‹ La poudre aux yeux (volume 3)Chapitre 25 sur 89 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

Ratinois, Malingear

Ratinois {à part) . — Nous voilà seuls ... Ce n'est pas commode à attaquer, cette affaire-là . . .

Malingear {à part), — Comment diable aborder la chose? 25

Ratinois {s^ approchant). — Mon cher Malingear,

jo La Poudre Aux Yeux.

c'est bien aimable à vous d'avoir accepté notre petit dîner.

Malingear. — Vous y avez mis une insistance si affectueuse . . .

5 Ratinois. — Oh ! c'est que je vous aime, moi.

Malingear. — Moi aussi, allez !

Ratinois {lui serrant la main). — Ce bon Malingear !

Malingear {de même). — Excellent Ratinois!

Ratinois (à ^ar/) . — Tout ça, c'est du sentiment lo. . . ça nous éloigne. {Haut.) Tantôt, nous avons causé de la dot un peu superficiellement . . . {Ils s^asseyent près de la table à gauche.)

Malingear {à part) . — Il y vient de lui-même . . . {Haut.) En effet, très superficiellement . . . Vous 15 avez parlé de cent mille francs.

Ratinois. — Oh ! c'est un chiffre que j'ai jeté . . . comme ça, en l'air . . . mais ça ne vous lie pas.

Malingear. — Je disais aussi ... un gros raffineur . . .

2c Ratinois. — Et vous, un médecin illustre . . . qui reçoit quatre mille francs d'un coup . . .

Malingear. — Oh ! moi ? . . .

Ratinois. — Je les ai comptés . . . Tenez, je suis disposé à faire un sacrifice ... je donnerai l'argenterie. 25 Malingear {étonné). — Ah !

Ratinois. — Et vous? . . .

Malingear. — Moi ? . . . J'offre la garniture de cheminée du salon.

Ratinois {étonné). — Ah! {A part.) Il faut lui 30 mettre les points sur les i. {Haut.) Malingear, il faut nous dire une chose . . . c'est que tout a augmenté.

Malingear. — C'est vrai ; et tel qui était à son aise autrefois avec dix mille francs de rente, se trouve aujourd'hui fort gêné.

Ratinois. — Voilà ! Et nous ne voulons pas que nos enfants soient gênés ? 5

Malingear. — Certainement, nous ne le voulons pas.

Ratinois. — Voyez- vous votre fille, votre fille chérie, obligée de regarder à s'acheter une robe ou un cachemire?

Malingear. — Et votre fils . . . votre fils unique, 10 réduit à vivre d'expédients?

Ratinois. — Oh! ne parlons pas de mon fils ... un homme se tire toujours d'affaires . . . Mais elle . . . la pauvre enfant ! . . . qui est votre joie, votre amour . . . car vous l'aimez bien, votre fille? 15

Malingear. — Presque autant que vous aimez Frédéric.

Ratinois. — Oui ... Ne parlons pas de Frédéric . . . parlons d'Emmeline ... Il faut lui faire, à cette enfant, une existence de soie et d'or. 20

Malingear {pénétré). — Oh ! merci pour elle !

Ratinois. — D'oii je conclus qu'il y a lieu d'augmenter la dot.

Malingear. — C'est tout à fait mon sentiment.

Ratinois. — Eh bien . . . fixez vous-même ... 25 J'accepte d'avance.

Malingear (d ^ar/). — Ah! très bien . . . Parlezmoi des commerçants! {Haut.) Je pense qu'en donnant cent cinquante mille francs . . .

Ratinois. — Ah ! Malingear ... ce n'est pas assez. 30

Malingear. — Alors, mettons deux cent mille.

Ratinois {se levant). — C'est convenu. Moi, je donne l'argenterie, et vous deux cent mille . . .

Malingear (se levant). — Comment! . . . C'est vous qui les donnez.

5 Ratinois. — Moi? Par exemple !

Malingear. — Pourquoi moi et pas vous ? . . .

Ratinois. — Parce que, dans votre position ... un homme qui a voiture, loge aux Italiens et un chasseur . . .

lo Malingear. — Mais vous avez aussi une voiture, une loge aux Italiens, et un nègre ... ce qui est plus cher.

Ratinois. — Moi, moi ! . . . Ce n'est pas la même chose.

15 Malingear. — Pourquoi? ... A moins que vous n'afl&chiez un luxe au-dessus de votre position? . . .

Ratinois. — Du tout ! Elle est superbe, ma position . . . Elle est magnifique, ma position.

Malingear. — Eh bien, il est de toute justice que 20 nous donnions autant Tun que l'autre . . . Chacun deux cent mille francs ... (.4 part.) J'ai vingt-deux mille livres de rente, il m'en restera douze.

Ratinois (à part). — Saprelotte ! j'ai dix-sept mille livres de rente, il ne m'en restera que sept ! C'est im- 25 possible.

Malingear. — Vous hésitez . . . pour une misérable question d'argent?

Ratinois. — Je n'hésite pas ! Cent mille francs de plus ou de moins . . . qu'est-ce que vous voulez que 30 ça me fasse ? J'offre trois cent mille francs. Voilà comme j'hésite!

Malingear {étonné). — Hein! . . . trois cents? . . .

Ratinois (à pari). — Je vais le pousser jusqu'à ce qu'il recule ... et, alors, je romps . . . {Haut.) V^ous reculez? . . .

Malingear. — Du tout, je réfléchis ... {A part.) 5 Trois cent mille francs, c'est impossible ... Il n'y . a qu'un moyen ; c'est d'élever la dot jusqu'à ce qu'il dise non . . . Alors, tout sera rompu . . . {Haut.) Je propose quatre cent mille.

Ratinois. — Ce n'est pas assez . . . Cinq cent 10 mille ! . . .

Malingear. — Ce n'est pas assez . . . Six cent mille ! . . .

Ratinois. — Ce n'est pas assez . . .

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