‹ La précellence du langage françoisChapitre 8 sur 183 · XXVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XXVIII PREFACE

toujours croire que le français et Titalien viennent du latin de Cicéron ou de Tite-Live directement; il oublie qu'entre le latin et le français, il y a le baslatin mérovingien; de sorte que le français, c'est du bas-latin prolongé à Tétat vivant, et transformé dans sa prononciation. Ainsi cette curieuse métaphore qui donne au mot testa (lequel veut dire argile) un sens dérivé, celui de vase^ puis un autre sens dérivé, celui de crânCy enfin celui de tête^ est plus ancienne que le français et Titalien; elle est déjà pleinement établie dans le bas-latin, d'où l'ont reçue les langues modernes.

Il en est de même pour beaucoup de mots qui ne sont pas latins d'origine, mais germaniques; ils sont entrés dans le bas-latin à l'époque des invasions barbares; puis, de bas-latins, sont devenus en même temps italiens ou français, provençaux ou espagnols. Que signifient donc ces plaintes d'Henri Estienne : « Et pour monstrer encore davantage comment en nostre langage tout leur a esté bon, et qu'ils n'ont rien trouvé trop chaud, ni trop froid, j'adjousteray qu'ils nous ont pris aussi les mots qu'il est vraysemblable que nous ayons de nos Gaulois [il devait dire des Germains) comme héberge^ ou her berge. »

Il tire de même une fausse conclusion des rencontres de sens que peuvent offrir l'italien et le français dans des mots tirés du latin où ils avaient une autre signification. Exemple : le latin dit altendere au sens de être attentif. Le français en tire attendre^ et l'italien attendere au sens de être en attente. Là-dessus Henri Estienne triomphe et dit : « S'ils eussent tiré le mot

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