Et dont nous avons fait le pronom indéfini on
point. Us disent donc qu'ils ont quelques terminaisons de Noms fort plaisantes et gentiles, desquelles nous sommes destituez. Et la principale de celles qu'ils mettent en avant, c'est des mots^ qui fînent en OLE, comme Piacevole, Favorevole. Je confesse que ceste terminaison est belle : mais je di qu'une chose belle perd sa grâce quand on ea abuse. Or qu'ainsi soit que quelques-uns en abu-^ sent, il appert par la controverse qui est entr'eux touchant le mot Capevole, et quelques autres. Car tous reçoivent bien Favorevole, Piacevole, Amorevole, Laudevole, Honorevole, Biasmevole, Solazzevole : et plusieurs semblables : mais quant à Capevoie, et quelques autres, ils ne sont pas receus de tous, car aucuns disent qu'en ce mot Capevole on abuse de ceste terminaison OLE, et qu'il faut dire Capace. Et de vray je croy que ceux mesmes qui usent de Capevole pour Capace, n'oseroyent dire Capevolezza pour Capacita. ce qui monstre bien que ce Capevole n'est pas tant en crédit que les autres r veu que Convenevole, au lieu duquel aucuns aiment mieux dire Conveniente, est toutesfois suivi de Convenevolezza, pour Convenienza. Or quant à Capevole (car je ne me veux arrester maintenant qu'à cestuy-ci) je sçay bien que leur Bembo eni use au premier livre du Traitté intitulé Le prose : mais on peut dire qu'il ne s'en faut pas fier à luy : pour ce qu'il usoit tant des mots ayans ceste terminaison, qu'il s'en rendoit ridicule. Qu'ainsi soit,.
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au commancement de ce premier livre nous lisons agevole et malagevole. Et puis bien tost après il use de Durevole : un peu après de Agevolmente : et puis retourne à son Malagevole. Il se sert aussi de Piacevole eiPiacevolezza, de Convenevole et Convenevolezza : comme aussi usant de Agevole, il use pareillement AeAgevolezza, Nous y avons plusieurs autres : entre lesquels est Laudevole, ou Lodevole : et comme j'ay dict qu'il avoit usé de Agevolmente, aussi nous y trouvons Lodevolmente et Bastevolmente : où il dit, Si non si vede anchora chi délie leggi e regole dello scrivere habbia scritto bastevolmente\ Lequel Bastevolmente, pour Suffisamment présuppose Bastevole pour Suffisant. Quant à Capevole, il en use tant, qu'on pourroit penser qu'il ait voulu faire despit à ceux aux oreilles desquels ce mot desplaisoit.
Or est-il certain que comme Bembo usoit trop de ces mots, de sorte qu'il rendoit leur beauté ennuyeuse, et luy faisoit perdre sa grâce, quelques autres aussi ont faict et aucuns encore aujourdhuy font le mesme. Mais quant audict Bembo, qu'une telle affectation de langage, quant aux mots ayans ceste terminaison fust remarquée en luy (lequel il est vraysemblable ne les avoir moins aimez en son parler qu'en ses escrits) il appert par ce qu'on raconte d'un evesque qui luy fit présent d'un tout
1. On ne voit pas encore d'auteur qui ait traité suflisamjnent des lois et des règles de Tart d'écrire.
nouveau, Scannevole. Car estans entrez luy et Tevesque en une église de Padoue, où il y avoit beaucoup de bancs, Fevesque luy dit, Signor mio, non vi par che questa chiesa sia molto scannevole?^ Lequel comte j'ouy faire à Romme à un cardinal digne de foy. Quoy qu'il en soit, il est certain que ce personnage, qui, quant au reste, estoit estimé bien parler, et n'ignorer rien de ce qui appartenoit à Tornement de son langage naturel, (comme aussi nous sçavons qu'il a esté excellent en la langue Latine) n'usoit pas sans raison de tels vocables si souventesfois : mais estimoit que c'estoyent les plus beaux, et qui avoyent meilleure grâce. Et je ne doute pas que plusieurs ne soyent de son opinion, et qu'ils ne confessent n'avoir plus grande singularité en tout leur langage. Il faudra donc voir si nous en nostre langue n'avons point aussi quelques belles terminaisons dont ils soyent destituez : et je m'asseure qu'il ne les faudra pas long temps chercher.
Ce mesme personnage (je di Bembo) use d'Adverbes ayans forme de superlatifs, lesquels je confesse que nostre langage n'ha point, encore qu'ils semblent avoir bonne grâce. J'enten comme Naturalissimamente fdiict de Naturalniente : et Ordinatissimamente de Ordinatamente. Mais je respon, premièrement que les Grecs nous ont faict ce
1. « Monsieur, ne vous parait-il pas que cette église soit bien garnie de bancs? »
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plaisir de nous prester une pe^tite particule *, laquelle mettans devant les Adverbes, aussi bien que devant les Noms, exprimons ceste superlation : tellement qu'au lieu de Naticralissimamente nous pouvons dire Tresnaturellement^ comme au lieu de Bonis-simo nous disons Tresbon. Je respon secondement que comme ce mot Naturalissimamente est faict à plaisir, aussi prenans la mesme liberté nous pouvons dire Naturalissimement*.
Et à propos de ce que j'ay dict que les Grecs nous faisoyent ce plaisir de nous prester une petite particule, laquelle mettans devant les Noms et Adverbes, exprimons la superlation : disant T^'esbon, au lieu du mot Italien Bonissimo, la langue Italienne se peut elle vanter d'avoir crédit à l'endroit de la Grecque, comme j'ay amplement monstre qu'ha la nostre? Et par le moyen de ce crédit elle emprunte d'elle plusieurs choses, tant pour estre mieux accommodée, qu'aussi pour estre plus ornée*
Je di donc pour conclusion, que quant à ce qui concerne la bonne grâce et gentilesse de langage, ritalien ne se peut accomparer au nostre, tout bien conté et rabbatu. [Car pour une gentilesse