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CHAPITRE IV

DÉFIXITIO.V ET CLASSIFICATION.

§ 1. Considérations générales. — La paléoetlinologie est l'étude de Torigine et du développement de l'humanité en dehors des documents historiques.

En d'autres termes :

La paléoethnologie est l'histoire de Ihomme avant les documents écrits, les documents figurés, voire même les traditions et les légendes.

Cette science se divise géologiquement en trois grandes parties :

Étude de l'homme tertiaire ou origine de l'humanité;

Étude de l'homme quaternaire, développement de l'humanité;

Étude de l'homme actuel, premiers horizons ou plus exactement prolégomènes de l'histoire proprement dite.

Telle est la division du présent volume.

Cette classification sommaire, excellente dans son ensemble, ne suffit pourtant pas pour diriger d'une manière régulière les études et surtout pour grouper, dans un ordre commode et logique, toutes les observations, toutes les découvertes. 11 en faut une plus complète. Les savants Scandinaves, comme nous l'avons vu, prenant pour caractéristique la matière principale servant à fabriquer armes et ustensiles usuels, ont divisé les temps préhistoriques en trois âges :

L'âge de la pierre, le premier, le plus ancien; âge pendant lequel l'emploi des métaux était inconnu;

L'âge du bronze;

Et l'âge du fer, qui s'est perpétué jusqu'à nous. Le fer

n'a été connu et, par conséquent, employé que longtemps après le bronze.

L'existence de ces trois âges successifs, parfaitement constatée en Danemark et en Suède, se confirme de plus en plus dans toutes les régions de l'Europe et même s'étend bien au delà. Seulement, la science s'est tellement agrandie, le nombre des faits nouveaux s'est tellement accru que ces trois divisions ne suffisent plus. Il faut forcément multiplier les coupures. On en est arrivé à diviser les âges, au moins les deux plus longs, celui du fer et surtout celui de la pierre, en diverses périodes.

Pour l'âge du fer, les périodes ont pris des noms historiques, le fer ayant apparu à l'aurore de l'histoire, dans les temps protohistoriques, la chose a été assez facile.

§ 5. Classiflcation de l'âge de lu pierre. — Il n'en a pas été de même pour l'âge de la pierre. Cet âge, d'une durée immense, bien plus long que les deux autres ensemble, touche tout à la fois aux temps actuels et aux temps géologiques. Il y avait là une coupure tout indiquée. Elle a été établie par les savants français, qui ont donné à la première, celle des temps actuels, le nom de période de la pierre polie, et à la seconde, la plus ancienne, celui de période de la pie?Te taillée. Ils ont pris pour caractéristique l'éfat des instruments en pierre, qui sont toujours simplement taillés pendant les temps géologiques, et qui se trouvent souvent polis pendant la période de la pierre des temps actuels.

Je dis avec intention : souvent polis, parce que les armes et instruments en pierre de la période de la pierre polie sont loin, bien loin, d'avoir tous subi le polissage. Il y en a même infiniment plus de simplement taillés que de polis. De ce qu'on trouve un objet en pierre taillée, il ne faut donc pas en conclure qu'il appartient aux temps géologiques.

Pour prévenir cette fausse interprétation et aussi pour simplifier la nomenclature, les savants anglais, adoptant la division française, ont proposé de caractériser les deux périodes par leur ancienneté relative, nommant la pierre polie néolithique (véc;-A'Oi;), nouvelle pierre, et la pierre taillée, paléolithique (-raXa-sr-A-Oc;), ancienne pierre. Ce sont ces deux termes qui, maintenant, sont généralement employés.

A ces deux périodes, j'en ai joint une troisième, divisant les temps géologiques en deux. Laissant le n\o\. paléolithique spécialement pour le quaternaire, j'ai appliqué la dénomination de période éolithique (sto-A-Oc;), origine de la pierre, pour tout ce qui se rapporte au tertiaire. Partant de ce qui a été observé à Thenay, j'avais mis comme synonymie : « pierre étonnée par le feu», mais les découvertes de Ribeiro, en Portugal, et de Rames dans le Cantal, montrent qu'il y avait aussi déjà, pendant le tertiaire, des pierres éclatées par percussion.

