‹ La préhistoire antiquité de l'hommeChapitre 82 sur 105 · CHAPITRE XIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIÏ

ROBENHAUSIEN. — CHRONOLOGIE.

§ 1. ChronoIo<;ie absolue et relative. — Il y a deux genres de chronologie : la chronologie absolue et la chronologie relative.

La chronologie absolue est celle qui donne des dates positives au moyen d'une unité de temps. Cette cbronologie ne s'applique qu'à l'histoire, et encore, quand nous remontons à l'histoire ancienne, elle devient bien vague et bien incertaine. Il suffit de citer comme exemple la chronologie

du livre le plus étudié et le plus connu, la Bible. Ce prétendu produit de la révélation et réceptacle de toute vérité, a semé le désaccord le plus complet entre les chronologistes. Il est si clair et si net qu'il a été impossible de s'entendre sur le temps écoulé entre son commencement, la création d'Adam, et sa fin, la naissance du Christ. Autant d'auteurs, autant de chiffres différents. Jugez plutôt. Voici le nombre d'années qui séparent ces deux événements, d'après :

Lesi Tables Alphonsines. 6984

Suidas. 6000

Pezron 5868

Lactance 5801

Nicéphore de Constan-

tinople 5700

Septante, calcul Riccioli. 5634

Clément d'Alexandrie.... 5624

Isaac Vossius 5590

Théophile d'Antioche.... 5515

Jules l'Africain, Sep^an^e. 5500

Augustin 5351

Albumazar 5328

ChampoUion-Figeac 5230

Eusèbe de Césarée 5200

Phédon 5196

Epiphane 5049

La différence va presque du simple au double.

La chronologie relative est celle qui classe les faits dans leur ordre de succession, sans se préoccuper d'un étalon ou unité de temps pour apprécier la date réelle. La géologie est une science qui possède une chronologie relative parfaitement établie au moyen des influences mutuelles, des juxtapositions et surtout des superpositions.

Mais, entre la géologie et l'histoire, il y a la paléoethnologie, science nouvelle, dont la chronologie relative est déjà en très bonne voie de formation, comme on a pu s'en

Alétrodore

Art de vérifier les dates..

Adon de Vienne

Cassiodo''e

Texte samaritain

Vulgate, calcul Riccioli. .

Ussérius, Bossuet

Capel, Tirin

Peteau

Mélanchthon

Pic de la Mirandoîe

Béda, Herward

Scaliger

Jérôme

Jacques Gordon

Certains talmudistes ....

assurer en lisant ce livre. Reste à savoir si l'on ne peut pas arriver à doter cette science de quelques données de chronologie absolue.

§ 2. Calculs astronomiques. — Les unités de temps servant de base à la chronologie absolue sont fournies par l'astronomie. Le jour, le mois lunaire, le mois solaire, l'année, auxquels finissent toujours par aboutir les chronologies absolues, sont des données astronomiques. Si parfois on compte par dynasties et par souverains, les règnes forcément se résolvent en années et en jours. Si^ dans les républiques, on compte par consulats ou autres fonctions publiques, ces fonctions représentent des nombres déterminés de jours. On revient partout et toujours à une base astronomique. De plus, dans les textes anciens, malheureusement trop souvent écourtés et incomplets, il est parfois fait mention de phénomènes astronomiques dont il est facile de calculer la date précise. L'astronomie est donc un précieux auxiliaire de la chronologie absolue. Les essais qu'on a faits de ce rapprochement des deux sciences ont fourni des données s'écartant beaucoup de celles généralement admises. C'est ainsi que M. Rodier, admettant l'histoire mythologique de l'Egypte, la fait remonter à 21 778 ans avant notre ère. Menés, premier roi, serait monté sur le trône l'an 5853, et la réforme du calendrier égyptien, à la fin de la septième dynastie, daterait de l'an 4266 avant notre ère. D'autre part, M. Schlegel estime que les observations astronomiques des Chinois remontent à près de 17 000 ans avant notre ère.

