enlevé avec elle.

louise. — Grand Dieu! qu’avez-vous dit?...

Mon fils...

i.e comte. — Est eu mon pouvoir.

louise. — Vous avez mon fils, et vous venez ici!... (Faisant un pas comme pour appeler.) Ah! vous n'en sortirez pas libre !

le comte. — Oui . mais si dans une heure je

LA PORTE SA INT- DENIS

ne suis pas rentré sain et sauf chez moi (Tirant un papier de sa poche.) et porteur de ma nomination revêtue de la signature que je vous demande, votre enfant aura cessé de vivre.

loi isk. — Vous ne dites pas a rai... C’est impossible !

le comte. — Cet ordre sera exécuté avec une ponctualité effrayante.

Louise — 01» ! c’est horrible!... (À elle-même.) La mort de notre entant !... Blondel, tu me pardonneras. (Haut.) Et si je vous remets ce papier signé ? le coûte. — Votre (ils sera sauvé.

Louise. — 11 me sera rendu ?

le comte. — Le jour où l’arc de triomphe de la porte Saint-Denis sera complètement édifié.

LotiâE. — Mon Dieu! mon Dieu! oh! je ne peux pas le laisser mourir!... Vous me le jurez, monsieur !

le coûte. — Je vous rendrai votre enfant, je vous le jure!

loi ise. — Donnez ce papier... (Elle le prend.) Je vais... (La porte de gauche s’ouvre.) Mon mari...

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