SCÈNE IX
VICTORIA , LE VICE-ROI , LE COMTE , deux Pages, puis LE CAPITAINE SALVATORI et DON SANCHE D’AVILA.
LE VICE-ROI , au Comte, en entrant par le fond. Vos protestations sont inutiles, mon cher bête ; je ne doute pas de votre fidélité.
LE COMTE
Votre Excellence est trop bonne, (a part.) Son langage changera quand je lui présenterai la Marquise.
LE VICE-ROI , s'avançant vers Victoria.
Vous ne sauriez croire avec quelle impatience j’ai attendu l'instant qui devait me rapprocher de vous , belle demoiselle. Je vous ai promis une surprise à mon retour. (Montrant le capitaine Salvatorl qui entre avec don Sanche d’Avila.) La voici.
VICTORIA
Mon père ! (Elle s’élance vers Salvatorl.)
salvatori , l’embrassant.
Mon enfant! (Allant au Vice-Roi.) 11 y avait six mois que je n'avais vu ma fille, je n’ai pu résister au désir de la serrer sur mon cœur avant de demander à votre Excellence...
LE VICK-ROI.
Capitaine , je vous appi endrai plus tard pourquoi je vous ai mandé ici... soyez père, d'abord.
SALVATORI.
Oh ! merci , Monseigneur.
(Il retourne près de Victoria. Le Vice-Roi fait un signe à don Sanche d'Avila, ils se retirent tous les deux à droite.)
LE COMTE , à part.
Si je laissais ignorer à la Marquise... oh ! non, c’est impossible.
le vice-roi , k d’Avilla.
Et bien ! don Sanche, le Marquis est-il enfin arrêté?
d’avila.
Il ne l'est pas encore, Monseigneur.
LE vice-roi.
Pas encore?
d’avila. •
On allait l’atteindre près de ce château , mais il a disparu tout-à-coup dans un chemin de traverse où les chevaux n’ont pu le suivre.
le vice-roi.
Il nous échappera!..
d’avila.
Oh ! non , Monseigneur. J'ai ordonné qu’on fouillât tous les ravins , tous les fossés , tous les buissons... le commandant Tancredi fait des perquisitions dans le parc de ce château.
le vice-roi.
L’édit a-t-il été publié partout ?
d’avila.
Partout, Monseigneur. Personne n’osera donner un asile à Fontaleone... la côte est bien gardéç... <
SECRÈTE
» LE VICE-ROI
Je ne serai tranquille que quand j'aurai vu tomber la tête de cet homme ; les lettres qu'il a adressées à l'Empereur au camp de Tunis , et dans lesquelles il m’accusait , ont été interceptées par mon cousin Bustamonte... le Marquis s'en doute peut-être... il est audacieux, persé- Yéraut... s'il parvenait à voir Charles-Quint, nous serions perdus.
d’avila.
Où pourrait-il le voir ?
LF. VICE-ROI.
En Provence, où l’Empereur assiège Marseille.
d’avila.
Comment!.. Votre Excellence craint., oh!
qu’elle soit sans inquiétude, je lui jure, qu’avant la chute du jour, Fontaleone sera en notre pouvoir.
Je compte sur votre parole.
S\LVATORI , à Victoria.
Mon enfant, il faudra encore nous séparer.
le vice-roi , a Victoria.
J’espère que vous me pardonnerez d’avoir accordé quelques minutes aux affaires de l’état ? d’avila , à part
Je ne l’ai jamais vu si galant, si affable.
le vice-roi , a Salvatori.
Capitaine, je vous ai fait venir ici afin de vous apprendre qu’en récompense de vos bons et loyaux services , vous êtes nommé gouverneur dé la citadelle de l’Ovo.
salvatori.
Une telle dignilé... à moi... pauvre officier de fortune !
le vice-ro î.
Vous la méritez, capitaine. Il serait impossible de confier la garde des prisonniers d'état à un plus fidèle et plus vaillaut soldat salvatori.
Que Dieu bénisse Votre Excellence, tous mes vœux sont comblés ! je ne quitterai pas ma fille... les combats commençaient à me lasser... j’avais pour de mourir et de la laisser seule au monde; oh ! je vivrai près d’elle, maintenant... je la verrai tous les jours.
le vice-roi, & Victoria.
Est-ce que vous n’étes pas heureuse?
VICTORIA
Oh! je suis bien heureuse. Monseigneur. le vice-roi , à part
Qu’elle est belle !
d’avila, à part.
Comme il la regarde !.. ah ! il l’aime.
LE VICE-ROI , à Victoria.
J’espère que vous penserez souvent à moi et que vous ne m’oublierez pas dans vos prières. salvatori.
Notre reconnaissance sera étemelle , Monseigneur... (a Victoria.) Tn es bien pâle...
le vice-roi.
Vous souffrez...
VICTORIA
Non... oh! non...