Je ne suis pas à même de contrôler ces indications astronomiques, mais ce que je puis réfuter, comme géologue,, c'est la théorie de la périodicité par suite de la précession des équinoxes et des variations d'excentricité de l'orbite de la terre. L'évolution résultant de la précession des équinoxes, qui, d'après Adhémar, a la plus grande influence

sur les révolutions du globe, est de 2\ 000 ans. Celle do rexcentricité de l'orbite terrestre se fait en 4.7960 ans. Oue ces actions astronomiques aient quelque influence sur le climat et sur les accidents géologiques, c'est plus que probable, mais cette influence est fort restreinte. Ce qu'il y a de certain, c'est que les changements géologiques sont successifs, mais n'ont absolument rien de périodique, rien de régulier. La précession des équinoxes et la variation d'excentricité de l'orbite de la terre, contrairement à ce que plusieurs auteurs prétendent de nos jours, ne peuvent fournir aucune donnée chronologique pour la géologie et la paléoethnologie.

§ 3. Chronomètres divers. — L'Amérique, dont l'histoire ne remonte qu'à la fin du quinzième siècle, a dû utiliser les chronomètres naturels les plus simples. On a compté les zones concentriques ou d'accroissement annuel des arbres poussés sur les ruines et les tombeaux, pour estimer depuis combien de temps les sépultures avaient eu lieu et depuis quand les monuments étaient abandonnés.

Le Danemark, une des parties de l'Europe où l'histoire remonte le moins haut, a voulu se servir de ses tourbières comme chronomètres. Ony a reconnu troisniveaux archéologiques parfaitement distincts et régulièrement superposés qui ont fourni les éléments certains d'une chronologie relative: industrie de la pierre à la base, industrie du bronze au milieu, industrie du fer au sommet ; mais on n'a pas pu en tirer une date, l'accroissement de la tourbe étant trop variable pour cela. Cependant M. Heer, plus osé, estime que le lignite quaternaire d'Oberberg, canton de Zurich (Suisse), qui est une tourbe comprimée, a dû mettre 2 400 ans à se produire.

Les Suisses ont aussi cherché des chronomètres naturels pour dater leurs palaflttes. Ainsi, à l'extrémité méridionale du lac de Neuchàtel, il se forme desalterrissements.

Ki\%' ARCHEOLOGIE PREHISTORIQUE.

D'après Morlot et Troyon, ou aurait trouvé au pied du mont Chamblon des vestiges d'une palafitte de l'âge de la pierre, au niveau des autres palafittes du lac. Ces vestiges sont pourtant à environ 1 650 mètres des bords actuels. D'autre part, les ruines d'Ebrodunum, l'ancien Yverdon romain, se trouvent séparées du lac par une zone d'alluvions mesurant en moyenne 750 mètres de largeur. Donc si en 16 siècles et plus, probablement en 18, il s'est formé 750 mètres d'alluvions, il a fallu plus de 34 siècles pour en former 1 650. La palafitte du pied du Chamblon remonterait donc à plus de 1 500 ans avant notre ère.

Les eaux des lacs suisses déposent sur les objets du fond une couche de crasse, espèce de tuf calcaire. On a voulu s'en servir comme de chronomètre, mais ce dépôt est fort variable suivant la nature des objets et les points où ils se trouvent. En outre, il est fort peu considérable, ce qui empêche d'en tirer des déductions utiles.

§ 4. Deltas d'embouchures. — Les grands fleuves charrient beaucoup de sables et de limons qui se déposent à leur embouchure. Il se forme là des atterrissements qui croissent constamment et s'avancent dans la mer en s'élargissant successivement, affectant alors la forme d'un d majuscule grec, A. De là le nom de delta qu'on a donné à l'ensemble de ces atterrissements d'embouchures de fleuves. Divers auteurs ont fait des calculs chronométriques sur les deltas du Rhône, du Pô, du Nil, du Gange, du Mississipi, etc. Ainsi on a dit : Aigues-Mortes était un port de mer sous Louis IX, soit en 1248. Cette ville se trouve maintenant à une certaine distance de la mer. Puisqu'il a fallu tant d'années pour donner naissance à cet espace, combien en a-t-il fallu pour former tout le delta? Des calculs analogues ont été essayés sur le delta du Nil. Mais on néglige un facteur important, l'action des courants marins, qui varient suivant l'aspect des côtes et

entraînent plus ou moins les apports du fleuve. En outre, les eaux des fleuves divaguent dans les deltas, se divisent en une foule de bras qui changent fréquemment de direction et surtout d'importance, ce qui occasionne des dépôts très variables-d'un point à un autre. L'avancement en un point déterminé comme Aigues-Mortes, cité tout àTlieure, peut être beaucoup trop fort ou beaucoup trop faible.

