MOUSTÉRIEN. — FAUNE ET FLORE
§ 1. Tableau de la fanne. — Le tableau exact et complet de la faune moustérienne n'est pas facile à tracer. Les éléments doivent être puisés dans deux modes de gisements fort distincts : les alluvions et les cavernes. Or, clans les alluvions il y a des causes d'erreurs importantes. Ce sont les remaniements. Les alluvions moustériennes «ont intermédiaires entre les alluvions chelléennes et les alluvions récentes. Le propre des alluvions étant d'être très mobiles, on comprend combien facilement la faune moustérienne a pu se mélanger, sur nombre de points, avec la faune plus ancienne et la faune plus récente.
Les causes d'erreurs sont encore plus nombreuses dans les cavernes. Aux mélanges occasionnés par le piétinement des animaux carnassiers et des hommes qui ont fréquenté ces cavernes, il faut ajouter l'action encore bien plus puissante et plus active des animaux fouisseurs, comme les blaireaux et les renards. Non seulement ces animaux habitent les grottes et les cavernes, mais encore ils y creusent des terriers et peuvent ainsi ramener à la surface des ossements du fond, ou introduire jusqu'au fond des os d'une tout autre époque et même actuels. 11 est donc important de tenir compte de toutes ces circonstances et de n'arguer •que d'observations faites avec le plus grand soin.
La faune mammalogique moustérienne se composait des «spèces suivantes :
Mammouth (Elephas primigenius), très abondant dans les alluvions et les cavernes ;
Rhinocéros tichorhinus , fidèle compagnon du mammouth pendant l'époque moustérienne;
Cheval ordinaire [Equus caballus)^ extrêmement abondant partout, dans les alluvions et les cavernes ;
Ane [Equus asinus) ? Il y a certainement un second équidé, beaucoup plus petit, très rare. Est-ce une petite race de cheval ou un âne ? nous ne sommes pas encore à même de le dire ;
Sanglier [Sus scrofa), assez répandu. Avait généralement une taille plus grande que le sanglier actuel ; pourtant il existait aussi une race plus petite ;
Cerf ordinaire (Cervus elaphus), très abondant dans les alluvions et cavernes ; variant beaucoup de taille ;
Cerf du Canada [Cervm canadensis), très voisin du précédent, mais beaucoup plus grand ;
Mégacéros {Ce?'vus megaceros ou Megaceros hyberm'cus)y dans les alluvions et les cavernes ;
Renne (Cervus tarandus ou Tarandusrangifera\ beaucoup moins abondant qu'aux époques suivantes ;
Bouquetin {Capra ibex), pas commun ;
Bœuf musqué [Ovibos mosckatus), rare ;
Urus ou bœuf primitif {Taurus primigenius), souche de nos bœufs domestiques. De très forte taille ; a dégénéré ensuite ;
Aurochs ou bison (Bison priscus ou europœus) : les débris de bovidés, dans les alluvions comme dans les cavernes, sont extrêmement abondants, pourtant moins que ceux de cheval. Il est très difficile de les déterminer comme espèce. Dans le moustérien, ils ont un caractère commun, c'est d'atteindre de très fortes tailles ;
Grand ours des cavernes (U?'sus spelxus). Ossements extrêmement abondants dans les cavernes-repaires, rares dans les alluvions *,
Ours gris (Ursus priscus^ Ursus ferox). VU. priscus de Goldfuss n'est autre que l'^'^. ferox du nord de l'Amérique. Moins abondant que le précédent à l'époque moustérienne
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il se montre plutôt à la fin qu'au commencement de cette ,-. époque ; F
Blaireau (Mêles taxus), animal extrêmement fouisseur. A été parfois trouvé dans les gisements moustériens des cavernes; mais appartient-il bien à cette époque ?
Loup [Canis lupus), parfois dans les alluvions, presque constamment dans les cavernes. Existait certainement, assez abondant, à l'époque moustérienne ;
Renard {Canis vulpes), rencontré dans quelques cavernes, avec la faune moustérienne. Mais, comme le renard est fouisseur, faisait-il bien partie de cette faune ? Dans tous les cas, il est rare ;
Glouton ( Gulo borealis ), dans quelques cavernes^ Rare ;
Marte ou fouine (M mtela martes on fouina). Il est difficile de distinguer les os de ces deux espèces. L'une ou l'autre paraissent avoir vécu à l'époque moustérienne ; peutêtre les deux ;
Belette [Mustela vulgaris) ;
Putois [Mustela putorius). Ces trois mustélidés ontils bien vécu à l'époque du Moustier? C'est très probable; mais, vu les mœurs de ces petits carnassiers, ce n'est pas certain ;
Hyène des cavernes [Hyena spelœa, Hyena crocuta). La hyène des cavernes paraît n'être qu'une variété peu dilTérente de la hyène du sud de l'Afrique. Très commune dans les cavernes ;
Lion [Felis leo], de grande taille. Assez commun ;
Léopard {Felis pardus), plus rare que le précédent. Il y avait peut-être encore un autre félin ;
Marmotte {Arctomys marmotta) descendait jusque dans nos plaines; rencontrée dans les alluvions et les cavernfs. On a aussi cité le spermophile. L'ostéologie de cet anirnnl est si voisine de celle de la marmotte, dont il ne di!: '!"
