LE DRAP MOUILLÉ
Technique. — On administre le drap mouillé (s/^e?/ balh) delà façon suivante : on recouvre d'une alèze de caoutchouc un côté du lit du malade, ou un petit lit spécial, et on étend une couverture par-dessus. Plusieurs draps de toile, fine ou grosse, suivant l'effet recherché (voir an Mode d'action), une cuvette, un seau d'eau à la température voulue, une tasse et une éponge sont placés à portée de la main. On plonge le drap dans de l'eau entre 50'^ et 80° F. (10° et 26,6^0, on le tord légèrement et on l'étend sur le lit aussi rapidement que possible, afin d'éviter tout changement dans la température. Après avoir bassiné d'eau glacée la tête et le visage du malade, et l'avoir coiffé d'une serviette humide, on l'étend sur le drap mouillé et on l'en enveloppe de la façon suivante. On lui fait tenir les deux bras au-dessus de la tète. La partie supérieure du bord gauche du drap est appliquée étroitement sous l'aisselle gauche et ramenée sur la partie antérieure de la poitrine jusqu'à la
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ligne axillaire du côté droit ; la partie inférieure de ce bord est disposée sur le bassin et enroulée entre les jambes. Les bras sont alors abaissés et placés le long du corps, dont les sépare l'épaisseur du drap. On étend ensuite sur le corps la moitié droite du drap de haut en bas, en enveloppant les bras et les épaules aussi bien que les membres inférieurs. On serre fortement le bord droit sur l'épaule gauche et on le fixe solidement en Tenroulant par-dessous celle-ci ; on replie l'extrémité du drap sous les talons. De cette façon le malade se trouve étroitement enveloppé dans le drap mouillé, et aucune région de son corps ne reste découverte. Chez les mahides aflaiblis, on peut laisser les bras entièrement en dehors du drap, et les humecter simplement pendant l'opération. Cette modification rendra en outre plus facile l'application du drap. La première impression éprouvée par le malade frappe les nerfs périphériques au moment ou la peau entre en contact avec le drap imbibé d'eau froide. Des inspirations brusques et profondes et un petit frisson se produisent. La température élevée du sujet en triomphe rapidement, et les manipulations pratiquées par le baigneur contribuent à y mettre tin. Celui-ci frotte le drap mouillé avec le plat de la main, d'aJ)ord doucement, puis de plus en plus énergiquement, et parcourt ainsi toute la surface du corps. Il opère de cette façon sur des régions limitées, jusqu'à ce que celles-ci se soient réchaufTées. Dès qu'une surface est devenue tout à fait chaude, on A-erse dessus, à l'aide d'une tasse ou d'une éponge exprimée, de l'eau entre oO" et 60" F. (10° et 15, 5'' G.), et Ton reprend la friction. Lorsque la région traitée a cessé de s'échauffer sous l'influence de la friction, l'infirmier passe à une autre région. On alterne ces frictions (énergiques sans brutalité), portant successivement sur les diverses régions du corps, avec l'arrosage de celles-ci au moyen de petites quantités d'eau froide, jusqu'à ce que le malade sente partout le refroidissement ou frissonne. On doit toujours éviter de pousser l'opération jusqu'à ce que celui-ci tremble et claque des dents; car ce serait le signe d'une contraction musculaire et d'une différence de température trop marquée entre les régions centrales et les régions périphériques de l'organisme; c'est cette différence, en ellet.qui détermine la contraction musculaire, laquelle a pour effet de contrebalancer la perte decalorique. La friction prévient cette conséquence regrettable de tous les procédés froids, et nous permet de renouveler les applications d'eau froide sur les parties
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échauffées du drap mouillé, en vue d'en maintenir l'action réfrigérante. L'opération terminée, on sèche rapidement le malade, et on le roule doucement sur le côté pour retirer les draps, les couvertures, et l'alèze de caoutchouc. Il n'est pas nécessaire de pratiquer de frictions sur des régions autres que les extrémités en les séchant. Nous avons dans le drap mouillé une admirable médication antifébrile, dont on peut accentuer considérablement les effets en laissant le malade étroitement enveloppé dans son drap et dans sa couverture, sans aucune friction, pendant une demi-heure. Ce procédé tempéré est mieux accepté par le malade et son entourage que les bains froids complets; on peut aussi l'employer comme une mesure préparatoire utile, lenantle milieu entre l'ablution et le demi-bain.