§ 5. SupepposUîon des alluvioiis. — Un autre genre de chronomètre auquel a donné lieu le dépôt des fleuves, consiste à en faire une coupe verticale. Ainsi M. Nicolas, €11 étudiant le delta du Rhône, a constaté la coupe suivante dans la Camargue. A 2 mètres de profondeur, niveau romain du premier siècle; 4 mètres plus bas, niveau préhistorique. Les alluvions se continuaient encore 18 mètres et reposaient sur le cailloutis quaternaire. L'auteur établit l'échelle suivante :

2 mètres, romain da premier siècle.. 1800 ans.

6 — .préhistorique... 5 400 —

24 — base des alluvions 21600 —

M. Horner a établi un chronomètre analogue au moyen <les dépôts du Nil, à Memphis. Le piédestal de la statue colossale de Ramsès, en 1850, était entouré d'un dépôt de 2*^,90 d'épaisseur de limon du fleuve. D'après Lepsius, le milieu du règne de Ramsès remonterait à 1 361 ans avant notre ère. Le dépôt limoneux moyen serait donc de 9 centimètres par siècle. Un sondage pratiqué près du piédestal et poussé jusqu'au sable du désert, a fait reconnaître que le limon antérieur à l'érection de la statue a une épaisseur de 9'°,60. Cela suppose 13 496 ans pour la formation de l'ensemble du dépôt, à la base duquel on a rencontré un fragment de brique cuite.

Les berges de la Saône ont fourni un chronomètre à peu

près de même nature à de Ferry et Arcelin. Les berges de la Saône sont composées de limon qui contient différents niveaux archéologiques et qui repose sur des marnes bleues considérées comme quaternaires. Voici les résultats, revus et corrigés, obtenus par M. Arcelin, auteur très désireux de faire cadrer ces résultats avec la Bible :

Gallo-romain,! mètre de profondeur. 1500 ans.

Age du bronze, 1"", 50 2 250 —

Age de la pierre, 2 mètres 3 000 —

Marnes quaternaires, 4"», 50 6750 —

§ 6. Bassin de Penhouet. — Un chronomètre, celui de Penhouet, reposant aussi sur des limons fluviatiles, a fait un certain bruit il y a peu d'années. Pour agrandir le port de Saint-Nazaire, à l'embouchure de la Loire, on a construit un bassin à flot dans la baie de Penhouet. Il a fallu déblayer 2-4 hectares occupés par des vases ou limons, au milieu desquels M. Rerviler dit avoir reconnu deux niveaux archéologiques. Le premier, à 6 mètres de profondeur, contenait des débris romains et une monnaie de Tétricus, qui a régné en Gaule vers l'an 270 de notre ère. Le second, 2°^, 50 plus bas, contenait, mêlés ensemble, des objets de la seconde et de la première époque du bronze, avec d'autres objets appartenant à l'âge de la pierre, époque robenhausienne. M. Kerviler, estimant qu'il a fallu 16 siècles pour former le dépôt vaseux de 6 mètres qui recouvre le niveau romain, admet que le dépôt moyen par siècle est de 37 centimètres. Le niveau préhistorique ne remonterait pas à plus de 500 ans avant notre ère. Ce calcul serait parfait si le dépôt limoneux s'était opéré d'une manière uniforme et régulière. Mais il n'en est rien, comme le prouve l'intercalation de sables marins intermittents dans les limons fluviatiles. Le mélange d'objets préhistoriques de trois époques différentes vient confirmer

cette objection. Ce mélange se rencontre surtout dans une couche qui est un ancien sol à l'air libre. Il y a donc eu là des mouvements du sol qui viennent troubler et annuler tous les calculs.