presque que par la taille, qu'on se demande si la détermination est bien exacte ;
Castor [Castor fiber). Très rare ;
Lièvre blanc (Lepus cariaôilis), actuellement parqué dans nos hautes montagnes, descendait jusque dans nos plaines ;
Lièvre ordinaire {Lepus timidus) et lapin [Lepus cuniculus) se rencontrent parfois associés à la faune précédente; mais ne serait-ce pas par accidents? Cest une €tude à faire;
Hamster [Crîcetus frumentarhis) ;
Lagomys [Lagormjs alpinus), variété qui se rencontre dans les brèches osseuses de la Méditerranée ;
Divers autres petits rongeurs, des insectivores et des «hauves-souris qui n'offrent rien de caractéristique.
On a aussi parfois signalé des ossements d'animaux marins dans les alluvions quaternaires : comme des débris de baleine, rue Dauphine, à Paris ; de morse, dans les environs de Sainte-Ménéhould ; mais on a toujours reconnu qu'il y avait erreur et que les ossements indiqués étaient récents. Ce n'est pas étonnant ; le quaternaire du bassin de la Seine n'a rien de marin.
§ 2. Disfribiition actuelle de cette faune. — Parmi les trente-deux espèces de mammifères que nous venons de citer et qui ont cohabité ensemble dans nos régions pendant l'époque moustérienne, il en est quatorze qui y vivent encore dans la plaine. Une quinzième, laurochs, y vivrait aussi probablement, si son habitat ne s'était très fort restreint par suite de l'intervention de l'homme.
Quatre sont complètement éteintes depuis les temps géologiques, ce sont le mammouth, le tichorhinus, le mégacéros et le grand ours des cavernes.
Trois se sont retirées vers le sud : la hyène, le lion et le léopard ; mais nous verrons que ces espèces parfois,
même de nos jours, font des pérégrinations dans des régions plus froides que les nôtres.
Trois : le bouquetin, la marmotte et le lièvre blanc, sans quitter le pays, ont abandonné nos plaines pour aller sur les montagnes chercher un climat moins chaud.
Enfin sept ont émigré vers le nord ; ce sont le cerf du Canada, le renne, le bœuf musqué, l'ours gris, le glouton, le hamster et le lagomys.
Sur les vingt-huit principaux mammifères de l'époque moustérienne qui vivent encore, il en est dix, plus d'un tiars, qui ont émigré dans des régions froides. Il faisait donc à cette époque, dans nos pays, plus froid que de nos jours. C'est une confirmation des données météorologiques tirées de l'extension des glaciers. Pourtant cette augmentation n'était pas très considérable, puisque quatorze de nos espèces la supportaient sans inconvénients.
L'examen des quatre espèces éteintes conduit aux mêmes conclusions.
§ 3. Mammouth. — De tous les éléphants fossiles le mammouth ou Elephas primigenius est sans contredit celui qui a laissé le plus de débris. Cela tient à ce que son existence a été très longue el son habitat fort étendu. Nous voyons en France le mammouth se produire dès la fin de l'époque chelléenne, aussi ses restes se rencontrent-ils déjà dans les alluvions des hauts niveaux. De là ils descendent graduellement jusqu'au fond des vallées, ce qui montre que le mammouth a existé pendant tout le temps de la réexcavation. Il s'est même prolongé au delà, et nous le retrouverons, à travers les époques solutréenne et magdalénienne, jusqu'à la fin du quaternaire. Des trois grandes espèces d'éléphants d'Europe, c'est celle qui a apparu la dernière et qui s'est maintenue le plus longtemps. C'est donc celle qui craignait le moins le froid.
Elle paraît môme avoir redouté la chaleur. En effet, elle
n'a pas encore été signalée dans la péninsule ibérique, ni dans la Grèce. En Italie, elle est rare. Des dents très bien caractérisées ont été recueillies dans le nord, à Moncaglieri, près Turin, décrites par Gastaldi, et sur les bords de la Nervia, près Yentimiglia^ d'après M. A. Issel. On l'a aussi signalé de gisements plus méridionaux, même de Rome. Mais elle y est toujours exceptionnelle et se rapproche de VFlephas antiquus. On est forcé de reconnaître qu'on est là vers les limites extrêmes de l'habitat méridional.
Du côté du nord, au contraire, le mammouth va jusque sur les côtes et même dans les îles de l'océan Glacial. Il manque en Suède et en Finlande, parce que Suède et Finlande étaient sous les glaciers ou sous la mer. On n'a trouvé, que je sache, qu'une seule molaire en Danemark pour la même raison. Mais en Sibérie, dans les vallées de l'Obi, du léniseï et de la Lena, les débris de mammouth abondent au-delà du 70® degré de latitude, c'est-à-dire bien au dessus du cercle polaire. Ils se montrent même en certaine quantité dans les îles Ljacho^vskji, qui sont en avant de l'embouchure de la Lena. Le mammouth, bien qu'appartenant au genre éléphant, n'en était pas moins un animal des pays froids. Entre ces limites extrêmes le mammouth existait dans tout le centre de FEurope depuit les Iles-Britanniques jusqu'à la Caspienne et l'Oural, occupait toute la Sibérie, pénétrait en Chine et se retrouvait même dans le nord de l'Amérique.
