‹ La poste anecdotique et pittoresqueChapitre 1 sur 18 · La poste anecdotique et pittoresque · texte numérisé non relu

La poste anecdotique et pittoresque

Si j’entreprends d’écrire une histoire des divers services de la poste, c’est que je ne pense pas qu’aucune autre institution puisse offrir, avec un même intérêt, les éléments d’une étude pittoresque sur les hommes et les choses des temps modernes. La poste a, en effet, un caractère qui lui est propre; créée pour répondre aux sentiments les plus

élevés, aux besoins sociaux les plus intelligents, elle est devenue en quelque sorte l’expression acceptée du degré de civilisation des peuples.

Le corps humain a des artères qui sont chargées de distribuer jusqu’aux plus petits vaisseaux le sang qui vient du cœur, c’està-dire le mouvement, la chaleur, la vie !

La poste joue le rôle d’une véritable artère dans l’économie du corps social. — Dans quelque partie du monde qu’elle se manifeste, interrogez-la, comptez le nombre de ses pulsations, observez l’état de la circulation qu’elle favorise, et vous saurez bientôt ce que vaut ce sang, cette vie à laquelle elle sert d’organe de transmission.

Il est bien difficile d’assigner à la poste une date certaine d’origine. Comme beaucoup d’autres institutions, elle est née du besoin des relations. Elle remonte, en général dans chaque pays, à l’époque où les

INTRODUCTION

citoyens ont eu des raisons de famille ou d’intérêt pour ne pas se perdre de vue et se * donner des renseignements réciproques.

Elle g, existé partout, sous une forme ou sous une autre; mais elle n’a été érigée en administration que par les Perses et par les Romains dans l’antiquité.

En ce qui concerne la France, la poste a des états de service assez anciensi

Le moyen âge l’a connue sous diverses applications, poste par terre, poste par eau. L'Université, la première, l’a fait revivre au profit de ses écoliers qui correspondaient avec leurs parents par l’intermédiaire des messagers. Ces derniers, divisés en deux ca- i tégories, conservèrent longtemps le privilège ^ de la poste, d’abord seuls, ensuite de compte à demi avec l’institution de Louis XL La politique embarrassée et tortueuse de ce roi l’obligeait à avoir de fréquentes nouvelles des provinces éloignées de sa résidence

et il créa la poste dans un but d’intérêt tout personnel. Mais ce n’était encore que la poste aux chevaux, uniquement réservée au service du souverain. 11 la dota d’un personnel relativement nombreux et de pénalités sévères. Les moindres infractions étaient punies de mort, et souvent la lune en se levant sur le ohâteau de Plessis -les -Tours * éclaira le corps de quelque malheureux maître coureur pendu la veille.

Pour assurer le maintien du bon ordre dans les Postes, Louis XI créa un contrôleur général des chevaucheurs de son écurie.

Ses successeurs se servirent de l’institution sans y introduire de perfectionnements. Les idées de conquêtes les absorbaient complètement et les intérêts des relations écrites du public étaient fort secondaires à leurs yeux. L’Université avait le monopole du transport

fl

des correspondances et, seule, elles’occupait d’augmenter le nombre de ses messagers.

INTRODUCTION

Mais au fur et à mesure du développement des rappoi),tB sociaux, de nouveaux besoins . se firent sentir et les premières messageries devinrent insuffisantes. Un édit de Henri III créa les messagers royaux dont l’installation donna lieu à de nombreuses récriminations de la part de l’Université. A chaque avènement au trône, celle-ci faisait constater et affirmer ses privilèges par le nouveau roi. Mais lorsqu’il s’agit de faire entrer au trésor lés sommes nécessaires à l’accroissement des dépenses de la cour, il fallut bien que le souverain donnât raison aux traitants aux mains desquels il se livra. Les messageries royales furent affermées moyennant redevance et, de plus, les titulaires furent assujettis à un cautionnement dont la présence dans les coffres de l’État était plus qu’une garantie immobile.

Au seizième siècle, I9 Poste reçut une nouvelle impulsion de la part des frères

d’Alméras qui étaient les généraux concessionnaires des relais. Vers ce temps-là, la ferme des postes valait environ cent mille écus au trésor. A la même époque, les courriers furent autorisés à transporter certaines lettres et commissions pour les particuliers, ce qui, parvenant aux oreilles des messagers, motiva leurs plaintes réitérées. Sous Henri IV, et par les soins de Sully, les grands chemins furent restaurés, d’autres furent créés et bordés d’arbres magnifiques.

