‹ La préhistoire antiquité de l'hommeChapitre 39 sur 105 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

CIIELLÉEX. — INDUSTRIE.

§ 1 . Origine du nom. — La première époque des temps quaternaires, la plus ancienne, est l'époque chelléenne. Je l'avais tout d'abord nommée acheuléenne parce qu'elle est assez bien représentée à Saint-Acheul, plateau qui domine Amiens (Somme). Saint-Acheul était une localité très visitée, qui contenait de vastes exploitations, dont les produits se sont répandus dans presque tous les musées, dans toutes les collections de quelque importance. C'est un des premiers gisements cités par Boucher de Perthes. C'est là où RigoUot, le premier disciple de Boucher de Perthes, s'est rendu à l'évidence. C'est là que les géologues anglais Prestwich, Evans, Lyell sont venus corroborer les observations faites à Abbeville. C'est là enfin que M. et M^" Gaudry ont pratiqué une fouille qui a démontré d'une manière certaine la découverte du savant d'Abbeville. Pour toutfis ces raisons Saint-Acheul paraissait le point désigné pour servir de type à la première époque quaternaire.

Malheureusement Saint-Acheul n'est pas une station pure de tout mélange. 11 y a des influences de transition.

HÛMMt QUATEICiAlRE. 133

A VElephas antiquu.s s'associe \'Ele[jh.a$ [jrimigenw.s : en fait d'industrie, au type caractéristique chelléen. très abondant et prédominant, se joignent déjà quelques instruments de types moustériens. M, Ernest d'Acy. chercheur infatigable, qui a réuni la plus belle collection de cette localité, a rni- en relief ces quelques mélanges et s'en est prévalu pour attaquer la distinction de cette époque. J"ai été alors force, mal r^j l'inconvénient qu'il y a à changer un nom déjà généralement admis, de choisir une localité plus pure, plus caractérisée, plus typique. J'ai pris celle de Chelles Seine-et-Marne . VElephas antiquus s'y trouve seul, associé à rinstrument caractéristique des débuts des temps quaternaires.

§ 2. Description de 1 instrumeiiî . — L industrie de cette époque est des plus simples, des phas rudimeuiaires; elle se compose d'un seul instrum^Mit ^-u }i;erre. C'est un silex, ou fragment d'autre roclie. tailK^^ sur les duus faces, et rendu par le martelage plus ou moins amygdaloïde au moyen d'éclats genéraleinent assez forts.

Cet instrument varie beaucoup de forme, de grandeur, de tini dans le travail, de matière; pourtant, une fois (|u'on a fait connaissance avec lui, on lie reconnaît toujours facilement. Tous les échantillons, malgré leurs variations individuelles, ont entre eux le plus grand air de famille. C est comme les chiens. 11 est impossible de varier davantage : néanmoins nous distinguons à première vue un rhien de tout autre animal.

Dans son ensemble l'instrument chelléen affecte la forme d'une amande. Il est élargi et arrondi en bas ; il se rétrécit, généralement à partir du tiers inférieur, en allant vers le sommet, qui se termine en pointe ; les bords du pourtour sont anguleux, et les faces dans le sens de l'épaisseur présentent un certain aplatissement.

C'est la la forme habituelle, la forme lypi|ue, mais les

variations dans tous les sens sont nombreuses. Non seulement l'amande devient, suivant les cas, plus ou moins ovale et 'allongée, plus ou moins arrondie, parfois elle s'élargit au détriment de la longueur de manière à être presque discoïde. D'autres fois, au contraire, l'amande

s'allonge en se rétrécissant jusqu'à en devenir méconnaissable au premier abord et à prendre un faux air de poignard. On voit aussi la base arrondie passer peu à peu|à la ligne droite et finir par rendre ainsi l'instrument tout à fait triangulaire. Tous les degrés existent entre les diverses modifications de formes, et l'on peut toujours, par des séries d'intermédiaires, remonter au type primitif, au type franche ment amygdaloïde (Musée

Instrument chelléen des préhlSton'que, pi. YÏ-VIII).

Les deux faces de l'instrument sont généralement à peu près semblables. Il arrive pourtant assez fréquemment que l'une d'elles est beaucoup plus bombée.

Le plan qui p'isse par le pourtour anguleux est presque toujours horizon';il, néanmoins parfois il est sensiblement gauche, et cela a été recherché intentionnellement. L'instrument alors est comme tordu et il est désigné sous le nom de torse. Ces pièces torses sont assez fréquentes en France, surtout dans le gisement classique de Saint- Acheul ; M. John Evans en cite plusieurs d'Angleterre,

Fi- 15.

alluvions quaternaires de Saint Aclieul. Silex. Musée de Saint Germain, i/2 {rr.

et à l'exposition préhistorique de Bologne j'en al reconnu une sur quatre ou cinq types chelléens des environs de Pérouse.

Le côté étroit ou sommet, dans la majorité des cas, est plutôt une pointe arrondie qu'une pointe aiguë. Pourtant on voit des échantillons qui se terminent par de longues pointes taillées avec soin et dont le rétrécissement part de très bas. Ce rétrécissement n'est même pas toujours lent et progressif. Il arrive qu'il se fait par soubresauts et s'exagère tout à coup, mais c'est une exception.

Les bouts pointus allongés se brisent très facilement, aussi la plupart du temps sont-ils cassés. Mais à côté de ces pièces à pointe cassée accidentellement et par conséquent actuellement terminées par une surface de casse plus ou moins plane, on rencontre d'autres pièces terminées par un bout tranchant horizontal ou diversement incliné jouant le ciseau ou le tranchet.

§ 3. Grandeur et poids. — La grandeur, et par suite le poids des instruments chelléens, varient à peu près autant que les formes.

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