Le mammouth est caractérisé par ses molaires à lamelles nombreuses et étroites, à rubans d'émail minces, droits, peu festonnés. Mais air.si que nous le disons ci-après, ces lamelles variaient de largeur suivant le temps et l'espace. Ainsi, les dents de Sibérie ont généralement les lamelles beaucouj) plus étroites que celles des dents d'Europe. Et en Europe même les dents de France se rapprochent plus des dents de Sibérie que celles d Italie.
Voilà pour l'espace. Le temps a encore une action bien plus marquée. Les molaires de mammouth du moustérien sont à lamelles plus fortes que celles du magdalénien. M. d'Ault Dumesnil, dans une course que j'ai faite à Abbeville, avec les auditeurs de mon cours, nous a démontré ce fait, au moyen d'échantillons dont il avait très bien constaté le gisement. C'est une nouvelle preuve des transformations que subissent partout et toujours les êtres vivants. Malgré ces changements, qui expliquent comment il y a pu avoir parfois de fausses déterminations môme de la part d'hommes distingués, il est presque toujours facile de reconnaître l'espèce, grâce à l'ensemble des caractères.
Les défenses, très grandes, sont fortement recourbées, avec une tendance plus ou moins prononcée à la spirale. Adams dit en avoir rencontré en Sibérie de 7 mètres de développement, et Hedenstrœm en cite du même pays pesant jusqu'à 197 kilogrammes, près de 400 kilogrammes la paire. Pour supporter un pareil poids il faut des cavités alvéolaires profondes et solides, ce qui allonge la tête.
Le front est concave et se relève en crête au-dessus de la concavité. C'est ce qui a fait parfois donner au mammouth le nom d'éléphant à front bombé.
Les os des membres sont forts et robustes. La taille de l'animal a pu dépasser 5 mètres au garrot.
Nous pouvons aller plus loin dans la description de cet animal. Plusieurs individus ont été suC''.essivement rencontrés gelés sur les côtes de la Sibérie. Le plus célèbre est celui signalé par Adams. Il fut découvert par un Tungouse, en 1799, vers l'embouchure de la Lena. Il était pris dans un bloc de glace impure qui ne fondit que lentement, car deux ans plus tard Adams trouva encore le ^ cadavre à la même place. Malheureusement les Iakoutes pour nourrir leurs chiens, et les animaux sauvages pour
se repaître, avaient déchiré et détruit en grande partie les chairs. Le squelette a été transporté au Musée de Pétei'sbourg, ainsi que ce qui restait de la peau.
Ces découvertes de cadavres encore entiers ont permis de reconnaître que le mammouth au lieu d'avoir une peau nue comme les éléphants actuels, était recouvert d'une épaisse fourrure. Cette fourrure se composait de deux espèces de poils. Il y avait des soies brunes semblables aux crins des chevaux. Ces soies avaient une longueur de 0^^,32 à 0™, 40. Sur le cou ils étaient plus abondants et encore plus allongés. Ils formaient une crinière retombante dont les éléments atteignaient et dépassaient même 0°',70 de long. Ces crins formaient aussi à la queue un fouet long et bien fourni. La seconde espèce de poils était une manière de laine, fine, douce, frisée, fauve clair, qui recouvrait tout le corps, formant toison épaisse de 0°^,! I à 0'^,I3. On voit par là que le mammouth était habillé de manière à pouvoir supporter les grands froids. Il est donc tout naturel de le trouver associé pendant l'époque moustérienne à une faune alpine et polaire.
Les débris de mammouth sont extrêmement nombreux dans tout le nord de la Sibérie. Les défenses seules alimentent un important commerce d'ivoire. Cette abondance d'ossements volumineux et lourds empêche d'admettre qu'ils ont été amenés de loin par des courants d'eau. Les animaux auxquels ils appartenaient ont dû vivre sur place. Pour les nourrir il fallait une végétation abondante. Actuellement la végétation dans le pays est à peu près nulle ; parfois elle se réduit à de simples lichens. La température a donc dû s'abaisser beaucoup.
Précisons encore plus. M. Hedenstrœm rapporte que sur les bords escarpés des lacs, dans les steppes marécageuses de la Sibérie, connues sous le nom de toimdres, qui s'étendent entre l'iama et rindijirka, à l'est de la
Lena, existent des troncs de bouleaux associés aux ossements de mammouth. Ces troncs ont conservé leurs branches et leurs racines, ce qui prouve qu'ils se sont développés dans cette région maintenant complètement dépourvue de végétation arborescente. 11 faut redescendre au moins de trois degrés vers le sud, pour rencontrer de nos jours un climat qui permette la végétation de quelques bouleaux nains. Nous sommes forcé d'en conclure que la température a considérablement diminué en Sibérie depuis le dépôt des ossements et des troncs signalés par M. Hedenstrœm.
