‹ La Préface de CromwellChapitre 12 sur 22 · DONA LUCREZIA · texte numérisé non relu

DONA LUCREZIA

Il faut mourir. — Ma poitrine se remplit, je le sens. Mon fils, mon fils adoré !... — Oh ! comprends-tu la joie que j'ai à te dire tout haut et à toi-même : mon fils 1 — men fila, embrasse-moi 1

(Il l'embrasse. Elle jette un $ri.)

LA PRÉPARATÎO!» A I.A PHÉKACl

Oh !... ma blessure 1 — Quelle misère 1 Ce que je

souhaitais le plus au monde, un tendre embrasse m ont île mon iils, sa poitrine serrée contre ma poitrine, cela m'a Eait du mal ! — C'est égal ! embrasse-moi, mon fils ! la joie passe encore la douleur (i). »

En écrivant ce chef-d'œuvre, [Victor Hugo ne se souvenait-il pas (obscurément ou non, peu importe;, d uu morceau de Thomas Moore, qu'il cite tout au long : Zélica, cachée sous un voile, est frappée par son amant : « Il est difficile d<j rien lire de plus touchant que ses dernières paroles :

« Je ne pensais pas, murmurait-elle d'une voix éteinte — et appuyant son front sur le bras tremblant d'Azim, elle lut dans les yeux du jeune homme une douleur bien au-dessus des souffrances de sa blessure, — je ne croyais pas qu'il te serait réservé de me donner la mort ; mais tu ne voudrais point me priver du bonheur de l'avoir reçue de ta main, si tu savais combien j'ai prié le Ciel de me faire ainsi mourir. En me cachant sous ce voile abhorré, je n'espérais tomber que sous le fer de tes soldats : mon Azim, la blessure que tu m'as faite m'est bien plus douce. Oh ! je ne changerais pas, crois-moi, cette triste, mais tendre caresse, cette mort entre tes bras, pour tout le bonheur de la vie. L'avenir, <• et terrible pour mon âme égarée, s'éclaircit devant moi. Tes regards d'amour brillent sur ma tête coupable comme la première aurore de la miséricorde éternelle, et, si ta bouche daigne dire que je suis pardonnée, les anges répéteront ces consolantes paroles. Reste dans lavie. Azim, mon adoré ! Songe céleste ! je puis donc, une fois encore, t'appeler mon Azim. »

L'esprit et le cœur ouverts à de pareilles beauté?., Victor Hugo élargissait peu à peu le cercle de ses

(1- Drame, tome III, p 537-438. — J'ai uV-jà eu l'occasion de signaler cette scène magnifique dana mon étude sur la Convention dans le drame romantique. Pourquoi ne pas essayer une fois a la scène ce dénouement plu3 dramatique et plus pur?

admirations classiques et devenait éclectique, ce qu; peut être un tort en philosophie, mais ce qui est u;a singulier mérite en matière littéraire : pour lui, ce qu'il rêve à ce moment, c'est un genre nouveau, réunissant à la perfection un peu froide des classiques les beautés irrégulières mais chaudes du romantisme ; c'est ainsi qu'il termine un plan de tragédie qu'il vient de refaire d'après la Marie Stuart de Lebrun : « J'ai dit que cette tragédie aurait été sublime, et qu'était-ce en effet ? rien que quelques pages d'A tala, deux scènes d'Andromaque, et le dénouement de Zaïre et d'Othello. »

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