La science, faisant de rapides progrès, les périodes se sont bientôt trouvées elles-mêmes trop grandes, trop larges, il a fallu les subdiviser en époques. Ainsi, dans le paléolithique, j'ai établi quatre époques. Chargé de classer le préhistorique de l'Exposition universelle de Paris, en 1867, et d'organiser les riches collections paléolithiques du Musée de Saint-Germain, j'ai pu apprécier les rapports et les différences. Je suis ensuite allé vérifier sur place mes observations de cabinet, ce qui m'a permis d'arriver à des résultats certains. J'ai pu établir ainsi quatre coupes dans le paléolithique. Ces coupes sont basées sur le développement de l'industrie. Du moment où la palcoethnologie s'occupe de l'homme, il est tout naturel qu'elle se serve des œuvres de l'homme pour caractériser ses divisions et ses coupes. C'est tellement naturel, que c'est ce qui a eu heu partout. Ainsi, les Scandinaves se sont servis de l'in-

dustrie pour baser leurs âges de la pierre, du bronze et du fer. Les Français, pour leur période de la pierre taillée et de la pierre polie; les Anglais, pour leur paléolithique et leur néolithique. Je n'ai donc fait que suivre Je courant naturel et général. Un autre avantage, c'est que l'industrie humaine, plus variable et plus rapidement renouvelable que les êtres organisés ou les conditions atmosphériques, offre par cela même des caractéristiques bien tranchées. Edouard Larlet, le savant et habile explorateur des cavernes, partant de la paléontologie, a cherché à diviser le paléolithique en trois époques caractérisées par la faune. Soit en allant du plus ancien au plus récent : Epoque du grand ours. Epoque du mammouth, Epoque du renne.

Mais grand ours, mammouth et renne ont vécu ensemble. Les époques seraient donc tout simplement caractérisées par une plus ou moins grande abondance, ce qui équivaut à peu près à dire : ne seraient pas caractérisées du tout. En outre, la faune se trouve contenir plus ou moins telle espèce, suivant la nature des gisements. Ainsi, le mammouth, habitant des plaines, rare dans les cavernes, est très abondant dans les alluvions. Le grand ours, au contraire, habitant des rochers, est extrêmement nombreux dans les cavernes et tout à fait exceptionnel dans les alluvions. Mais alluvions et cavernes contiennent également des restes de l'industrie humaine. Quant au renne, il est rare partout dans les gisements naturels; il n'abonde que dans les stations humaines. Il a été apporté et accumulé par l'homme, qui en faisait sa nourriture de prédilection et qui utilisait diversement ses dépouilles. Il peut donc, à juste titre, être considéré comme un produit d'industrie. Ce sont ces diverses considérations qui m'ont fait repousser la caractéristique des époques par la faune et adopter celle

par l'industrie, de beaucoup la plus facile à discerner et la plus précise (1).

Reste à expliquer la terminologie. Suivant une excellente méthode adoptée en géologie, — il ne faut pas oublier que la paléoethnologie découle directement de la géologie, — j'ai donné à chaque époque le nom d'une localité bien typique, parfaitement connue et étudiée; seulement, au lieu de dire : époque de Chelles, époque du Moustier, époque de Solutré et époque de la Madeleine, pour simplifier, en supprimant l'article, j'ai transformé en adjectif le nom de la localité, le terminant ]iar une consonance uniforme. C'est encore là un procédé emprunté à la géologie.

Les quatre époques sont devenues les époques chelléenne, moustérienne, solutréenne et magdalénienne.

Le tableau ci-joint donne une vue d'ensemble de toute la classification et dispense de plus amples développements.

§ 3. Importance d'une classîfioation. — Les adversaires de la paléoethnologie, comprenant qu'une bonne classification assoit la science nouvelle sur une base des plus solides, contestent la possibilité d'en établir une. Suivant eux, il n'existe pas de divisions sérieuses. Non seulement il y a des passages et des transitions entre toutes les divisions, mais encore et surtout elles s'enchevêtrent; elles ne sont pas synchroniques dans les divers pays; elles sont plus ou moins longues, suivant les régions. Tout cela est très vrai, mais ces objections n'en sont pas moins sans valeur. Pour le démontrer, il suffira d'un exemple. Qu'y

(1) G. de MoRTiLLET, E55az (Tune classification des cavernes dans les Matériaux pour l'histoire de l'homme, 1^69. — Classification des diverses périodes de Vûge de la pierre dans Compte rendu du Congrès de Bruxelles, 1873, et dans Revue d'anthropologie, 1874. — Tahleau archéologique de la Gaule^ 1876.

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