‹ La précellence du langage françoisChapitre 156 sur 183 · VM DE LA PREGELLENCE · texte numérisé non relu

VM DE LA PREGELLENCE

abuser de leur lancia spezzada^ et pareillement quelques François de leur mot emprunté Lancespessade, c*est à eux (je di, tant aux uns qu*aux autres) de rendre raison de leur abus. Et nonobstant ce que j'ay dict de l'origine de ce terme, je n'ignore pas qu'aucuns luy en donnent une autre, en le faisant venir du langage Espagnol : mais c'est en prononceant et escrivant autrement que spezzata^ lequel mot toutesfois nous avons suivi.

Au reste, je veux aussi advertir le lecteur que quand bien nous retiendrions quelques mots Italiens appartenans au faict de la guerre (comme je serois bien d'avis qu'on fist, quant à six ou sept, «ntre lesquels est Gabions^ pour Gabbioni, qui vient de Gabbia, signifiant Cage : encore que nous ayons l'ancien Mannes ou Mandes) cela ne nous pmirroit rendre suspects de ce que j'ay dict au commancement de ce discours, ne porter aucun deshonneur : veu que l'Italie, pour un que nous retiendrions des siens , s'est appropriée trois voire quatre des nostres. Je diray bien d'avantage (et si diray vray) que ne l'Italie ne l'Espaçne ne sçauroit parler de ce que les Latins appeloyent bellum^ ne de ce qu'ils disoyentjora?ftMm, sans emprunter les termes de la France, car toutes ces deux nations ont pris nos deux vocables Guerre et Bataille : l'une, en ayant faict Guerra et Battaglia : l'autre, Guerra et Batalla^ laquelle toutesfois ha bien aussi Pelea, mais elle ne s'en

aide pas tant que de Batalla, Non plus ne peuvent ces deux nations parler d^ escarmouche^ si nostre langue ne leur preste ceste diction*.

Et pour passer plus avant aux termes de la guerre que Tltalie a pris de nous (entre lesquels sont plusieurs dont l'Espagne aussi fait son proufît) ils ne se sont point contentez de Battaglia, faict de nostre Bataille, mais pareillement de Bataillon ont îaici Battaglione, Et n'usans de moins grande hardiesse, se sont ruez (pendant que nous n'y prenions point garde) sur nostre Avantgarde et Arrieregarde : et ont changé l'une enAvantguardia ou Vantguardia : l'autre en Retroguardia. Voire sont venus jusques à nostre Corps de garde, et en ont faict Corpo diguardia, et Corpo di guarda aussi, pour abbreger. En la fin, voyans nostre patience, ils ont abusé d'icelle. car ils nous ont pris Un bastillon. Un fort^ Une forteresse. Un boulever, Un rempart, Une platte forme, Une canonnière : et en ont faict Un bastione, Un forte, Una fortezza. Un beluardo, Un riparo*, Una piatta forma, Una canonniera. Et n'ont pas oublié aussi nostre Tranchée, qu'ils ont changée en Trincea, et aucuns en Trinchea. Mais il ne se faut pas esmerveiller s'ils ont

1. C'est au contraire le fran- réparation, remède, et rempart^ çais qui a emprunté à l'italien défense. Ne serait-il pas plus le mot escarmouche, en italien simple de rattacher riparo , scaramuccia. comme riparamento, au verbe

2. Le mot riparo signifie aussi riparare^ qui signifie réparer, remède, ressource. De même remédier, conserver, défendre, riparamento signifie à la fois garantir, munir, etc. ?

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pris la plus grand'part de nos termes concernans Tart de fortifier, veu qu'il a falu que ce mot mesmement Fortificatione, ils Tayent emprunté de nous. Aussi viennent de nous leur Mine et Contramine : leur liatteriay leur Combattere. Ils nous ont pris aussi nocive Danniere,iiosiTQ Enseigne y nocive Estandart : et de ce' dernier use Arioste entr'autres. Encore ne m'esbahi-je pas tant de tous ces mots qu'ils ont eus de nous, ne de plusieurs autres (voire jusques aux Chaînages et aux Vittuailles, dont ils ont faict Cariaggi et Vettovaglie) que je m'esmerveille de nostre Marcher, j'enten Marcher en guerre. Car ils sont venus jusques à ce mot, monstrans bien une grande povreté de leur langage, s'il n'estoit secouru du nostre. Le dernier auquel j'en ay veu user, c'est un nommé Girolamo Cataneo *, (qui est de Novare) en son livre des fortifications. Car il-y-a là un chapitre, le titre duquel est, Del modo che deve tenere Vessercito nel marciare et allogiare : et corne si deve fare ralloggiamento '. En ce mesme chapitre, et ailleurs aussi (à

1. Architecte et ingénieur, fuochi «r/e/îcia/i, Brescia, 1564.

né vers le commencement du L'ouvrage fut traduit et im-

xvi' siècle, mort après 1584. Il primé par J. de Tournes, Lyon,

publia plusieurs ouvrages rela- 1574. Une édition augmentée

tifs k Part militaire et entre parut à Brescia en 1584 sous ce

autres : Opéra nuova di fortifi- titre : DelV arte milUare,

care, offendere e defendere e 2. De la méthode que doit

far gli allogiamenti campait; suivre Tarmée dans la marche

aggiuntovi un traltato degt esa- et le logement; et comment le

mini de hombardieri, e'di far logement doit se faire.

propos de povreté) luy font grand bien nos vocables Avantage et Desavantage, et leurs enfans Avantageux et Desavantageux, car il use plusieurs fois de ceux qui sont faicts sur ceux-là, Vantaggio, Vantaggioso, et Disavantaggio, Disavataggioso, ne pouvant trouver aucuns autres mots pour exprimer ce qu'il veut dire. De luy mesme, et d'un Giacomo Lanteri * (qui a escrit pareillement des fortifications) aussi de Machiavel, j'ay pris les vocables precedens, qui sont tirez des nostres. L'un de ces deux fortificateurs, asçavoir Giacomo Lanteri, dit Scarpa (ce que je marque pour ceux qui ordinairement usent de Scarpe) et Salita, pour une mesme chose. // terrapieno (dit-il) sara^ per la minore che si possa fare, piedi quaranta, in quarantacinque, con piedi quindici di scarpa, overo salita '. II use aussi de Guastatori, ainsi que nous usons de Gastadours. Mais ce que Machiavel appelle Merli, au passage allégué ci-des-

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