‹ La Préface de CromwellChapitre 4 sur 22 · LISTE DES OUVRAGES LES PLUS SOUVENT CITÉS IX · texte numérisé non relu

LISTE DES OUVRAGES LES PLUS SOUVENT CITÉS IX

Joseph Texte. Jean-Jacques Rousseau et les origines du coi

mopolitisme littéraire. Hachette, 1895.

Ticinor. Histoire de la littérature espagnole, traduite par

Mapnabal. Durand, 1864-1872.

A \ <>UKutK. Mes premières année* de Paris. M. Lévy, 1872. ViftO Mémoires d'un bourgeois de Paris. Librairie nouvelle,

VnXEMAlH. Histoire de Cromuell. Maradan, 1819. \ W ville. Le romantisme de Manzoni. Alger, Fontana, 1890. A. ^Neill. Introduction a me* Mémoires. Sauvaitre, 1890.

AVANT-PHOPOS

« La postérité, disail Victor Hugo, publiera ce qu'elle voudra de mes œuvre- ; elle eu 1er.' de- éditions, avec un glossaire BÎ elle veut. • ajoulail-il an nant 1,. La gloss il inutile,

carie Dictionnaire dt- l'Académie -u! lit, avec uu petit supplément, liais une édition critiqu-.* ne serait pas sans intérêt. J'en donne ici la mière ébauche. J'ai reproduit le texte tic varie' tur (2), identique au texte de 1 édition priuceps, publiée en décembre 1827, à hiris, chez Ambroiae Dupont, et portant la date de 182n'y a guère que des diflérences insignifiantes

(4j Uivet, p. 6

Je dois remercier ici MM. Hetzel et May, qui ont \p monopole du format dans lequel paraît ce livre, pour la bonne grâce avec laquelle ils m'ont, chacun pour ce qui les concernait, accordé l'autorisation de publier dans cette élude le texte de la Préface.

III LA FKKPACE DE Cr.OMWELL

ie ponctuation et d'orthographe. Cette édition princeps est elle-même, sauf quelques modifications curieuses que je signalerai au fureta mesure dans les notes du texte, la reproduction fidèle du manuscrit original que l'on peut consulter à la Bibliothèque Nationale : Manuscrits de Victor Hugo, n° 14.

Dans l'ensemble, ce manuscrit paraît écrit au courant de la plume, d'une seule venue : il donne l'impression d'un travail composé rapidement, sur des souvenirs qui se fondent d'euxmêmes dans la tête de l'écrivain, et non sur des notes laborieusement soudées les unes aux autres. Les nombreuses retouches de détail qu'il présente sont surtout des corrections de style, destinées à éviter des répétitions de mots, analogues à ces reprises de la pensée que connaissent tous ceux qui ont corrigé une dernière fois leur manuscrit avant de le donner à l'impression. On trouve même en marge, comme il est d'usage, les noms des ouvriers et des ouvrières qui ont été chargés de composer la Préface.

L'écriture est très lisible, nette, ronde : un graphologue y trouverait surtout des preuves de facilité, de volonté, d'entêtement.

Ce manuscrit nous permet de constater matériellement les traces de certaines collaborations, que le texte imprimé permet déjà de supposer

AVAM PROPOS Xltl

en tonte vraisemblance : nous les soulignerons dans les notes du texte.

J'ai cru qu'il était bon de mettre avant la Préface elle-même une introduction très développée, pour bien faire comprendre quelle place cette Préface tient dans l'évolution du génie de Victor Hugo et dans l'histoire littéraire de notre siècle. Cet Art Poétique du Romantisme, à la différence du code de Boileau, a été écrit avant les chefs-d'œuvre qu'il réclame, au lieu d'en être la conclusion. Probablement à cause de ce caractère de critique a priori, la Préface, après les enthousiasmes de la première heure, a passé, pendant quelque temps, du premier rang au seonl. dans l'œuvre de Victor Hugo, jusqu'au jour où une mesure libérale du ministère de l'instruction publique a restauré la Préface et l'a mise au rang des livres classiques : en attendant qu'on l'explique en rhétorique, on l'a commentée dans les Universités.

La matière ne manque pas aux commentaires, car la multiplicité des idées dans ce manifeste est prodigieuse. Comme on l'a remarqué, Victor Hugo y remue assez de théories pour exercer pendant cent ans l'esprit de tous les critiques littéraires (1).

(i) Petit de JuKeviîle, p. 366-367.

Mon intention n'est pas du reste de discuter les assertions historiques ou dogmatiques du poète. Chaque lecteur peut se livrera ce travail suivant ses préférences et ses goûts. Je voudrais simplement expliquer comment Victor Hugo a été amené à rédiger ces théories, et montrer que la. Préface est l'aboutissement de toute une série d'efïorts, conversations, articles de journaux, préfaces, livres, dont quelques-uns appartiennent en propre à Victor Hugo, dont la majeure partie est empruntée à ses prédécesseurs, à ses contemporains.

Ce serait à son insu, s'il fallait en croire an critique bien informé (1), que Victor Hugo aurait continué une entreprise commencée longtemps avant lui. Et l'on pourrait, à l'appui de cette thèse, rappeler ce long article de la Gazette de France, auquel le Témoin de la vie de Victor Hugo a accordé les honneurs de la reproduction, article où, tout en attaquant à fond la bizarrerie des idées de la Préface, le journaliste en reconnaît l'originalité. C'est une citation habile ; mais la Gazette se trompe, et le Témoin aussi. Ce n'est pas la nouveauté des idées qui est le vrai

(1) Cf. le chapitre très intéressant sur les origines françaises du romantisme, dans les Etudes de M. Larroumet.

