CHIFFRES-TAXES
Janvier 1859.
Janvier 1863.
\ SERVICE RURAL
Le personnel de la poste n’offre pas précisément une grande variété de types à étudier. — Le commis y ressemble à celui de toute autre administration, et n’a pas de caractère qui lui soit propre. Cela tient sans doute à ce que l’administration essentiellement progressiste, à laquelle il appartient, se transforme incessamment pour répondre aux besoins du public, et que les agents subissant la même loi, sont tenus de suivre e même courant.
SERVICE RURAL
De toutes les administrations publiques, la Poste, nous ne saurions trop lo répéter, est celle qui reçoit le plus directement l’empreinte du progrès; et l’employé des Postes de 1 820, qui reviendrait aujourd’hui au monde administratif, serait tout étonné de n’y plus retrouver ni les briska d’autrefois, ni ces courriers qui partaient de deux jours l’un, ni ces mille détails de service, affranchissement , manipulation , échange de dépêches que des améliorations successives ou de profondes modifications ont fait depuis longtemps disparaître.
Dn seul type de création moderne nous a paru digne d’être signalé à l’attention de l’observateur. Type curieux, intéressant, digne de tous points de la sympathie dont il est entouré.
. Nous voulons parler du facteur rural.
La vie de cet humble agent est tout un poëme, triste ou gai, tour à tour, qui se
déroule au milieu des grands aspects de la nature^ et d’où se dégage cette émotion vraie qu’inspirent la pauvreté résignée et le dévouement modeste.
Si vous avez habité la campagne, vous l’avez connu, et vous l’aimez.
C4haque jour, avec l’aube, il part !
Il est vêtu de la blouse d’uniforme; la sacoche de cuir sur le dos, un bâton noueux à la main, il quitte la ville et commence sa tournée.
C’est l'été.
Le souffle du matin est frais et pur; mille chants d’oiseaux égayent son départ; il ouvre sa poitrine aux pénétrantes senteurs de la campagne, et par instants il peut croire à tous les rêves de bonheur que son esprit évoque en marchant.
Il a une femme, deux beaux enfants qu’ü a embrassés en partant, et tout en s’éloignant il songe à la joie du retour.
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Mais que d’épreuves l’attendent dans le dur trajet qu’il doit accomplir chaque jour.
En été, c’est le soleil ardent, la poussière brûlante, les pluies d’orage qui détrempent les chemins et grossissent les torrents; en hiver, c’est la bise âpre et froide, les sentiers perdus sous la neige, les nuits promptes à venir.
11 rentre le soir, au logis, harassé, transi, couvert de boue ou de poussière ; les rêves du matin ont fui, et il ne songe plus qu’à aller demander au sommeil et au repos la
force de recommencer le lendemain le pénible métier de la veille.
Hélas ! c’est là une des conditions fatales de tout progrès humain : — le facteur des campagnes n’a peut-être pas l’intelligence bien précise du service qu’il rend, mais il n’en est pas moins l’un des plus habiles parmi les agents qui concourent à la satisfaction des besoins moraux de notre pays.
LA POSTB.
Le service rural, tel qu’il est établi en France, constitue sans contredit une des institutions les plus démocratiques.
Avant 1830, époque de l’organisation, il n’existait de facteurs que dans les bureaux composés et dans ceux de la banlieue de Paris. Partout ailleurs, les lettres n’étaient pas portées à domicile ; elles étaient prises au guichet bureaux par les destinataires eux-mêmes, ou par des tiers, tels que les messagers ou les piétons de préfecture.
Un tel état de choses ne pouvait satisfaire
aux légitimes exigences dil public; l’administration ne tarda pas à le comprendre, et pour y remédier, elle provoqua la loi du 3 juin 1829, qui décida qu’à partir du 1" avril 1830 les correspondances devraient être recueillies et distribuées, au moins une fois tous les deux jours, dans les communes non pourvues de bureaux de poste; la même loi augmentait d’un décime, dit décime rural,
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le port de toutes les lettres ainsi recueillies et distribuées.
Depuis cette époque la taie du décime rural a été supprimée, et la distribution dans toutes les communes de France est devenue quotidienne.
La Belgique est le seul pays d’Europe
qui soit doté d’un service rural analogue
au service français.
