CHAPITRE TROISIÈME
L'indulgence de [a Portioncule
S 1. — MERVEILLEUSE APPARITION DE NOTRE SEIGNEUR ET DE LA SAINTE VIERGE A SAINT FRANÇOIS
Les grandes lumières que saint François recevait dans l’oraison, lui découvraient le malheureux état des pécheurs: il déplorait leur aveuglement, il en était tout pénétré de compassion, et souvent il priait pour eux. Une nuit qu’il demandait à Dieu leur conversion avec beaucoupd'ardeur et beaucoup de larmes, il fut averti par un Ange d'aller à l’église, où il trouverait Jésus-Christ et sa très sainte Mère, accompagnés d’une multitude d’Esprits célestes. Le Saint y alla transporté de joie et se prostérna pour rendre ses hommages à la Majesté du Fils de Dieu. Notre Seigneur lui dit : “ François, le zèle que vous et les vôtres avez pour le salut des âmes, fait qu'il vous est permis de demander quelque chose en leur faveur, à la gloire de mon Nom.” Au milieu des merveilles qui le ravissaient, François fit cette prière : “ Notre Père très saint, je vous
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supplie, quoique je ne sois qu’un misérable [ pécheur, d’avoir la bonté d'accorder aux hommes, que tous ceux qui visiteront cette église, reçoivent une Indulgence Plénière de tous leurs péchés, après sen être confessés à un prêtre ; et je prie la bienheureuse Vierge, votre Mère, l'Avocate du genre humain, d’intercéder | pour me la faire obtenir. ”
Le La sainte Vierge intercéda, et Jésus-Christ : prononça ces paroles: “ François, ce que vous, demandez est grand ; mais vous recevrez des faveurs encore plus grandes: Je vous accorde celle-ci. Je veux néanmoins que vous alliez trouver mon Vicaire à qui j'ai donné le pouvoir de lier et de délier, et que vous lui demandiez la même Indulgence.” Les compagnons du Saint, qui étaient dans leurs cellules, entendirent toutes ces choses : ils virent une grande lumière qui remplissait l’église, ainsi que les troupes d'Anges ; maïs une respectueuse frayeur les empêcha d'approcher.
$ 2. — SAINT FRANÇOIS DEVANT LE PAPE Hoxorivus III 5
Dès le matin, François les ayant assemblés, leur défendit de publier cette merveille, et il D. partit, avec Frère Massée, pour Pérouse où se + \l trouvait alors le Pape Honorius. Quand il fut
en sa présence, François lui dit : “ Saint Père,
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Père,
il y a quelques années que j'ai réparé une petite église dans votre domaine ; je vous supplie d'y accorder une indulgence qui soit libre et sans obligation de faire une offrande. ” Le Pape lui répondit que cela ne se pouvait pas raisonnablement accorder, parce qu'il était juste que celui qui voulait gagner une Indulgence, la méritât en quelque manière, surtout: par des œuvres de charité. “ Mais, ajouta-t:il, pour combien d'années me demandez-vous.
cette Indulgence ? — Très Saint Père, répondit François, qu'il plaise à votre Sainteté: de me donner non pas tant des années que des âmes. — Et en quelle manière voulezvous des âmes, répliqua le Pape ? — Je souhaite, poursuivit François, que sous le bon plaisir de votre Sainteté, ceux qui entreront. dans l’église de Sainte-Marie-des-Anges, contrits, confessés et bien absous par un Prêtre, reçoivent une entière rémission de leurs pé- : chés pour ce monde et pour l’autre.” Ie Pape lui dit alors :“ François, vous demandez quelque chose de grand. La Cour Romaine n'a pas coutume d'accorder une pareille Indulgence. — Très saint Père, repartit François, je ne vous la demande pas de moi-même :
c'est Jésus-Christ qui m'a envoyé : je viens de sa part.” À ces dernières paroles du Saint, le pieux Pontife répéta publiquement jusqu'à trois fois : “ Je veux bien que vous l’ayez : Je
veux bien que vous l’ayez : Je veux bien que vous l’ayez. ”
Les Cardinaux qui étaient présents repré- |
sentèrent à Honorius qu’en accordant une si grande Indulgence, il allait détruire celle de la Terre-Sainte, et du tombeau des bienheureux Apôtres. “ La concession est faite, leur répondit le Pape, il n’est pas à propos de la révoquer : modifions-la seulement. ”
Et rappelant François il lui dit: ‘“ Nous vous accordons l’Indulgence que vous nous
demandez : c’est pour tous les ans à perpé-
tuité, mais seulement pendant un jour naturel depuis un soir, y comprenant la nuit, jusqu’au soir du lendemain.” À ces paroles, François baissa humblement la tête. Comme il s'en allait, le Pape lui demanda : ‘“ Où allez-vous, homme simple ? Quelle assurance avez-vous de ce que vous venez d'obtenir ? — Très saint . Père, répondit:il, votre parole me suffit. Si
cette Indulgence est l’œuvre de Dieu, luimême la manifestera. Que Jésus-Christ, sa sainte Mère et les Anges soient à cet égard Notaire, papier et témoins ; je ne demande point d'autre Acte authentique.” Ces paroles du Saint lui étaient dictées par la confiance que lui inspirait cette grande apparition.