§ 7. Cône de la Tinière. — Comme dépôt de cours d'eau, le chronomètre le plus sérieusement étudié estcelui du cône de la Tinière. La Tinière est un torrent du canton de Vaud, qui se jette dans le lac de Genève, à Villeneuve. En débouchant de la montagne, il forme dans la plaine un vaste cône de dégorgement. Le chemin de fer, en coupant ce cône, a montré que sa composition est très régulière. Cette tranchée a aussi fait découvrir une couche i-omaine à 1™,20 de profondeur, une couche de l'âge du bronze à 3 mètres et une couche de l'âge de la pierre à 5™, 70. Morlot, qui a décrit avec soin cette tranchée, estime qu'un dignement du torrent qui existe depuis deux siècles a interrompu l'atterrissement, et il arrive aux conclusions chronométriques suivantes :

Époque du diguement 200 ans.

Couche romaine 1600 —

Couche du bronze 3 800 —

Couche de la pierre robenhausienne. • 6 400 —

§ 8. Essais divers. — Des essais chronométriques ont été tentés par Becquerel, en i833, au moyen delà décomposition des granits. La cathédrale de Limoges est construite en granit. On connaît la date de sa construction. En mesurant la profondeur de la décomposition des matériaux employés et la comparant à celle des roches en place, on arrive à savoir depuis combien de temps ces roches affectent leurs formes actuelles.

Berthier et Puvis ont calculé que les sources de Vichy fournissent un dépôt de 15 mètres cubes environ par an. En cubant l'énorme masse concrétionnée connue sous le

nom de Roche des Célestins, on arriverait à savoir depuis combien de temps coulent ces sources.

Les stalagmites, autre genre de concrétions, ont aussi été invoquées comme chronomètre. Ainsi M. Vivian, en 1867, comparant la faible couche qui, dans la caverne de Kent (Angleterre), recouvre les objets romains, avec celle très puissante sous laquelle on rencontre le magdalénien et le moustérien, estime que la formation de cette dernière a exigé 364 000 ans.

La marche des dunes du golfe de Gascogne n'a fourni que des données très contradictoires, ce qui montre que les éléments du calcul sont mal déterminés. Dans tous les cas les résultats ont été peu élevés, ce qui peut faire penser que le phénomène ne date pas de loin. Brémontier, à la fin du siècle passé, n'a trouvé que 4218 ans pour la formation des dunes. Vers le milieu de ce siècle, Laval n'est arrivé qu'à 1000 ans.

§ 9. Chute du I\iagara. — Un phénomène inverse, le creusement du lit du Niagara en aval des cataractes, a aussi fourni à Charles Lyell un calcul chronologique. A droite et à gauche de la ville de Qiieenstown se développe une longue ligne d'escarpements ou hautes falaises qui séparent le pays en un plateau élevé qui supporte le lac Erié et une plaine basse dans laquelle se trouve le lac Ontario. Le Niagara unit ces deux lacs. Environ vers le milieu de sa course, entre le lac Erié et Queenstown, se rencontrent les célèbres cataractes, et le fleuve coule ensuite profondément encaissé dans un lit étroit. Lyell pense que ce lit a mis 35 OCO ans à se creuser. L'escarpement du haut duquel se précipitent les eaux est formé au sommet d'une puissante assise de calcaire, qui repose sur une assise non moins puissante de marnes. Ces marnes, altérées par l'humidité et surtout par le gel, se désagrègent peu à peu et forment, sous la cataracte, un vide assez pro-

fond pour permettre aux curieux de circuler derrière la nappe d'eau. De temps à autre les calcaires supérieurs, n'étant plus suffisamment soutenus, s'éboulent, et le lit inférieur s'al'onge ainsi successivement de 30 mètres en moyenne par siècle. Sa longueur totale étant de près de d2 kilomètres, il a dû mettre 35 000 ans pour se creuser.

