PHYSIOLOGIE DU PLACENTA
Le placenta, organisme complexe formé d'une partie extra-embryonnaire greffée sur la caduque maternelle, présente deux fonctions à étudier : 1° il provoque dans l'organisme maternel des réactions biologiques spéciales ; 2° il assure la nutrition du fœtus.
1° Réactions biologiques provoquées dans V organisme maternel par le placenta. ■ — Veit, adaptant à la grossesse les idées d'Ehrlich, soutint, en 1903 et 1905, que le syncytium, partie active des villosités choriales, agissait dans l'organisme maternel comme un organe étranger et jetait dans le sang des lacs placentaires des substances spéciales, des hémolysines, des cytolysines. Celles-ci provoquaient dans le sérum maternel l'apparition d'anticorps ou syncytiolysines ; grâce aux hémolysines, des globules rouges maternels sont détruits par cytolyse ; du fait des syncytiolysines, les albumines syncytiales ou fœtales passent dans le sang qui entoure les villosités. Veit et Scholten expliquaient par ces phénomènes les échanges de la mère au fœtus, du fœtus à la mère.
Partant de cette conception, de nombreux auteurs ont essayé de démontrer la toxicité du placenta. Par des injections faites sous la peau, dans le péritoine ou dans la veine, ils ont inoculé du placenta humain à des animaux, et du placenta d'une espèce à des animaux de la même espèce. Les animaux inoculés sont morts.
Lichtenstein a montré qu'une filtration insuffisante duliquide injecté pouvait expliquer la mort en pareil cas ; ce liquide bien filtré devient inofîensif. La mort semble bien due à des coagula. Mathes a prouvé que la vitesse d'injection pouvait jouer un rôle dans cette formation de coagula; l'introduction d'une hétéro-albumine enfin semble jouer un rôle causal.
Engelmann et Stade ont montré qu'en ajoutant du suc de sangsues au soluté placentaire et en le rendant non coagulable, celui-ci devient inofîensif. Liepmann et Freund, en chauffant le soluté placentaire pendant une demiheure à 56°, le rendent également sans action.
Le placenta a-t-il une action cytolytique sur les différents viscères ? Les animaux survivent souvent aux injections de placenta sous la peau ou dans le péritoine. Ils présentent alors de l'albuminurie et , à l'autopsie, on leur trouve des lésions du foie rappelant celles de l'éclampsie. Mais ces lésions, de même que les réactions de résistance produites par des injections répétées de placenta (Weichbardt), peuvent être. le fait de l'introduction dans un organisme d'une hétéro-albumine et ne démontrent pas l'action spécifique du placenta.
Les injections de placenta sur des animaux de même espèce sont plus inté-
KEIFFER ET DEVRAIGNE.
ressantes. Freund a bien obtenu des lésions viscérales chez des lapins à qui il injectait du placenta de lapin; mais il a obtenu les mêmes lésions avec des injections d'autres viscères. Le placenta a-t-il, parce que glande, une toxicité spécifique, comme le veut Guggisberg ? Freund a essayé en vain d'immuniser des lapins contre le placenta de lapin ; Fernandez aurait obtenu des résultats positifs, avec une expérimentation critiquable. Abderhalden, R. Freund et L. Pincussohn, par la méthode optique, ont confirmé les résultats de Freund. Il semble démontré que les injections de placenta agissent comme des injections d'albumines viscérales (Bar).
On a fait également des recherches pour démontrer ou infirmer les actions réciproques du syncytium et du sang maternel. Déjà Veit et Scholten n'avaient pas été des plus démonstratifs . Liepmann, Pollak, Labhardt doutent de la syncytiolyse ; par contre, pour Mohr et Freund, Polano, von GrafT, l'extrait de placenta a bien une action hémolytique. Higuchi ne l'admet pas, mais Mohr et Freund lui reprochent sa technique défectueuse. Pour Bar et Daunay, « l'action hémolytique du placenta est réelle, mais si faible qu'elle nécessite, pour se manifester, un amoindrissement spécial de la résistance globulaire ».
Si le placenta agit comme une albumine étrangère et provoque la formation d'anticorps, s'il y a vraiment une toxhémie pilleuse, on doit en pouvoir faire la preuve par la méthode de la déviation du complément. Frankl a eu un résultat négatif. Fieux et Mauriac, opérant avec des placentas jeunes sur des femmes enceintes de moins de quatre mois, ont eu des résultats positifs. Bar et Daunay ont obtenu des résultats beaucoup moins satisfaisants.
Par conséquent, « les réactions biologiques du sang et du placenta dans la grossesse normale, formulées si nettement par la théorie, ne sont pas définitivement démontrées. Mais les faits acquis sont tels que les recherches méritent de ne pas être abandonnées» (Bar).
2° Nutrition du fœtus (voy. plus loin p. 139).