Pour trouver la température nécessaire il faut remonter jusqu'aux commencements des temps quaternaires. Le mammouth existait donc déjà, en Sibérie, à l'époque chelléenne. Il s'y développait largement pendant que V Elephas anti'quus régndiii en maître en Europe.
A mesure que la température quaternaire diminuait, le mammouth cheminait vers le sud et surtout gagnait du terrain dans la direction de l'ouest, de manière à remplacer dès les commencements de la période glaciaire V Elephas antiqum dans toute l'Europe centrale.
Plus tard, quand le froid a fait place à un climat plus doux, le mammouth s'est successivement éteint en allant de l'ouest à l'est, de sorte qu'il a disparu plus tôt en Angleterre et en France qu'en Pologne et en Russie. Et c'est en Sibérie qu'ont dû vivre les derniers représentants de l'espèce. Nous avons une preuve archéologique que le mammouth a vécu beaucoup plus longtemps en Russie qu'en France. M. Ouvarof a signalé, en 1877, au Congrès archéologique de Kazan, une association de silex taillés et d'osdemammo th. Cette association a été observée près du village de Karatcharovo, district de Mourom, dans une berge de ravin, rivo^^auche del'Oka. J'ai vu à rExposition anthropologique de Moscou, en 1879, les objets trouvés à
Karetcharovo. Parmi les silex taillés il y a de véritables grattoirs et des pointes de flèche à pédoncule, le tout associé à des pendeloques en pierre trouées et à des fusaïoles. C'est un véritable mobilier robenhausien. S'il est bien réellement associé, sans remaniement, à des ossements de mammouth, il faut en conclure que le mammouth au centre de la Russie d'Europe a existé jusqu'à l'époque actuelle, âge de la pierre polie.
Il reste à étudier la filiation du mammouth avec les autres espèces d'éléphants. Par sa dentition et sa taille le mammouth se rapproche beaucoup de l'éléphant d'Asie. Mais il en diffère par les défenses. Elles sont très courtes chez l'éléphant d'Asie et très grandes chez le mammouth. Ils semblent bien plutôt, tous les deux, dériver de V Elephas anti'rjuus. Quant aux longues soies et à la fourrure, ce n'est là qu'un caractère accessoire, dont la variation n'a pas une grande importance au point de vue de la transformation des espèces. C'est une simple résultante du climat.
§ 4. Rhinocéros tîchorhînus. — Le Rhinocéros tichorhinus accompagne tellement le mammouth, à l'époque moustérienne, que certains auteurs l'ont appelé son fidèle compagnon. Bien qu'appartenant à un genre dont toutes les espèces vivantes sont tropicales, il était pourtant organisé pour vivre dans les climats les plus froids. Les glaces du nord de la Sibérie en ont fourni la preuve, comme pour le mammouth. Pallas, en 1772, a vu un pied de devant et un pied de derrière de tichorhinus encore couverts de leur peau.
Depuis, d'autres squelettes, avec peau et chairs, ont été retrouvés dans les boues et les sables gelés des bords de divers fleuves. On a reconnu que la peau était lisse au lieu d'être calleuse et de former comme des écailles, ainsi que cela a lieu dans certaines espèces actuelles. Elle était
recouverte d'une fourrure formée de soies ou crins raides et de poils mous.
Les rugosités qui existent sur le nez et sur le milieu de la face du tichorhinus montrent que ce rhinocéros avait deux cornes, comme certaines espèces de rhinocéros d'Afrique. Ces cornes étaient très développées. Le musée de Saint-Germain possède le moulage d'une tête de tichorhinus, venant de Sibérie, dont la surface rugueuse médiane a 0^^,20 de large sur O'^j^O de long, et celle du nez 0^,17 de large sur 0™,25 de long. Ces surfaces donnent à peu près la circonférence de la hase des cornes. Gomme longueur, Fischer dit avoir vu une de ces cornes mesurant 0°^,82 de long.
Par sa taille et ses doubles cornes le tichorhinus se rapproche du rhinocéros du Gap {R, hicornis)^ d'Afrique. Mais il avait le corps un peu plus volumineux, les jambes plus courtes et plus épaisses. Il était plus trapu dans son ensemble, sauf pour ce qui concerne la tête, qui était plus étroite et plus allongée.
L'étroitesse du front est même remarquable. En comparant trois crânes qui se trouvent au musée de Saint-Germain, on a les résultats suivants. Largeur du front :
Aurochs [Bison priscus), alluvion du Pô, près Stradella, Piémont, 0",36 ;
Urus (Taunis primigenius)^ tourbières de la Somme, près d'Abbeville, 0°^,30;
Rhinocéros tichorhinus de Sibérie, 0°',24 seulement.
Ainsi, de ces trois animaux quaternaires, le plus gros, celui qui a la tète la plus allongée, est aussi celui qui a le front le plus étroit.