La France alors était à peine sortie des guerres de religion, les campagnes étaient sans culture et les relais sans titulaires ou au moins sans chevaux. Pour parer à une semblable pénurie, Henri IV ordonna la création d’une nouvelle sorte de relais indépenl dants de ceux des postes et dans lesquels il I établit en faveur du public des tarifs beau- 1 coup moins élevés. Mais cette institution ne rendit pas tous les services qu’on en atten-

INTRODUCTION

(lait et (lut disparaître après six années d’existence.

C’est en réalité de Louis XIII que date la poste moderne avec les germes organiques dont le développement se manifeste aujourd’hui. C’est à ce règne que remontent les premiers tarifs des lettres circulant à l’intérieur et les premières conventions avec l’étranger. Ils étaient devenus nécessaires par suite des obstacles qu’éprouvaient les courriers à s’entendre avec le public sur la rémunération qui leur était due pour les services qu’ils rendaient. Précédemment, les particuliers taxaient eux-mêmes les missives qu ils' confiaient à la poste et ils éprouvèrent dans la suite beaucoup de peine à s’astreindre au règlement qui était affiché dans tous les bureaux de poste. Le premier tarif ne. fut pas bien élevé, car il fixait à 2 sols seulement le port d’une lettre de Paris pour Lyon. Le second qui parut en 1644 affiche déjà

(les prétentions plus élevées. A la fin du règne de Louis XIII et au commencement de celui de Louis XIV, la querelle avec l’Université s’envenima singulièrement. La poste avait alors à sa tête les de Nouveau, qui, poussant les choses à l’extrême, n’allèrent à rien moins que demander la suppression des messagers en ce qui concernait le. transport des correspondances. Ils parlèrent bien d’un prix de rachat, d’une rente annuelle, d’une sorte d’indemnité, mais le recteur refusa tout et développa dans des mémoires très-

. remarquables les arguments en faveur de l’antique monopole universitaire. Seulement les intérêts des fermiers des Postes étaient

alors trop profondément liés à ceux du Trésor royal, et un édit du roi donna raison en grande partie au surintendant général de Nouveau. Ce dernier fit ordonner à plusieurs reprises la vérification des charges et des commissions des messagers et préleva ainsi

piq‘* , C TOt~x^[c

INTRODUCTION

sur ceux-ci de nombreux droits de vérification.

Vers le milieu du règne de Louis XIV, le marquis de Louvois prit en main les Postes et les dirigea jusqu’à sa mort. Elles étaient toujours en ferme, et Lazare Patin, qui en était le principal adjudicataire en 1676, fit promulguer un nouveau tarif du port des lettres. Ce tarif, dont les taxes étaient fort élevées et dont les progressions étaient brusques, souleva les plaintes du public qui s'adressa au roi lui-même. Mais on exigeait tantdes fermiers qu’il fallait bien leurdonner les moyens de faire rentrer dans leurs coffres l’argent qu’ils avaient souvent donné d’avance au Trésor, et le tarif de 1 676 fut mis en vigueur. A Louvois succéda M. de Torcy, puis le cardinal Fleury, comme surintendant général. Ce fut vers cette époque que les

Messageries et les Postes furent réunies et qu’une rente fie 40 000 francs par an fut

décrétée comme indemnité envers l’ Université dépossédée. Les routes étaient encore peu sûres et souvent les courriers étaient volés et assassinés sur les grands chemins.

Cet état de choses subsista jusqu’à la Révolution et ce n’est que plus tard encore que les Postes furent administrées aux risques et périls du Trésor.

Sous Charles X'et sous Louis XVllI les malles - poste se perfectionnèrent comme construction, comme forme et comme célérité.

En 1830, le service rural fut organisé, et, d’année en année, il a grandi pour en arriver au point où nous le voyons aujourd’hui.'

En 1 844, les premiers bureaux ambulants roulaient de Paris au Havre. Quant aux paquebots,si leur création remonte à Louis XVi, c’est un service qui est resté dans l’enfance jusqu’à ces derniers temps, où il a subi des accroissements imprévus, mais devenus

INTRODUCTION

nécessaires par suite des relations de la France avec les peuples de toutes les latitudes.

Comme complément à ce rapide historique que nous empruntons à M. J. Lardin, nous donnons ci-dessous la liste^ par ordre chronologique, des directeurs généraux qui ont administré les Postes en France, depuis l’origine jusqu’à nos jours.

1464 Charles, seigneur de Bigny et de

Valenay, grand écuyer et grand maître des coureurs de France.

1470 Alain Goyon,

1479 Robert Paon, contrôleur des che-

vaucheurs de l’écurie du roi.

1498 Galéas de Saint-Séverin.

1565 Jean du Mas, contrôleur général

des Postes.

1581 Hugues du Mas, contrôleur général

• des Postes.

1595 Guillaume Fouquet de la Varanne,

général des Postes.

