SCÈNE IV
Madame Malingear, Emmeline, puis Malingear, puis Alexandrine
Madame Malingear. — C'est un bon jeune homme
Emmeline (entrant), — Oh! oui, c'est un bon jeune homme ! Et je suis certaine d'être heureuse avec lui
Madame Malingear (étonnée), — Hein? . . qu'est-ce que tu dis là? . . . Comment sais-tu? . .
Emmeline (confuse), — J'ai entendu un peu . . sans le vouloir ... en cherchant ton aiguille qui était tombée près de la porte. jo
Madame Malingear (V imitant). — ^^ En cherchant ton aiguille ! . . . " C'est très mal d'écouter aux portes.
Emmeline. — Oh ! ne me gronde pas ; je te dirai un secret.
Madame Malingear. — Un secret? ... j^
Emmeline. — Hier, pendant que tu étais allée ouvrir la fenêtre, M. Frédéric m'a confié que sa mère devait venir ici, ce matin.
Madame Malingear. — Aujourd'hui? . . .
Emmeline. — Sous le prétexte de causer de l'apparte- 20 ment du troisième, qui est à louer ; elle veut nous voir avant de faire la demande.
Madame Malingear. — Heureusement que le salon est fait.
Emmeline. — Et le père, M. Ratinois, doit venir de 25 son côté pour consulter papa.
Madame Malingear. — Il est malade ?
Emmeline. — Mais non ! Encore un prétexte pour faire sa connaissance ... Ne le répète pas ... à personne . . . c'est un secret.
5 Madame Malingear. — Sois tranquille.
Malingear {entrant). — Charmant garçon ! plein de cœur !
Madame Malingear {bas, à son mari). — Malingear I
Malingear. — Quoi ?
lo Madame Malingear {bas). — Ne le répète pas . . . c'est un secret . . . Madame Ratinois doit venir ce matin sous prétexte de causer de l'appartement à louer.
Malingear. — Tiens !
15 Madame Malingear. — Et son mari, pour te consulter . . .
Malingear. — Alors, c'est un examen.
Madame Malingear. — Ils désirent nous connaître avant d'aller plus loin. C'est bien naturel. 20 Alexandrine {entrant). — Madame, il y a là une dame qui demande à parler au propriétaire pour l'appartement du troisième.
Malingear, Madame Malingear, Emmeline. — C'est elle !
5 Madame Malingear {vivement). — Attendez. {A Alexandrine.) Vite ! mon bonnet à fleurs, mon bonnet de soirées.
Alexandrine. — Tout de suite ! {Elle disparaît.)
Madame Malingear {à Emmeline). — Ôte ce tablier 30. . . Mon Dieu, que tu es mal coiffée! ... Je vais refaire tes boucles.
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Vite ! mon bonnet à fleurs.
Malingear {étonné^ à part). — Qu'est-ce qui lui prend ?
Alexandrine {rentrant), — Voilà le bonnet.
Madame Malingear {s^ asseyant). — Posez-le-moi ! Vous voyez que je suis occupée. {Alexandrine dispose 5 le bonnet sur la tête de sa maîtresse, pendant que celle-ci coiffe sa fille qui est à genoux, — A Alexandrine.) Plus en arrière ! . . . Malingear . . . une épingle !
Emmeline. — Papa, une épingle !
Madame Malingear. — Dépêche- toi donc ! 10
Malingear {l'apportant). — Voilà! {A part.) Qu'est-ce qu'elles ont? ...
Madame Malingear. — Là !.. . Faites entrer ! (Alexandrine sort. — Bas, à son mari,) Surtout ne me tutoie pas devant cette dame. 15
Malingear. — Pourquoi ?
Madame Malingear. — C'est commun . . . c'est bourgeois ! {A sa fille.) Toi, mets-toi au piano, la tête en arrière, et fais des roulades . . .
Emmeline {au piano). — Des roulades? 20
Madame Malingear. — Va donc. {Emmeline fait des roulades ; madame Malingear se pose sur un fauteuil, une broderie à la main,)