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. . .Mon Dieu, que tu es mal coiffée!. . .Je vais refaire tes boucles.
Malingear {étonnéy à part). Qu^est-ce qui lui prend ?
Alexandrine (rentrant). Voilà le bonnet.
Madame Malingear (s'asset/ant). Posez-le-moi! Vous voyez que je suis occupée. {Alexandrine dispose le bonnet sur la tête de sa maîtresse, pendant que celleci coiffe sa fille qui est à genoux, — Â Alexandrine,) Plus en arrière!. . .Malingear. . .une épingle!
Emmeline. Papa, une épingle!
Madame Malingear. Dépêche-toi donc!
Malingear {V apportant). Voilà! {A part,) Qu'estce qa'elles ont ? . . .
Madame Malingear. Là !.. . Faites entrer ! {A lexandrine sort, — Bas, à son mari,) Surtout ne me tutoie pas devant cette dame.
Malingear. Pourquoi ?
Madame Malingear. C'est commun . . . c'est bourgeois! {A sa fille,) Toi, mets-toi au piano, la tête en arrière, et feis des roulades. . .
Emmbline (au piano). Des roulades?
. Madame Malingear. Va donc. (Emmeline fait des roulades; madame Malingear se pose sur un fauteuil, une broderie à la main,)
SCÈÎfE V.
Les Mêmes, Madame Ratinois, Alexandrine.
Madame Malingear (à Emmeline). Assez, mon enfant, voici une visite. (Elle se lève.)
Madame Ratinois. Je vous demande mille pardons; j'arrive bien mal à propos. . .Est-ce à monsieur le docteur Malingear que j'ai l'honneur de parler?. . .
Malingear. Oui, madame.
Madame Ratinois. , Je viens de visiter l'appartement du troisième.
Madame Malingear. Veuillez donc prendre la peine de vous asseoir.
Madame Ratinois (s^asseyant, ainsi que madame
Malingear.) Trop bonne, madame. . .Je crains d'être importune. . .J'ai interrompu mademoiselle!
Èmmeliî^e. Oh! madame...
Madame Ratinois {à madame Malingear). C'est mademoiselle votre fille?. . .
Madame Malingear. Oui, madame.
Madame Eatinois (à part). Frédéric a raison . . . elle est très bien! {Haut.) Je vois que mademoiselle est musicienne.
Madame Malingear. Elève de Duprez.**
Malingear (à part, étonné). Hein!. . .
Madame Eatinois. Ah!. . .Duprez est son professeur?. . .
Madame Malingear. Nous l'attendons.
Malingear (à safefnme). Qu'est-ce que tu chantes
Madame Malingear (vivement). Un morceau de la Juive! (Â madame Ratinois.) Mon mari demande à sa fille ce qu'elle chante. . .C'est un morceau de la Juive. {Elle fait des signes à Malingear y qui if assied à droite.)
Madame Ratinois {à part). La maison est sur un grand pied! C'est bien mieux que chez nous!
Madame Malingear. Moi, d'abord, j'ai pour principe de m'adresser aux premiers maîtres. . .Ainsi, quand Emmeline a commencé la peinture . . .
Madame Ratinois {à Malingear). Ah! mademoiselle peint aussi ?
Malingear {embarrassé). Oui. . .il paraît. . .Demandez à ma femme.
Madame Malingear {montrant un tableau ac* croche au mur). Comment trouvez- vous ce petit paysage ?
Madame Ratinois {se levant). Une peinture à l'huile!
Madame Malingear {se levant). Elle s'est amusée , à barbouiller ça.
\ Malingear {à part). Oh! par exemple, celle-là est trop forte!
Emmeline {à part). Quelle idée a donc maman ? . . •
Madame Ratinois {examinant le tableau). C'est d'une vérité. . .d'une fraîcheur!. . .On dirait que c'est d'un p^tre.
Malingear {à part). Je crois bien... c'est un Lambinet^*^. . .Ça me coûte deux mille francs!
Madame Ratinois {à part). Très belle, très belle éducation! (Haut.) Et cet appartement ... est-il libre ? . . . {Elles se rasseyent. )
Madame Malingear. Il le sera pour le terme . . . Monsieur Malingear doit le faire décorer .. .{Â son mari.) N'est-ce pas votre intention, mon ami?
Malingear. Tu sais bien,^*. . {Se reprenant.) Vous savez bien que j'ai rendez-vous aujourd'hui avec l'architecte.
Madame Malingear. Je vous recommande le petit salon; il n'est pas présentable.
Malingear. Vous choisirez les tentures vousmême.
