XXVI PREFACE
tout; on choisira ensuite. Après avoir puisé dans les dialectes on prendra les proverbes; il en énumère cent, qu'il admire avec complaisance ; après les proverbes, on dépouillera les vieux romans pour en tirer d'excellents archaïsmes; il s'extasie devant nos ^revixfervestus; il regrette le branc acerain^ le palais marbrifiy la ùenvpourpnne', et le cheyal passevent; et ces verbes expressifs : borgnoyer^ paumoyer, enherber^ enjoncher, etc.
Toute cette partie du livre offre un vif intérêt : c'est un trésor de vieux mots bien choisis, expressifs, puisés directement dans les souvenirs de l'auteur, qui avait lu avec curiosité les œuvres de notre plus ancienne littérature. Il s'est lui-même représenté (dans les Dialogues du nouveau langage françois) assis devant « une grande table, chargée de vieux livres, Francès, Rommans et autres; dont la plus grand part estet escrite à la main », et il disait à ses visiteurs « que par la lecture de ces vieux rommans on descouvrèt de grans secrets quant à la cognoissance de l'ancien langage francès ».
La fin de la Précellence nous satisfait beaucoup moins. Henri Estienne revient à l'italien pour le prendre à partie une seconde fois, d'une façon très injuste. Il accuse les Italiens de s'être enrichis de nos dépouilles, et d'avoir pillé la moitié de leurs mots dans le vocabulaire français. Rien de plus frivole qu'une telle accusation; elle est même doublement frivole. D'abord, en général, une langue a mauvaise grâce à reprocher à une autre langue les mots qu'elle lui a fournis; car enfin, en les prêtant, elle les garde.