Mais ce qui distingue le tichorhinus de tous les autres rhinocéros, c'est l'extrémité de sa tête. Les os nasaux se recourbent en avant du nez, pour s'unir avec les incisifs ; et la cloison qui sépare les deux narines, au lieu d'être carti-
lagineuse, est osseuse. C'est ce qui a fait donner à l'espèce le nom de rhinocéros à narines cloisonnées. Cette constitution du nez le consolidait et lui permettait de supporter sans inconvénient la plus forte des cornes, qui était placée tout à fait à l'extrémité inférieure de la tête.
Le tichorhinus est assez commun dans les alluvions, rare dans les cavernes. On n'y rencontre habituellement que quelques débris disséminés, tandis que les alluvions ont fourni des os entiers, des mâchoires, des crânes et même des squelettes. Ces ossements se montrent à travers toute l'Europe : en Angleterre, en France, en Belgique, en Allemagne, en Pologne, en Russie. Ils abondent en Sibérie et ont été signalés jusqu'en Chine. Comme pour le mammouth, ils font défaut dans les régions recouvertes par la grande mer du Nord quaternaire; de plus, ils manquent dans la région occupée par les glaciers. Au sud, ils descendent encore moins que ceux du mammouth. Leur présence en Italie, parfois indiquée, a été niée par Falconer, Ed. Lartet et M. Forsyth Major. Ce serait donc un animal un peu plus polaire et un peu plus glaciaire que le mammouth.
Comme durée, son existence a aussi été moins longue que celle de son compagnon. Ils ont apparu à peu ])rcs ensemble, mais le tichorhinus s'est éteint plus tôt. En France,. il n'a pas dépassé l'époque moustérienne. C^est donc l'animal le plus caractéristique de cette époque, puisqu'il commence et fmit avec elle.
§ 5. Mégacéros. — Le mégacéros {Cervus megaceros ou Megaceros hibernicus) est un cerf de très grande taille, remarquable par le développement de ses bois. On l'appelle souvent cerf des tourbières ou cerf d'Irlande^ parce que ce sont les tourbières de ce pays qui ont fourni les plus beaux échantillons et les plus complets. Se rencontrent-ils directement dans la toui'be? S'il faut en croire
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Mantell et Lyell, les ossements de mégacéros proviendraient des lits de marne à coquilles d'eau douce qui supportent les assises de tourbe. Mais marnes et tourbes ne sont-elles pas de la même époque ? Sous les assises de la tourbe, il y a généralement la marne étanclie formant cuvette ou bassin. On peut même dire que l'une est la conséquence de l'autre. Du reste, les os de mégacéros d'Irlande, du moins tous ceux que j'ai vus, sont bruns, presque noirs, couleur que les ossements prennent dans la tourbe. Dans la marne, ils sont beaucoup plus blancs.
Les squelettes entiers provenant d'Irlande ont permis de bien étudier les caractères de l'espèce. Ce qui la distingue surtout, ce sont ses vastes bois, qui atteignent 3 mètres d'envergure. Immédiatement au-dessus de la meule, il y a un petit andouiller court, mais palmé ou digité, qui se dirige perpendiculairement en avant. Les perches se transforment rapidement en larges et vastes palmures, garnies de longs andouillers. Le front est fortement concave. L'ensemble du squelette se rapproche beaucoup plus de celui des cerfs élaphes que de celui de l'élan, malgré les grandes palmures des bois. Ces palmures, faisant fonction de larges pelles, servaient probablement à déblayer la neige, quand l'animal voulait, pendant l'hiver, chercher de la nourriture.
Le mégacéros était très répandu en Angleterre, en France, en Belgique, en Allemagne et même dans la plaine du Pô, en Italie, pendant l'époque moustérienne. Il a été trouvé, àPoissy (Seine-et-Oise), dans les alluvions, avec le mammouth et le tichorhinus. M. Lepic l'a aussi rencontré dans la grotte de Néron, à Soyons (Ardèche), au milieu de l'industrie moustérienne la plus caractérisée.
§ 6. Grand ours des cavernes. — Le grand ours des cavernes {Ui^sus spelseus) est la quatrième espèce éteinte parmi les grands mammifères de l'époque moustérienne.
Ses débris, rares dans les allavions quaternaires, sont excessivement abondants dans les cavernes qui lui servaient de repaire. Dans les fouilles des grottes des environs de Liège (Belgique), Schmerling a recueilli plus de mille dents de cet ours, et les débris extraits de la caverne de Gaylenreuth (Franconie) se rapportent à près de huit cents individus. Il n'est pas étonnant qu'au milieu de cette abondance de matériaux appartenant à des individus des deux sexes et d'âges très divers, il se produise de grandes variations, surtout de taille. Gela a donné lieu à la création de nombreuses espèces qui n'en sont pas et qu'il faut ramener au type spelœus. Le caractère le plus frappant de cette espèce^ c'est d'avoir les bosses frontales très saillantes; aussi Cuvier Tavait-il dénommée ours à front bombé. Ce caractère, très fortement prononcé chez le mâle, s'atténue beaucoup chez la femelle. Cuvier en avait fait une autre espèce sous le nom d'owrs à crciae moins bombé. Il va sans dire que, suivant une loi presque générale parmi les mammifères, la femelle a aussi une taille moindre. On en a fait Y Ursus arctoïdeus. Le mâle s'appelle spelxus^ la femelle arctoïdeus ; aussi sont-ils toujours mêlés ensemble, ce qui n'arriverait certes pas s'ils formaient des espèces distinctes. \JUrsus Pitorrii de Marcel de Serres et V Ursiis giganteus de Schmerling ne sont qu'une grande race de spelseus. h'Ursus leodiensis de Schmerling, une petite variété de V arctoïdeus ou femelle du spelœus^ etc.