1615 Pierre d’Alméras, général des

Postes.

1616 Pierre d’Alméras, général des

Postes, meurt en 1627.

1616 René d’Alméras, général des

Postes jusqu’en 1630.

1630 Nicolas de Mey.

1É32 Arnoul de Nouveau, surintendant

général.

1650. — 1663 Jérôme de Nouveau, surintendant

général.

1663. — 1691 .... Le Tellier, marquis de Louvois, surintendant général.

1691. — 1697 Le Peletier, surintendant général.

1697. — 1699 Armand de Pompone, .surintendant

général.

1699 Colbert, marquis de Torcy, surin-

tendant général.

1702 Léon Pajot, comte d’Onz-en-Bray,

surintendant général.

1728. — 1743 .... Le cardinal Fleury.

1752 Marc-Pierre de Voyer de Paulmy,

comte d’Argenson.

Le duc DE Choiseul.

1774 Rigoley, baron d’Ogriy.

1775 Turgot.

1776 De Clugny.

1785 Le duc de Polignac.

27 novembre 1797, Gaudin, commissaire du directoire

Digilized by «.juogi

INTRODUCTION

exécutif près la Ferme des Postes.

15 novembre 1799. Lafobet, commissaire du directoire exécutif près la Ferme des Postes.

17 décembre 1801. Comte de La Valette, commissaire

central des Postes.

19 mars ISO^i Comte de Lavalette, directeur gé-

néral des Postes.

3 avril 1814 De Bourienne, directeur général

des Postes.

13 mai 1814 Comte Ferrand, directeur général

des Postes.

Mars 1815 Comte de Lavalette, directeur gé-

néral des Postes.

Juillet 1815 Comte Beugnot, directeur général

des Postes,

2 octobre 1815.. . Marquis d’Herboüville, directeur général des Postes.

13 novembre 1816. Dupleix de Mezy, directeur général des Postes.

26 décembre 1821 . Duc de Doldeauvillë , directeur général des Postes.

4 août 1824 Marquis de Vaulchier, directeur

général des Postes.

13 novembre 1828. Baron de Villeneuve, directeur général des Postes.

2 août 1830 Chardel, direct, gén. des Postes.

6 septembre 1830. Conte, président du conseil des Postes.

LA PO.STK.

5 janvier 1831 . . . Conte, directeurde radministration des Postes.

21 décembre 1844. Conte, directeur général des

Postes.

22 juin 1847 Comte Dejean , directeur général

des Postes.

25 février 1848... Arago (Étienne), directeur général des Postes.

21 décembre 1848. Thayer (Édouard), directeur général des Postes.

27 décembre 1853. Stourm, directeur général des Postes.

25 mai 1861 Vandal (Édouard), directeur géné-

ral des Postes.

■êjâ’

SERVICE DE PARIS

Par service de Paris, nous entendons parler de l’ensemble des opérations multiples qui se rapportent à la distribution dans Paris, des correspondances provenant soit de Paris même, soit des départements.

Le centre de ce service est placé au siège de l’administration des Postes, dans l’hotel delà rue Jean-Jacques-Rousseau. — On sera peut-être curieux de trouver ici quelques détails sur cet hôtel qui n’a pas été bâti pour sa destination actuelle et qui est loin

(le présenter les aménagements nécessaires à un pareil service.

Construit sur les ruines de rh(')tel de Flandres, qui appartenait au treizième siècle aux Comtes de ce nom, cet hôtel fut donné en 1487, par Charles VII, à Guillaume de la Trémouille. Plus tard, il fut possédé par Jean de Nogaret, premier duc d’Épernon, favori de Henri III, et passa ensuite à Barthélemi d’Hervart, contrôleur général des finances, lequel le fit reconstruire en entier, et n’épargna rien pour en faire une habitation magnifique. Les appartements étaient ornés de tableaux de Mignard. Le tableau de la chapelle, représentant la prédication de saint Jean-Baptiste, avait été peint par Bonboulogne. — Enfin, cet hôtel devint la propriété de M. Fleuriau d’Armenonville, secrétaire d’État et garde des Sceaux , et il portait encore son nom, lorsqu’on 1757 il fut acheté des héritiers du comte Morville,

SERVICE DE PARIS. 23

fils du secrétaire d’État, pour y placer la Ferme des Postes. Mais déjà à cette époque il était reconnu insuffisant; dès 178G, deux maisons voisines lui furent ajoutées et, en 1815, cinq autres maisons durent encore venir l’agrandir.

Ce que l’on appelle aujourd’hui l’hotel des Postes, se compose donc d’un pâté de huit maisons reliées entre elles par sept cours, par des escalieçs étroits et par un labyrinthe de corridors presque impraticables dont on affirme qu’un seul agent, — le concierge de la rue Jean-Jacques Rousseau, — connaît seul les détours.