§ 10. Évaluations générales. — A ces chronomètres destinés à chercher des dates positives, propres à organiser une chronologie absolue, il faut joindre une série de chronomètres qui ne peuvent fournir que des dates approximatives, fort utiles pourtant pour établir la longue durée des temps quaternaires. Ces chronomètres sont :

1° Le^ oscillations du sol. Pendant le quaternaire il y a eu des mouvements très importants du sol. La moilié de la Russie d'Europe, presque toute la Prusse, le Danemark et le Hanovre en entier, une portion de l'Angleterre, ont été longtemps recouverts par la mer. En Angleterre, il y a eu, dit-on, une oscillation de 400 mètres d'amplitude. En France, nos rivières dénotent une oscillation d'une quarantaine de mètres. Ces oscillations, pour se produire sans occasionner des plissements et des ruptures violentes^ ont dû s'efiectuer fort lentement. Des soulèvements lenls s'opèrent encore de nos jours. La péninsule Scandinave nous en offre des exemples. L'exhaussement le plus considérable est celui du cap Nord, qui atteint jusqu'à 1™,50 par siècle, mais il diminue beaucoup ailleurs; à Stockholm il n'est plus que de 76 millimètres. En appliquant le chiffre le plus fort, celui du cap Nord, à l'oscillation quaternaire de l'Angleterre, on arrive à 26 600 ans. Pour l'oscillaron française, 40 mètres d'affaissement et 40 mètres de soulèvement, on a 5 300 ans.

2° Le remblaiement et le déblaiement des vallées. Sur le sol français, le résultat le plus important de l'oscillation

C24 ARCHEOLOGIE PREHISTORIQUE.

quaternaire a été de remblayer nos vallées pendant l'affaissement; alluvions qui ont dû être reprises et emportées pendant l'exhaussement. Quel temps n'a-t-il pas fallu pour opérer cet énorme mouvement de terre?

3° La formation des dépôts aurifères. Un des effets les plus remarquables du remaniement successif des alluvions dont il vient d'être question a été le lavage de l'or et son gî'oupement dans le fond de certaines vallées. Les parcelles du précieux métal se sont groupées sur certains points au moment des déblaiements quaternaires, en assez grande quantité pour alimenterdefructueuses exploitations pendant les époques gauloises et romaines, exploitations si riches que les Romains avaient donné à la Gaule le surnom à'Aurata., dorée. Ces exploitations, terminées il y a 14 ou 1500 ans, ne pourraient plus se renouveler. Ce laps de temps, qui nous paraît déjà assez considérable, n'a pu même amener le groupement de quelques paillettes. On doit juger par là du nombre énorme d'années qu'il a fallu pour produire l'accumulation d'or qui enrichissait les Gaulois et les Romains.

4" JJapparition et la disparitioji d'espèces animales. îsous n'avons pas d'exemple d'apparition de grandes -espèces animales depuis les temps historiques qui, grâce à l'Egypte, remontent à 6 000 ans. Or, pendant le quaternaire nous avons vu apparaître, se multiplier abondamment, se disséminer sur de vastes étendues de pays et •disparaître plusieurs espèces, entre autres le Rhinocéros iickorhinus et le mammouth. D'autres espèces ont aussi disparu, comme le Rhinocéros Merckii et VElephas antiquus. Dans les temps historiques, si nous exceptons l'urus, on ne signale aucune disparition de grand mammifère. Et pourtant l'homme civilisé est le plus grand des agents destructeurs. Les 7 000 ans historiques ne sont donc rien auprès des longues séries d'années quaternaires.

§ 11. Extension des glariers. — Au milieu des temps quaternaires se place la période glaciaire. Les glaciers, du sommet de nos plus hautes chaînes de montagnes, descendaient très has dans nos grandes vallées.

Peut-on estimer le temps qu'il a fallu pour développer cette extension ?

L'extension en longueur des grands glaciers alpins varie de ilO à 280 kilomètres. 18 observations faites sur la marche des glaciers actuels ont donné une moyenne de 62°^, G6 par an. Un bloc erratique parti de l'extrémité supérieure du glacier pour aller à l'extrémité inférieure (ce qui s'observe), aurait donc mis au moins 4468 ans. Mais ce chiffre est beaucoup trop faible. Les 18 observations dont nous avons calculé la moyenne ont été faites dans les hautes montagnes où la pente est très rapide. Or l'eau glacée suit la môme loi que l'eau liquide, sa force et sa rapidité d'écoulement diminuent quand diminue la pente. Ainsi sur huit observations au glacier de l'Aar, par Agassiz, cinq ont eu lieu dans la région médiane du glacier et ont donné comme moyenne de mouvement annuel 63™, 55. Trois étant de la région inférieure, beaucoup moins rapide, la moyenne d'écoulement n'a plus été que de 41'°, 55. La pente générale des glaciers quaternaires étant au moins cinq fois moindre que celle des glaciers actuels, la vitesse doit être cinq fois moindre aussi, ce qui transforme les 4408 ans indiqués ci-dessus, d'après la donnée des glaciers de montagnes, en 22 340 ans.