Emmeline {étonnée, à part). Vous!. . .Est-ce que papa et maman sont fâchés?. . .
Madame Ratinois. Et auel serait le prix?. . .
Malingear. Quatre mille francs.
Alexandrine {entrant, très étonnée). Monsieur, on vous demande; c'est un client.
Malingear, Madame Malingear, Emmeline (à fart). Le père! {On se lève.)
Madame Malingear. Un client! Qu'y a-t-il d'extraordinaire ? . . .
Alexandrine. Dame!. . .c'est la première fois. . .
Madame Malingear {vivement). Que ce monsieur vient ici?. . .C'est bien! Qu'il prenne son tour. . .On ne peut le faire passer avant les personnes qui attendent. . .{Écrivant sur un papier, au bureau.) Donnez-lui ce numéro... le numéro 16. {Alexandrin» sort.)
Malingear {à part). A-t-elle de rajdomîi^Baa femme!
Madame Ratinois {à part). Numéro 161 quelle clientèle!
"^"J^ADAMB Malingear. Mon mari n'a pas une
minute à lui.. .Le matin, il a son service à FHÔtel- Dieu; il rentre à midi; il ^éjgjuae presque toujours debout... Les consultations commencent, en voilà pour jusqu^à trois heures.
Malinoear. Mais, ma chère amie . . .
Madame Malingear. Je vous ^ que vous vous tu££ezl. . .Après, vi enne nt les visites aux quatre coins deParis. . .Enfin, il rentre, le soir, brisé, harassé. . . Vous ciQ^z qu^il se repose?. . .Du tout! Il travaille à son grand ouvrage, qui sera lu en séance publique à TAcadémie de médecine. On Tattendl ~ ^
M^LINGEAR {protestant). Mais, ma femme!. . .
Madame Malinoear (vivement). Q u^on attende ! Après tout, vous n ^es pas aux ordres de ces messieurs! {Confidentiellement à madame Ratinois.) C^est un mémoire sur les affections thorachiques. . . Magnifique question!. . .
Malingear (à part). Elle aurait dû, épouser un ^entiste.
/ Madame Ratinois. Quelle existence \...{À Malin- -H^ ^ gear.) Et vous ne prenez jamais de distractions?. . .
Malingear. On! ma femme exagère!. ..
Madame Malingear {lui coupant la parole).
Deux fois par semaine. ..1 hiver. . nous offrons une tasse de the à nos amis. . .
Malingear {à part). Bon! des soirées à présent!
Madame Malingear. Le mardi et le samedi . . . On fait de la musique. . .Nous recevons les principaux artistes de Paris. . .Mon mari leur donne des soins. . . gracieusement. . .vous comprenez?. . .
Madame Ratinois. Comment! pour rien?. . .
Madame Malingear. Oh ! ... des artistes . . . Mais ces messieurs se font un plaisir... je dirai même un , devoir. . .de fréquenter mon salon. . .Pour ça, ils sont très gentils! très gentils!
Malingear {à part).^ Et patati ! et patata! "...
Madame Ratinois {à part). Quel intérieur charmant!
Madame Malingear. J'espère bien, madame, si
VOUS devenez notre locataire, que vous nous ferea rhonneur d^assister à nos petites soirées?
Malingear {à part). Elle Finvite!
Madame Ratinois. Comment donc, madame...
vous êtes mille fois trop bonne! {Â part.) C'est du très grand mondjB!
Madame Malingeab. Vous partez, madame ?
Madame Ratinois. Oui! Mais j'emporte l'espoir de revenir bientôt. . .Je serais bienheureuse, croyez-le, de nouer des relations plus suivies. . .plus intimes. . . avec une femille aussi distinguée. . .que respectable!
Madame Malingear (saluant). Madame. . . {Appelant. ) Baptiste I Baptiste I . . .
Malingeab (a part). Baptiste!. . .Où prend-elle Baptiste?
Madame Malingeab (à son mari). Est-ce que vous avez envoyé le valet de chambre^epj^Qurseî, . . '
Malingeab {ahuri). Le valet de chambre...
moi?. . .Non! {Â part.) Nous n'avons jamais eu de domestique mâle!
Madame Malingeab. Ces gens ne sont jamais là quand on a besoin d'eux! {Appelant.) Alexandrine! Alexandrine! {A madame Ratinois.) Je vous demande mille pardons, madame... {Alexandrine parait.) Reconduisez madame. . .
Madame Ratinois {à part). Quelle tenue de maison ! . . . Mais voudront-ils de mon Frédéric ? . . . {Haut.) Madame. . .monsieur. . .mademoiselle!. . .{Sortie céré* monieuse.)