SCÈNE VIL
Les Mêmes, ORLANDO, SABOURINO.
ORLANDO
Manière!.. (Ils s'embrassent.)
BÉATRl\, A Sabourino.
C'est donc vous, mon petit bonhomme , qui avez ouvert la porte?..
sabourino.
Il n’y a pas de temps à perdre , j’ai agi tout de suite... On sait lire et écrire, voyez-vous... ORLANDO, A Victoria.
Belle demoiselle , vous êtes l’ange protecteur que Dieu a chargé de veiller sur moi...
La conversation n'est pas de circonstance...
décampons bien vite... (A la Marquise.) Madame a l’échelle de corde ?..
LA marquise, la tirant de dessous son mantclct.
La voici...
SABOUnlNO.
Avant de l’accrocher, il faut en finir avec ce barreau... (A Béatrix.) Vous avez la lime... donnez-la moi...
LA MARQUISE
Hâtez-vous!..
BÉATRIX
Je vais l'aider.
(La Marquise et Béatrix sont pris de la fenêtre & cAté de Sabouriuo qui Unie le barreau.) orlando, a Victoria.
Mademoiselle , je ne vous reverrai peut-être jamais, car j’ai encore bien des dangers à courir avant d’atteindre le port. Oh ! je vous en supplie , permettez-moi de garder ce ruban qui vient de se détacher de votre robe; vous l’avez touché... il remplacera mon bon ange, il sera pour moi un talisman plein de puissance, il écartera de ma route tous les périls.
VICTORIA
Puissiez-vous dire vrai !
ORLANDO , prenant le ruban et le baisant.
En échange, daignerez-vous accepter cette sainte relique... c’est tout ce que je possède... Un vieil ermite la suspendit à mon cou le jour de mon baptême... Je ne la donnerais pas pour les diamans d’une couronne de roi... elle vous rappellera le pauvre prisonnier qui vous doit la vie. (Victoria prend l'amulette.)
SABOURINO , limaut toujours.
•t UNE voix, an-d«hors,
Au large ! nu large !
SABOURINO.
11 y a une sentinelle eu bas.
VICTORIA Cl LA MARQUISE.
line .sentinelle !
BÉATRIX
Il u’y en avait pas hier !
VICTORIA
Conualtrait-on nos projets?
LA MARQUISE
Que faire ? C'était la seule issue.
ORLANDO
Il faut se résigner, manière... ma mortes* inévitable.
LA MARQUISE
Espérons encore... Nous avons les clés du capitaine.
Elles nous sont inutiles... chaque porte est gardée par un factionnaire.
VICTORIA
Quel moyen?..
BÉATRIX
Un moyen... il y en a peut-être un... oui...
c'est une inspiration du ciel !
VICTORIA
Expliquez-vous!
RÉATRIX.
Don Sancbe d’Avila, depuis notre arrivée dans cette vilaine cage, m’a déjà donné deux lettres du Vice-Roi à votre adresse, Mademoiselle.
VICTORIA
Deux lettres !
BÉATRIX
Je ne vous les ai pas remises , parce que je sais que l’amour de Son Excellence vous dirait*. Mais cet amour-là peut nous servir maintenant; or donc, je vais vous apprendre tout. Ce soir , le même don Sanrhc d’Avila m'a dit que si je vous décidais à écouter son maître , une minute seulement , cette nuit, dans votre chambre , je serais comblée de richesses.
ORLANDO
Le misérable !
BÉATRIX
Il a ajouté que vous ne seriez pascompromisc, qu’aucune sentinelle, notez bien ceci , qu’aucune sentinelle ne verrait entrer le Vice-Roi : qu’il viendrait par un passage secret connu de lui seul.
VICTORIA
Eh bien?
Le bâtiment allume son falot; il est exact..
Je suis en retard, moi... Maudit barreau! il est dur comme du... fer.
(Victoria et Orlando sont allés près de la fenêtre,)
BÉATRIX
Suivez mon raisonnement ! avec un peu d’adresse , ce passage secret deviendra l’issue dont nous avons besoin.
BÉATRIX
Vous n’allez pas plus vite qu’une tortue !
SABOURINO.
Chut!
LA MARQUISE
Qu’y a-t-il?
RÉATRIX.
La barque s’avance... c’est le bruit des rames.
SABOURINO.
Oui.,, mais j'entends aussi des pas là-dessous.
Mais où est-il? le savez-vous ?
BÉATRIX
Il ne peut aboutir qu’ici où à votre chambre , Mademoiselle, car partout ailleurs des sentinelles veillent.* s'il aboutissait à votre chambre, il serait inutile de vous demander l’autorisation d'y entrer... Il est donc clair comme le soleil que nous trouverons ce passage ici.
LA MARQUISE
Vous avez raison.