Les grands glaciers quaternaires, quittant les vallées étroites des montagnes, sont venus s'étaler très largement dans les plaines ; ce qui a nécessité une augmentation de temps proportionnelle aux dimensions de l'espace à remplir. Cela doit faire doubler au moins le nombre d'années indiquées.

Les glaciers quaternaires se sont maintenus longtemps

dans leur plus grande extension, comme le prouvent les énormes moraines formant de véritables séries de collines à leur extrémité. Enfin l'extension et le retrait des glaciers, — retrait qui a dû demander à peu près autant de temps que l'extension, — ne se sont pas faits d'une manière continue. Il y a eu des oscillations, des avancements et des reculs successifs qui ont aussi absorbé un temps considérable. On reste donc certainement au-dessou& de la vérité en attribuant à l'époque glaciaire 100 000 ans d'existence.

§ 12. Corrosion du calcaire. — Reste à déterminer approximativement depuis combien de temps a eu lieu la grande extension des glaciers. M. Louis Pillet a fourni sur ce sujet une précieuse donnée. Une des actions les plus caractéristiques et les plus générales des glaciers est de polir les roches sur lesquelles ils reposent et glissent. La colline calcaire qui domine Aix-les-Bains, en Savoie, a supporté l'ancien glacier de la Haute-Isère et a été entièrement polie par lui. Ce poli s'observe partout oii la roche a été préservée du contact de l'eau et de l'air par une couche de terre argileuse. Mais là où cette roche a été soumise aux actions atmosphériques, il s'est produit à sa surface des corrosions qui ont donné lieu à la formation d'excavations, de creux et surtout de nombreux et profonds sillons.

Dans cette colline, les Romains ont ouvert une carrière pour construire en belle pierre de taille les monuments qu'ils ont laissés dans le pays : therm.es, temples, arcs de triomphe. Eh bien ! les corrosions opérées par les actions atmosphériques, pendant 1 800 ans, sur les surfaces calcaires laissées à nu dans la carrière romaine ne sont que de 2 ou 3 millimètres de profondeur, tandis que les anciennes, tout à côté, sur le même calcaire, atteignent en moyenne 1 mètre. Si nous admettons une cor-

rosion de i centimètre par 20 siècles, nous arriverons à évaluer à 200 000 ans l'époque où les glaciers ont abandonné la vallée d'Aix.

De tous les chronomètres naturels, ces deux derniers sont les plus sérieux.

§ 43. Conclusions chronologiques. — Comme conclusions chronologiques, si l'on divise le quaternaire en 100 unités, on peut en attribuer au :

Chelléen ou préglaciaire 35

Moustérien ou glaciaire 45

Solutréen 5

Magdalénien 15

Total 100

Ce qui, — du moment où l'on sait que le glaciaire ou moustérien a duré 100 000 ans, — peut se traduire ainsi en années :

Chelléen 78 000 ans.

Moustérien 100 000 —

Solutréen H 000 —

Magdalénien 33000 —

Total 222 000

L'homme ayant apparu dès le commencement des temps quaternaires a donc 222 000 ans d'existence, plus les 6000 ans historiques auxquels nous font remonter les monuments égyptiens et une dizaine de 1000 ans qui, très probablement, se sont écoulés entre les temps géologiques et ce que nous connaissons de la civilisation égyptienne. C'est donc un total de 230 000 à 240 000 ans pour l'antiquité de l'homme.

§ 14. Conclusions générales. — En résumant tout ce que nous savons sur le préhistorique nous arrivons aux conclusions suivantes:

1® Pendant le tertiaire existait un être assez intelligent pour faire du feu et pour se fabriquer des instruments en pierre.

2" Cet être n'était pas encore l'homme. C'était un précurseur, une forme ancestrale, à laquelle j'ai donné le nom d'anthropopùhèque.

3" L'homme a apparu, en Europe, avec le commencement du quaternaire. 11 y a, au moins, 230000 à 240 000 ans.