$ 3. —-- NOUVELLE APPARITION DE NOTRE SEIGNEUR ET DE SA SAINTE MÈRE A SAINT FRANÇOIS LÉ MIRACLE DES ROSES
François partit de Pérouse pour retourner à Sainte-Märie-des- Anges, et au milieu du chemin, à un village nommé Colié, il s'arrêta dans un hôpital de lépreux, où il prit un peu de repos. À son réveil, ilse mit en oraison ; puis il appela Frère Massée et lui dit avec. une grande joie: “ J'ai l'assurance que l’Indulgence qui m'a été accordée par le Souverain Pontife, est confirmée au Ciel.”
Le jour où cette Indulgence pourrait être gagnée n'était pas déterminé ; mais François,. assuré de la volonté divine, laissait à la Providence le soin de compléter l’œuvre de miséricorde qu’il avait sollicitée. En attendant, il continua sa vie apostolique et mortifiée, prêt
à donner mille fois sa vie, s’il avait pu, pour
le salut de tant de pauvres âmes qui vivaient dans l'oubli de Dieu et de leur tienheureuse éternité ! ë
Deux ans après, (1223, une nuit que le Saint était en prière dans sa cellule à Sainte-
Marie-des-Anges, le tentateur lui suggéra de
ne point veiller, cherchant à lui persuader qu'à
. Son âge le sommeil lui était nécessaire. François sentant la malice du démon, se lève, court
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vers le bois, quitte son habit et se jette à travers les ronces et les épines. “ Il vaut mieux, disait-il à son corps déchiré et tout en sang, il vaut bien mieux souffrir ces douleurs avec Jésus-Christ que de suivre les conseils d’un ænnemi qui me flatte” Aussitôt une grande Aumière l’environna, et il vit les buissons cou- “verts de belles roses blanches et rouges, bien qu'on fût au mois de janvier et dans un hiver très rigoureux. Une troupe d’Anges lui appaœurent et lui dirent: “ François, hâtez-vous d'aller à l’église : Jésus-Christ vous y attend avec sa sainte Mère” Au même moment, il se sentit miraculeusement revêtir d’un nouvel habit, éclatant de blancheur, cueillit sous l’inspiration qui le pressait douze roses, de chaque couleur, et se rendit à l’église dont le chemin ui semblait richement orné. Après une profonde adoration, il fit à Jésus-Christ cette prière sous la protection de la sainte Vierge. “ Notre Père très saint Seigneur du ciel et de Aa terre, Sauveur du genre humain, daignez, par votre grande miséricorde, déterminer le our de l’Induigence que vous avez eu la ‘bonté d'accorder pour ce saint iieu.
Notre-Seigneur lui répondit avec u une grande bonté: * Je veux que ce soit: depuis le soir (1er août aux 1ères Vêpres) du jour où À'Apôtre saint Pierre fut délivré. de ses liens, gusqu’au soir du lendemain. ”
“ Seigneur très saint, ajouta l'rançois, de:
quelle manière cette Indulgence doit-elle être: publiée ? Il pourra se faire que l’on n'ajoutepas foi à mes paroles.”
“ Allez de nouveau, lui dit Notre-Seigneur trouver mon Vicaire sur la terre, faites-lui con naître ma volonté ; présentez-lui comme preuve quelques-unes de ces roses miraculeuses :: prenez avec vous quelques-uns de vos Frères.
qui de leurs cellules ont entendu ma voix :
allez, ma grâce fera le reste.” Jésus-Christ ayant cessé de parler, les chœurs angéliques entonnèrent le Ze Deum en action de grâce et la vision disparut.