Indications thérapeutiques. — On peut employer le drap mouillé dans toutes les maladies aiguës dont l'ékhalion de la température est un des principaux symptômes. Je m'en suis servi avec avantage à la place du bain complet, lorsque je ne pouvais me procurer le matériel nécessaire pour celui-ci. C'est ainsi que, dans les maisons de campagne et les fermes où l'on ne trouve pas de baignoire, des draps de toile, ou même des nappes de toile (au besoin de vieux draps de coton bien usés), une pièce de toile cirée, pour protéger le lit, une couverture, un seau d'eau et une éponge sont tout ce qu'il faut pour intervenir. Dans la maison la plus humble, on trouvera, pour remplacer le lit ou le sopha, une planche à repasser ou une petite porte. On étend une toile cirée sur une porte dont une caisse ou un tabouret soulève le bord supérieur, ou même sur le parquet, on dispose par-dessus une pièce de toile à sac ou une couverture de coton, et on mouille une nappe de table, ou même un drap de coton. On peut ainsi appliquer le drap mouillé, sur lequel on versera de l'eau avec une éponge ou un pot à eau. On empêchera facilement l'excès d'eau qui s'échappe du drap de couler sur le parquet en l'absorbant avec un torchon ou une éponge, qu'on exprimera dans un seau. On aura toujours présente à l'esprit cette notion, qu'un malade dont la température atteint ou dépasse lOS** F. (39, 4o C.) ne court aucun risque de prendre froid. La crainte chimérique de ce danger porte souvent le médecin, aussi bien que le malade, à se méfier des procédés hydriatriques, en particulier de ceux qui exigent l'emploi de grandes quantités d'eau froide.
Pour augmenter l'effet anti-thermique et sédatif de ce traite-
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ment, quand on le pratique à la campagne, on replacera sur son lit le malade encore enveloppé étroitement dans le drap mouillé et la couverture, et on le laissera tranquille pendant une demi-heure. Le plus souvent il tombera dans un sommeil calme, dont on ne devra réveiller sous aucun prétexte. Des frissons répétés indiquent la nécessité d'interrompre immédiatement l'opération et de sécher le malade.
Mode d'action. — L'action anti-thermique du drap mouillé peut être expliquée de la façon suivante. Cette opération a pour effet immédiat de contracter les vaisseaux périphériques, d'amener l'ischémie et la pâleur de la peau et d'entraîner le sang- des vaisseaux superficiels aux vaisseaux profonds. C'est pourquoi il est nécessaire d'appliquer sur la tête des compresses mouillées et des affusions intermittentes pour prévenir la congestion de la tête. Toutefois, comme le choc reçu par les nerfs sensitifs est bref, et que, aussitôt parvenu aux centres nerveux, il est réfléchi sur les nerfs moteurs, l'action locale est en réalité tout à fait passagère. Le drap se récliauffe rapidement si la température du malade dépasse 102° F. (38,9» C). L'eau froide, versée sur les régions du drap qui se sont réchauffées, soustrait du calorique au sang des vaisseaux cutanés, qui se sont dilatés sous l'influence des frictions dont nous avons parlé, de cette façon le drap se refroidit et se réchauffe alternatiA^ement, empruntant du caloriqueausang pour le céder à l'eau. Chaque fois que l'eau froide tombe sur le drap, la respiration devient plus profonde, ce qui favorise l'hématose. L'augmentation du tonus des vaisseaux périphériques fait disparaître l'hypotension qui existait antérieurement, relève ainsi l'activité cardiaque et diminue la vitesse du pouls. Si on laisse le malade enveloppé dans un drap mouillé, un sommeil calme s'établit, l'organisme se refroidit et se repose, après avoir éprouvé une certaine fatigue du fait des excitai ions mécaniques qu'il a reçues. Le drap mouillé constitue donc une méthode anti-fébrile rationnelle, qui n'éprouve pas le malade autant qu'un bain complet, et qui est plus facilement acceptée par celui-ci et par son entourage.
Ce procédé ingénieux et pratique est extrêmement utile lors-, qu'il s'agit de rétablir les forces nerveuses de malades, aigus ou chroniques, à qui leur faiblesse interdit d'autres méthodes plus énergiques.
En apportant certaines modifications au drap mouillé, on