Comme taille. Tours des cavernes dépassait tous les ours vivants. Il était un quart plus grand que l'ours brun, ce qui donne le double en volume.
Cette espèce a été signalée depuis la Russie jusque dans les Iles-Britanniques, en traversant toute l'Europe : Pol<t;:ine, Hongrie, Autriche, Hartz, Franconie, Belgique, France.
Comme limite sud, le grand ours a été rencontré en
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abondance près d'Odessa. Il est assez répandu en Italie : grotte de Laglio, sur le lac de Gôme ; cavernes du Véronais; plusieurs localités de la Ligurie, des Alpi Pisani et Apuani; îles d'Elbe et de Pianosa et, comme localité plus méridionale, grotte de Cassino, Terre de Labour. Il a aussi été cité des environs de Ségovie, en Espagne, et d'Algérie ; mais est-ce bien la même espèce ? Je n'ai pu le vérifier. Toujours est-il que le grand ours des cavernes serait un peu plus méridional que le mammouth et surtout que le ticliorhinus.
Quant à sa distribution dans le temps, elle est plus difficile à préciser que sa distribution dans l'espace. On cite déjà le grand ours des cavernes dans le gisement saintprestien de Perrier, en Auvergne, avec VElephas meridionalis , V Hippopotamus major, etc. ; M. Heer l'indique du lignite chelléen d'Utznac et de Dûrnten (voir p. 198) ; M. Desor le fait préglaciaire dans la grotte de Cotencher, Jura suisse ; Ed. Lartet le prenait, en France, comme dénominateur de sa première époque humaine ; M. Dupont pense qu'il peut caractériser, en Belgique, une époque quaternaire postérieure au mammouth ; enfin, d'après M. Regnoli, il se serait prolongé, dans les Alpi Apuani, jusqu'à l'époque robenhausienne. De la période pliocène aux temps actuels, c'est une bien longue carrière !
Je n'ai pu vérifier le gisement de Perrier et m'assurer si les ossements recueillis sont bien à'Ursus speiœus et surtout s'ils se sont rencontrés au même niveau que ceux de VElephas meî^idionalis . Ce qu'il y a de certain, c'est que le grand ours des cavernes a existé pendant l'époque chelléenne. Nous venons de le citer du lignite d'Utznach. Il fait aussi partie de la faune des alluvions les plus anciennes de Chelles. Il s'est maintenu pendant le commencement de l'époque moustérienne, mais il se présente généralement au-dessous du niveau archéologique dans les
grottes. Quant à rindication de M. Regnoli, elle ne repose que sur un mélange accidentel d'ossements et d'objets d'industrie d'époques différentes. Ces mélanges sont on ne peut plus faciles. Les ours laissaient leurs os à nu à la surface de la caverne; quand plus tard des hommes venaient s'y réfugier, les débris de leurs repas et de leur industrie se mêlaient naturellement aux ossements antérieurs. Cela a eu lieu très fréquemment et a occasionné bien des erreurs.
Cette divergence d'opinion, entre des hommes très compétents, montre combien il est dangereux de prendre des noms d'animaux pour déterminer des époques. Deux partisans de cette méthode choisirent, comme caractéristiques, les mêmes animaux; seulement l'un, Edouard Lartet, avec raison, met l'époque du grand ours avant celle du mammouth ; l'autre, M. Dupont, place au contraire l'époque du mammouth avant celle du grand ours.
Parmi les fort nombreux os de grand ours retirés des cavernes, on en a observé plusieurs présentant d'intéressants cas pathologiques. On trouve, ce qui est tout naturel, des cas de fractures et de blessures ; mais on trouve aussi des exostoses et des nécroses dépendantes de causes internes et même constitutionnelles, puisqu'elles se sont produites parfois sur de tout jeunes individus. L'ours des cavernes, bien longtemps avant toute influence de civilisation, était donc sujet au rachitisme et à Tarthrite. L'habitation dans des cavernes humides et sales en est peut-être la cause.