AVANT-PHOi'uS IT

mérite de la Préface. Car il est peu de ses théories dont on ne puisse trouver le germe, ou même un développement déjà considérable, dans des œuvres antérieures, œuvres que Victor Hugo connaissait certainement, grâce à ses immenses lectures, qu'il n'avait pu oublier, grâce à sa prodigieuse mémoire (J).

Sans doute, en matière littéraire, la méthode des rapprochements est dangereuse : on risquerait souvent de se tromper si l'on concluait toujours, en cas de ressemblnnre, de l'antériorité à l'imitation ; si l'on faisait par exemple de Victor Hugo le plagiaire de Johnson, parce que tell»; idée de la préface de Cromwell figure à l'état embryonnaire dans la préface de Sbalaespeant. Je ne prétends donc pas que toutes les citations que l'on trouvera en note, empruntées aux œuvres antérieures à l'essai de Victor Hugo, sont certainement les sources de sa pensée, qu'il n'y a pas là quelquefois simple coïncidence. Du reste, là où l'emprunt est formel, je le dis. Quand la chose est douteuse, je souligne le coté

(1) On a pu dire, sans trop d'exagération : « de toutes les idées qui lui ont été attribuées, et auxquelles il a su attacher son nom en faisant retentir la trompette plus fort que les autres, il n'en est pas une qui n'ait été proclamée avant lui par les éclaireurs du vrai romantisme. » (Reymond, p. 112.)

problématique de l'hypothèse. Enfin, lorsque vraisemblablement Victor Hugo n'a pas eu connaissance d'une pensée analogue et antérieure à la sienne, j'indique que le rapprochement n'est qu'une comparaison, un éclaircissement (1).

En montrant dans l'Introduction les larges courants d'influence qui ont parcouru et fécondé l'imagination de Victor Hugo, en indiquant dans les notes du texte, les innombrables emprunts, les dérivations de l'esprit ou de l'érudition d'autrui, tentés par le poète, mon but u'est pas de renouveler la tentative piteuse faite pour convaincre Victor Hugo de copie ou de plagiat ; je veux montrer chez le poète, encore à demi enfermé dans la gangue pseudo-classique, et plus prisonnier qu'il ne le pense de la théorie de l'imitation des modèles, la dernière trace de cette méthode, en même temps que la première manifestation de son génie propre. Victor Hugo, à ce moment, va devenir un maître à son lour : mais la Préface n'est que son « chef d'oeuvre • d'apprenti ; c'est la fin de Victor Hugo disciple d'autrui, mais disciple comme on en voit rarement, comme Platon était l'élève de Socrate. Il

(1) J'ai eu grand soin d'indiquer les citations ou allusions dont je n'ai pu découvrir la provenance ; cela m'est arrivé pour une vingtaine de passages.

AVANT-PKoPOS IVII

y a dans la Préface un reflet éblouissant des théories antérieures. Le reflet n'est pas original, mais c'est bien de Victor Hugo que vient l'éblouissement, car, chose curieuse, le reflet de la pensée d'autrui est plus brillant chez lui que la lumière qu'il réfléchit.

Il est impossible de nier cette reproduction d'idées étrangères, tout en reconnaissant que la Préface a été, comme Victor Hugo le dit du drame, « un miroir de concentration qui, loin de les affaiblir, ramasse et condense les rayons colorants», qui fait « d'une lueur une lumière, d'une lumière une flamme ». Sans doute, condenser de la lueur n'est pas tout à fait créer de la lumière, et cela force la critique à remonter au foyer initial. Aussi, tout en reconnaissant que Victor Hugo a été le vrai chef du Romantisme de 1830, salué par ses précurseurs même (sauf par Stendhal, Vigny et Chateaubriand) comme le maître, ce qui implique non seulement plus de puissance dans le développement d'idées connues, mais encore unevéritableoriginalité(l), j'ai essayé, aussi bien dans les notes que dans l'introduction, d'expliquer la formation de ces idées, non seulement de celles qui semblent spontanées, mais encore des pensées qui ont

(iy Mabilleau, Victor Hugo (Hachette, 18'J3), p. 47-48.

XVIII lA PKÉFACE DE CROMWELL

dû être excitées en lui par telle ou telle théorie déjà indiquée par autrui, enfin de celles qui sont purement et simplement un emprunt. En un mot, je tente ici la genèse de la Préface de Cromwell.

Cette étude ne pouvait être entreprise utilement que si, au-dessus des notes critiques, le lecteur trouvait immédiatement le texte de la Préface, et n'était pas obligé de se livrer à un travail fastidieux de contrôle, en se reportant de ces notes au texte d'une édition quelconque de la Préface. 11 me fallait donc obtenir de la famille du grand poète l'autorisation de publier, en même temps que l'introduction et le commentaire critique, le texte de Victor Hugo. J'ai trouvé l'accueil le plus bienveillant auprès d« ceux auxquels la famille de Victor Hugo a délégué le soin de régler les questions de propriété littéraire. M. Trébuchet m'avait accordé, il y a près de cinq ans, l'autorisation de faire cette édition scientifique. M. P. Meurice me l'a confirmée récemment. Je le prie de recevoir ici le témoignage de toute ma reconnaissance. Il appartient du reste aux amis du grand poète de faciliter ce genre de recherches, car Victor Hugo a tout à gagner a ce qu'on le traite désormais comme un véritable classique.

LA

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