Dans d’autres États, en Angleterre, en Prusse, en Autriche, en Espagne, en Italie, les objets de correspondances ‘destinées aux campagnes sont apportés dans des bureaux disséminés sur la surface du territoire, et à certains jours de la semaine, le dimanche habituellement, les habitants des localités rurales se présentent au bureau de poste, pour y retirer les lettres à leur adresse.
En France, au contraire, des brigades de facteurs partent chaque jour de chacun des 4200 bureaux de l’Empire , parcourent
chaque commune, chaque hameau, portent les correspondances à domicile dans les habitations les plus éloignées, les plus inaccessibles, et lèvent chaque jour une boîte placée au chef-lieu de la commune ; les lettres trouvées dans les boîtes sont rapportées le soir à un bureau de Poste, d’où elles sont acheminées sur leur destination.
Tel est le service rural français : la plupart des États de l’Europe nous l’envient, et les populations annexées de la Savoie, de la Haute-Savoie et des Alpes-Maritimes habitant une contrée montagneuse où les lettres ne parvenaient que difficilement, out été frappées de surprise et de reconnaissance à la vue des facteurs ruraux qui, après l’annexion, se présentèrent quotidiennement dans les moindres chalets de la val|ée de Chamounix et des Alpes.
Depuis le 1" janvier 1863, toutes les communes de l'Empire continental sont
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desservies quotidiennement ; la Corse seule contient encore 300 communes, placées en dehors de toutes communications, et où le facteur ne paraît que tous les deux jours.
Ajoutons que l’ensemble de ce service, c’est-à-dire, le salaire des agents qui l’accomplissent, coûte annuellement plus de 8 millions, et que le nombre des facteurs ruraux s’élève aujourd’hui à 16 406.
On a calculé que ces 1 6 406 agents parcourent quotidiennement une étendue de 428 256 kilomètres, c’est-à-dire une étendue égale à dix fois et demi le tour du globe.
A la vue de tant d’efforts et de dépenses, ditM. Vandal, dans un remarquable rapport que nous avons eu sous les yeux, on s’est parfois demandé si le résultat obtenu était en harmonie avec un pareil déploiement de forces, et ^’il n’était pas superflu de doter d’un service quotidien les communes igno;
rées et isolées des sommets des Alpes, des Vosges et des Cévennes, communes d’un accès difficile, d’une population insignifiante et d’un commerce nul. — Mais on doit reconnaître que si, dans certaines circonstances, le service rural est un luxe, c’est un luxe digne d’une grande nation que celui qui associe les parties les plus éloignées du territoire au mouvement de la vie économique, intellectuelle et politique de la nation. Les sentiments de la mère de famille qui a un fils sous les drapeaux et qui habite un hameau éloigné de toutes communications, sont aussi respectables que ceux de la mère qui habite une ville importante, et c’est faire œuvre d’humanité comme de progrès, que d’associer toutes les parties d’un vaste Empire au mouvement civilisateur qui rayonne du centre vers la circonférence.
Les facilités postales touchent aux inté-
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rets les plus intimes des populations, elles sont sollicitées avec ardeur, accueillies avec gratitude, et la meilleure des politiques est celle qui se révèle par un bienfait.
Le service rural doit donc être considéré comme un bienfait; et il y a lieu d’espérer qu’avant peu ses moyens d’action seront mis plus en rapport avec les obligations qu’il a à remplir, et que l’accroissement incessant de la correspondance tend chaque jour à augmenter.
Depuis quelques années, en effet, le service rural, objet de sollicitudes éclairées, est dans une situation, qui appelle de prompts secours. Tous les organes de l’opinion, bon nombre de membres du Corps législatif signalent incessamment :
1“Le parcours exagéré des tournées qui dépasse les forces d’un homme.
2 ° L’insuffisance des salaires qui ne répondent plus aux premiers besoins de la vie.
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Une enquête effectuée en octobre 1 864 a relevé la situation de ce service, ainsi qu’il suit :
CLASSEaiENT DES TOURNÉES RURALES d’aPRÊS LEUR ÉTENDUE.
Nombre
Parcours kilométrique. de
tournées.
De 15 kilomètres et au-dessous 793
De 15 — à 20 kilomètres 1738
De 20 — à 25 — 3963
De 25 — à 28 — 4 664
Au-dessus de 28 5 248
• Total....... 16 406