§ 7. Ours gris et ours brun. — Les cavernes ont aussi fourni les ossements d'un ours distinct du spelœus. 11 est plus petit de taille, un peu moins lourd de formes, à front plat, à molaires proportionnellement un peu moins fortes que les autres dents et à tubercules moins mousses. Croyant que c'était une espèce éteinte, on lui a d'abord donné le nom d'Ursus pn'scus. En l'étudiant davantage,
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on a reconnu qu'elle ne différait pas d'une espèce encore existante, l'ours gris {Uy^sus ferox). C'est le plus grand des ours vivants. 11 atteint 2™, 30 à 2™, 50 de long, tandis que l'ours brun ne va que rarement à 2 mètres. 11 est plus omnivore, par conséquent plus carnassier que le grand ours des cavernes et que l'ours brun, comme l'indiquent ses molaires. De fait, l'ours gris est un animal terrible, très méchant, fort redouté. Il habite l'Amérique du Nord et ne craint pas le froid. On comprend donc très bien son existence en Europe à l'époque moustérienne, pendant le grand développement glaciaire.
L'ours gris a été recueilli dans les grottes de l'Allemagne^ de la Belgique, de l'Angleterre, de la France, même dans le Midi. Il ne semble pas avoir habité l'Italie, qui, même à l'époque moustérienne, était déjà trop chaude pour lui.
Le grand ours paraît être le premier habitant de nos cavernes. Il a été peu à peu remplacé, au commencement de l'époque moustérienne, par l'ours gris, qui lui-même a cédé la place, pendant l'époque magdalénienne, à l'ours brun (Ursus ay^ctos). En Italie, l'ours brun aurait immédiatement succédé au grand ours. Mais, entre ces trois espèces, on trouve de nombreuses transitions, comme taille, comme dentition, comme forme des os. 11 arrive fréquemment que le naturaliste est fort embarrassé pour déterminer certains ossements, certaines dents. La taille va décroissant progressivement du grand ours à l'ours brun, en passant par l'ours gris, comme intermédiaire. Le grand ours est le plus lourd et le plus trapu ; l'ours brun a des formes moins épaisses et moins raccourcies ; l'ours gris tient le milieu. On peut donc dire que ces trois ours sont très proches parents et découlent l'un de l'autre, ne formant qu'une seule et même famille qui s'est successivement modifiée. Il y a même, encore de nos jours, des races ou variétés qui peuvcn
HOMME QUATERNAIRE. 3 3o
servir de trait d'union; telle est la variété noire de Norvège et de Sibérie de Tours brun [[/rsus arctos), qui rapproche cette espèce de l'ours gri- à' kmën({\iQ{Ursus ferox) et de Tours moustérien [Ursus /rriscus), ces deux derniers ne faisant qu'un.
§ 8. Glouton. — Le glouton {Gulo borealis ou fuscus)^ actuellement confiné dans les régions boréales de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique, depuis la Laponie et la Finlande jusqu'au Groenland, en passant par le Kamtschatka, existait dans le centre de l'Europe pendant l'époque moustérienne et même magdalénienne. Ses débris sont pourtant assez rares. On en cite d'Allemagne (Bauman, Gaylenreuth, Sund^ich, Schussenried) ; de Belgique (Engis, Trou de Chaleux et desNutons) ; d'Angleterre (Bleadon, Kent); de France (Fouvent) ; des limites de la France et de l'Italie (Grimaldi).
Les gloutons quaternaires se rapportent aux gloutons actuels, pourtant on en avait fait une espèce à part, sous le nom de Gulo spelœus. La seule différence un peu importante consiste dans la taille. Les gloutons quaternaires étaient plus forts que les actuels.
§ 9. Cerf da Canada. — Le VNapiti ou cerf du Canada (Cerviis canadensîs) ^aciueWement relégué dans TAméri({ue du Nord, existait aussi dans TE-jrope centrale pendant l'époque moustérienne. C'est le plus grand des cerfs vivants. Ses bois, sans palmures, sont analogues à ceux de Télaphe, mais beaucoup plus forts. Ils ont un double andouiller basilaire. Le cerf du Canada a été recueilli, en France, dans des gisements très divers. Les alluvions moustériennes de Paris en ont fourni plusieurs échantillons. Il s'est rencontré dans diverses cavernes. Je ne citerai comme exemple que le couloir de Louverné (Mayenne), où il était associé au rhinocéros tichorhinus. On Ta aussi recueilli dans la station humaine en plein air de Cœuvres (Aisne).
S36 ARCHEOLOGIE PREHISTORIQUE.
Il s'y trouvait avec le mammouth, le tichorhinus et une industrie tout à fait caractéristique du moustérien.
§ 10. Bœuf musqué. — Le bœuf musqué [Ovibos moscatus) est aussi un animal des régions froides du Nord, qui se retrouve dans l'Europe centrale à l'époque moustél'ienne. Actuellement il est confiné dans la partie septentrionale de l'Amérique du Nord, au-delà du 61* degré de latitude. Pendant le quaternaire, il est descendu en Europe jusqu'au 45^ degré, à Tayac (Dordogne). Une phalange onguiale a été recueillie, par Ed. Lartet, dans la couche archéologique de la station de Gorge-d'Enfer.
Les débris fossiles de cet animal sont restés très rares. On en cite trois ou quatre en France, à peu près autant en Angleterre, un ou deux de plus en Allemagne. Il a aussi été rencontré, dit-on, en Sibérie.