4° Notre premier type humain a été le type de Néanderthal. Ce type, essentiellement autochtone, s'est lentement modifié et développé pendant le quaternaire pour aboutir au type de Cro-Magnon.

5° Son industrie, très rudimentaire dans le début, s'est progressivement développée d'une manière régulière, sans secousses, ce qui prouve que le mouvement progressif s'est opéré sur place, sans intervention de propagande et d'invasion étrangère. C'est donc bien aussi une industrie autochtone.

6° Le développement régulier de cette industrie m*a permis de diviser les temps quaternaires en quatre époques. La première, le chelléen, antérieure à la période glaciaire; la seconde, le moustérien, contemporaine de cette période ; les troisième et quatrième, solutréen et magdalénien, postérieures.

7° L'homme quaternaire, essentiellement pêcheur et surtout chasseur, ne connaissait ni l'agriculture ni même la domestication des animaux.

8° Il vivait en paix, complètement dépourvu d'idées religieuses.

9° Vers la fin du quaternaire, aux époques solutréenne et magdalénienne, il est devenu artiste.

10° Avec les temps actuels sont arrivées des invasions, venant d'Oirent, qui ont profondément modifié la popula-

HOMME ACTUEL. tia»

tion (le l'Europe occidentale. Elles y ont amené des éléments ethniques tout à fait nouveaux en grande partie brachycéphales. A la simplicité et à la pureté de la race autochtone dolichocéphale, ont succédé des mélanges et des croisements nombreux.

H'' L'industrie s'est trouvée profondément modifiée. La religiosité, la domestication des animaux et l'agriculture ont fait leur apparition dans l'Europe occidentale.

12" Cette première invasion, qui a eu lieu à l'époque robenhausienne, est partie de la région occupée par l'Asie Mineure, l'Arménie et le Caucase.

Telles sont les principales données déjàacquises. Mais le préhistorique est une science toute nouvelle qui est loin, bien loin, d'avoir dit son dernier mot !

Majuscules, noms d'hommes. — Italiques, noms de lieux. Minuscules ordinaires, matières.

Aar (Suisse), 625.

Abbeville (Somme), 13,135,

Abbott (Charles-C), 179.

Abeto (Italie), 175.

Abilly (In.Ire-et-Loire), 274.

Abo /^jo^vzeôor^r, Finlande (Russie), 547.

Abris, 423, 424, 300.

Abu-Shahrein (Asie), 178.

Abydos, Egypte (Afrique), 177.

Acheuléen, 182, 234.

Actions atmosphériques, 80, 82.

Acton (Angleterre), 136, 173.

AcY (Ernest d'), 133, 136, 137,

Adam, 615

Adams (A.-Leith\ 201, 324.

Adelsberg (Autriche), 425.

Adhémar, 616.

Adhemar (d'), 168.

Adour, bassin (France), 169,

Afûchot .Yonne), 269.

Affouillement glaciaire, 303.

Afrique, 141, 177, 503. Agassiz, 623.

Ages, trois âges, 4, 16.

Aggtelek (Hongrie), 379.

Agriculture, 577.

Aigrefeuille Loire -Inférieure),

Aigues-Mortes (Gard), 618, 619.

Aiguilles, 400.

Aillant ' Yonne), 586.

Aisne (France), 423, 537, 539,

Aix (Aube), 163.

Aix-les-Baim (Savoie), 626.

Albinea, Emilie (Italie), 489.

Algérie (Xïviqne), 142, 522, 584,

Al(BERT, 168, 279.

Alignements, 586.

Alise (Côte-d'Or), 268.

Allées couvertes, 589.

Allemagne, 170, 282, 447, 389,

Allier (France), 565.

Allondans, près Montbéliard

(Doubs) IX.

AlCOnde, Toscane (Italie), 457.

Alluvions quaternaires, 12, 11.

Alsace, 566.

Altamira (Espagne), 398, 401,

Ambre, 568.

Ameghino ( Florentino ) , 124,

Amérique, 141, 178, 521, 522,

542, 569, 617. ^??z»en5 (Somme), 159, 160,263.

Amphithéâtre glaciaire, 300.

Anca, 202.