Bien que ce ne soit pas ici précisément le lieu de parler de l’insuffisance du local de l’hôtel des Postes, nous ne pouvons cependant négliger de mentionner que deux fois déjà, en 1793 et en 1811, l’abandon de ce local a été décidé. — L’hôtel actuel du ministère des finances avait été commencé par

ordre de Napoléon 1" pour y installer le service des Postes, les événements politiques seuls ont entravé l’exécution de ces différents projets. Récemment, des tentatives eurent lieu dans ce sens, mais elles échouèrent devant le Corps législatif qui recula sans doute, à l’idée des dépenses que devait occasionner le nouvel hôtel à construire.

Le service de P.aris est cependant un des plus importants, celui qui réclame le plus impérieusement des moyens d’action prompts et sûrs.

La distribution des lettres n’a pas toujours présenté le caractère de célérité, qu on ne saurait lui contester sans injustice, et il est intéressant de prendre ce service à son origine, de le voir se développer avec une prudente lenteur, pour arriver, en dernier lieu, à l’état d’expansion où nous le voyons parvenu.

SERVICE DE PARIS. 25

Les commencements de ce service datent de Tannée 1 692 .

« Il y a présentement, dit une ordonnance de l’époque, six boîtes où Ton va tous les jours lever les lettres précisément à midy et à huit heures du soir en hyver, et en esté à neuf, si exactement que lesdites heures du soir passées, les lettres survenues demeureront, pour les ordinaires suivants, savoir :

Une, en la rue Saint-Jacques, au coin de la rue du Plâtre, vis-à-vis la vieille Poste.

Une, au milieu de la place Maubert, visà-vis la fontaine, à Timage de Saint-François;

Une, au faubourg Saint-Germain, au coin du jeu de paulme de Metz ;

Une, rue Saint-Honoré, près les Quinze- Vingts, vis-à-vis la rue Saint-Nicaise;

Une, rue Saint-Martin, au coin de la rue aux Ours;

Une, rue Saint-Antoine, vis-à-vis Tours,

devant la rue Geoffroy l’Asnier, au petit Louvre Couronné. »

Déjà en \ 653, c’est-à-dire, trente années auparavant, on avait essayé de fonder, pour Paris spécialement, un établissement particulier qui se chargeait de transporter les lettres et autres imprimés à domicile dans les divers quartiers de la ville.

Des hommes habiles, intelligents avaient cherché à éviter les pertes de temps, les déplacements pénibles, et souvent dispendieux pour les habitants; ils sollicitèrent auprès du gouvernement l’autorisation d’établir sur plusieurs points de la ville, des bureaux propres à rendre de grands services au public, et on leur.accorda enfin le droit de créer un établissement que nous ne saurions désigner autrement que par le nom de Petite Poste*.

1 . Eug. d’Auriac. — Histoire anecdotique de l'industrie française.

SERVICE DE PARIS

Plusieurs commis attachés à cette administration devaient aller lever les boîtes de4 leur quartier trois fois par jour : à six heu- | res du matin, à onze heures et à trois heures j de l’après-midi. — Chacun d’eux portait I ensuite chaque fois ce qu’il avait recueilli au Bureau central, placé dans la cour du Palais; puis on lui remettait en échange les lettres et paquets pour son quartier qu’il', devait distribuer, la première fois, de sept^ à dix heures, la seconde fois de midi à trois/ heures, et enfin le soir, à partir de quatre heures jusqu’à ce qu’elles fussent toutes ^ rendues.

Malheureusement, cette tentative duo à l’initiative de l’industrie privée n’obtint aucun succès; un siècle plus tard, cette petite poste était parfaitement oubliée, l’administration refusait les lettres de Paris pour Paris, faute de pouvoir en assurer les distributions, et ceux qui n’avaient point de do-

mestiques, dit Barbier, se servaient des petits Savoyards qui étaient dans les rues, pour s’écrire les uns aux autres.

Cependant on ne tarda pas à sentir de nouveau le besoin d’établir des bureaux de correspondance pour le service spécial de la ville de Paris

Un homme qui avait consacré une partie de sa fortune en œuvres de bienfaisance, et auquel on doit plusieurs établissements d’utilité publique, M. de Chamousset fit d’abord comprendre à ceux qui l’entouraient l’utilité d’une pareille institution; et, à la suite

d’un rapport détaillé qu’il adressa au roi Louis XV, il obtint le 5 mars 1758, des ^ lettres patentes portant permission d’établir à ses frais^ une petite Poste dans la ville de Paris. — La jouissance des fruits et revenus de ladite institution lui était concédée pendant trente ans.

Page 1