Son association avec le mammouth elle tichorhinus montre qu'il est bien moustérien. Gorge-d'Enfer, du reste, est une station de cette époque. Pourtant, s'il faut en croire une sculpture de Thayngen, il serait resté en Europe jus- X[uk l'époque magdalénienne.
§ 11. Tufs de Rcsson. — Dans le département de l'Aube, commune de la Saulsotte, existent des tufs quaternaires, connus aussi sous le nom de tufs de Besson. Us constituent une ellipse assez allongée, dont le grand axe a environ 4 kilomètre. Le dépôt se compose de deux assises superposées. L'inférieure est formée d'un travertin assez pur. C'est là où ont été recueillis les fossiles dont nous allons parler. L'assise supérieure présente tous les caractères d'un dépôt opéré plus tumultueusement. C'est presque une alluvion ; nous n'avons pas à nous en occuper. Le tuf a fourni quelques silex taillés moustériens qui datent très nettement le dépôt. Ils sont com])lètcment cacholonnés, par suite de l'action de l'acide carbonique. Quelques ossements ont été aussi retirés du tuf. Je puis citer cinq dents
de cervidés, des dents de carnassiers, trois bois de cerfs, une mâchoire de castor, divers os humains. Malheureusement je n'ai pas pu les examiner comme il le faudrait. On doit ajouter deux dents de mammouth, qui viennent conhrmer la détermination hasée sur l'industrie. Les coquilles sont assez nombreuses. Il y a des limnées d'eau douce et des hélix terrestres. La plus intéressante de ces coquilles est V Hélix fruticum, espèce encore très répandue en Europe, mais qui aime les stations très humides. Elle ne descend pas jusqu'au midi de la France. Je l'ai recueillie à Moscou ; elle se rencontre en Danemark, mais ne remonte pas jusqu'aux régions froides du pôle. Dans les Alpes de la Savoie, elle ne dépasse guère 700 mètres de hauteur. C'est une nouvelle preuve qu'à l'époque moustérienne le climat du centre de l'Europe était fort humide, mais pas excessivement froid.
La flore, déterminée par M. Fliche, se compose de :
Tilia platyphylla, tilleul commun ou à larges feuilles ;
Fagus sylvatica, fayard ou hêtre ;
Detula verrucosa (?), bouleau ;
Populns tremula, tremble ;
Saiix cinerea, saule cendré ;
Salix purpurea^ saule pourpré;
Hedera helix^ lierre ;
Scolopendrum officinarum, scolopendre -,
Chara fœtida^ chara ;
Typha, massette ;
Phrogmites coinmunis, roseau ;
Brium birnum, espèce de mousse.
Il suffit de comparer cette liste de plantes avec celle des gisements chelléens (i) pour voir qu'elle est tout à fait différente. Il n'y a plus d'espèces des climats chauds C'est
(1) Chapitre Ciielléen, Flore, p. 212.
une association qui vient confirmer les conclusions tirées de \ Hélix fruticum. Elle dénote une atmosphère humide et une température froide, mais non excessive.
§ 12. Lîgnites de Jarville. — Les travaux du chemin de fer de Paris à Strasbourg ont mis à nu, à Jarville, près de Nancy, une mince couche de lignite. Elle est insérée dans des marnes quaternaires, surmontées d'une puissante assise de graviers à mammouth. Ces lignites, qui, malheureusement, n'ont été mis à jour que peu de temps, ont été étudiés par M. P. Fliche, professeur à l'Ecole forestière.
En fait de mammifères, ils n'ont donné qu'une dent de cheval. Mais ils ont été bien plus riches en débris d'insectes appartenant à des espèces septentrionales et surtout de localités humides. Ce sont :
Agonum gracile ;
Bembidium nitidulum ;
Bembidium obtusum^ et une troisième espèce :
Patrobus excavatus ;
Mononychus pseudoacort ;
Chrysoméline.
La flore vient pleinement confirmer les données fournies par l'entomologie. Elle appartient bien plus encore aux régions froides que celle de Resson. D'après M. Fliche, elle se compose de :
Rubus, ronce ou framboisier ;
Synanthérée, espèce indéterminable ;
Betula, probablement pubescens^ bouleau ;
Alnus viridus, aune ;
Elyna spicata ;
Gypéracée, indéterminable ;
Pinus monlana, pin de montagne ;
Pinus obovata (Antoine) ; divers débris. Habite actuellement laLaponie, la Finlande, etc., extrême nord ;
Lan'x europxa, mélèze, très abondant ;
Pi'cea excelsa, sapin, variété Ahies medioxima de Nvlander ;
Jimiperus, genévrier, indéterminé ;
Taxas, if, indéterminé ;
Bylocomium splendens. Détermination spécifique douteuse.
Cet ensemble représente une végétation analogue à celle des forets des plaines du nord de la Suède, de la Finlande, du nord de la Russie, de la Sibérie, des montagnes de la Suisse, de la Savoie et du Daiiphiné.
On voit que la flore moustérienne vient confirmer toutes les données climatériques déduites de l'étude de la faune. Comme les animaux, les plantes moustériennes ont généralement quitté nos plaines et émigré partie sur nos montagnes, partie vers le nord.