Ane, 319, 462.

Ane (/'), à Bourdeilles (Dor-

dogne), 371.

Angleterre, 134,136, 141, 284,

iln^OM/eV?ie (Charente), 167,369,

Animaux domestiques, 570. —

Leur origine, 373.

Anneaux en pierre, 564.

Antéhistorique, 2 Anthropophagie, 604.

Anthropopithèque, 104, 107.

TABLE ALPHABETIQUE.

AquitaDien, 108.

Arboriculture, 577.

Arcachon (Gironde), 518.

Ahcelin, 281,355, 364, 378,389, 390, 492, 496, 504, 620.

Arcs (Var), 224.

Arcy-sur-Cure (Yonne), 435, 459, 468, 469, 471.

Ardèche ( France ), 569, 592, 595, 598.

i4jr/e?me* (France), 546.

^?'dres (Pas-de-Calais), 43 4.

Argenteuil (Seine-et-Oise), 513, 568, 569.

Argenton, à Landunvez (Finistère), 590.

Ariège (France), 569.

Arménie (A&ie),oO^.

Arnaud (E.), 280.

Arnoult, 266.

Arréborocut, à Estaing (Hautes- .' Pyrénées), 4?7.

Art, origine, H64. — Genres et distribution, 411. — Matières

' employées, 412.— Burin, 414.

-- JDessins géométriques et d'imitation, 415. — Caractère artistique, 416. — Groupement et ensemble, 417. — Appropriation et imprévoyance, 418. — Représentations humaines, 421, 472.

Art, absence à l'époqne ro-

benhausienne, 601.

/Artins (Loir-et-Cher), 273.

Arudy (Basses-Pyrénées), 396.

Arvier,\a\ d'Aoste (Italie), 562.

Asie, 177,288.

Asnières (Seine), 261.

Assam, Inde (Asie), 178.

Assyrie (Asie), 503.

Atavisme, 24S, i'49.

Ateliers de fabrication, 489.

Aube (France), 504, 535, 549.

Aubercourt (Somme), 160, 527.

Auberoche, au Grand -Change (Dordogne), 438.

Aubusaargues (Gard), 599.

Aude (France), 541.

AULT-DUMESNIL (d'), 160, 254, 265, 316, 324.

Aur„ède {V) (Lozère), 606, 607.

.4wnaî/-s?^r-Seram (Yonne), 269.

Aurensan, à Bagnères-de-Bi-

gorre (Hautes-Pyrénées), 402, 403, 406, 412, 441, 453, 455, 460, 462.

AuRÈs, 529, 599.

Auriqnac (Haute-Garonne), 14, 98, 397, 402, 403, 410, 440, 471, 568.

Australie, 499.

Authenticité, caractères, 151,

Autriche (Europe), 282, 521,

Autry-[ssard (Allier), 77.

Auvergne (France) , 539.

A uxe)'re [Yonne). 269.

Availle-sur-Ghizé (Deux -Sèvres), 167.

Ave7i-à-trois-Gorges, au Brouzet (Gard), 425.

Aven-Laurier, à Laroque (Hérault), 425.

Avent, àTibiran-Jaunac (Hautes-P}Ténées), 441.

Avesnes- le- Comte ( Pas-de-Calais), 265.

Aveyron (France), 425, 523, 563, 567, 569, 592, 595,598.

Aygalades { Bouches-du-Rhô • 'ne\ 223.

Aymard, 11, 12, 240, 241.

Badegols, à Beauregard (Dordogne), 364, 365, 372.

haden (Autriche), 240.

Bagford, 171.

liaqrieaux (Seine-et-Marne),

P.agneux (Tndre), 274.

liagneux (Maine-et-Loire), 595.

Baigts-Chalonne (Laudes), 280.

Bailleau, 165, 274, 436.

Balinqhem (Pas-de-Calais), 161.

Ballet, 164, 273

fiaZ/ewx-swr-ïFaZzm (Belgique),

Balme {la) (Isère), 314, 443.

Balutie, à Montignac (Dordogne), 277, 365, 36(1, 372, 401,

Baoumo dei Peyrards, àBuoux (Vaucluse), 280.

Baoussé-Hotissés, près Menton

TABLE ALPHABÉTIQUE

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