XXXIX. 1 PREMIÈRE ANNÉE
René. Oui, j'aime bien les fables, mais j'aime mieux* les confitures, .... et la limonade.
Mme. Pascal. Est-ce que tu connais la fable des Membres^ et de l'Estomac ? lo
René. Non. Veux-tu*^ me raconter ça?
Mme. Pascal. Je veux bien. Un jour, les bras, les jambes et les mains se révoltent contre l'estomac. ' Nous travaillons,' disent-ils, ' et pour qui ? Pour l'estomac. Lui, il ne travaille pas. C'est un pares- ,5 seux. Cessons donc de travailler. Soyons paresseux comme l'estomac' Alors les mains cessent de prendre,^ les bras d'agir, les jambes de marcher. Bientôt l'estomac a faim. Il souffre. Mais les membres souffrent aussi. Pourquoi ? 20
René. Parce que l'estomac n'a pas assez mangé. Mais, moi, je mange toujours assez.
Mme. Pascal. Tu manges trop. Mais écoute encore. Les membres disent : ' Si l'estomac n'a pas à manger, nous souffrons. C'est stupide, quoi ! 25 Mais enfin, c'est vrai.' Alors ils commencent à travailler. L'estomac commence à manger et il mange beaucoup trop. Il souffre. Mais les membres souffrent aussi.^ Le corps tout entier souffre. Pourquoi ? 30
René. Parce que l'estomac a trop mangé.
Mme. Pascal. Oui. Si l'estomac ne mange rien, le corps souffre ; s'il mange trop, le corps souffre. Est-ce vrai ?
René. Oui, c'est vrai. ... Je souffre, moi, ... 35
Mme. Pascal. Ah ! Tu souffres. . . . Vois-tu la bouteille de médecine sur le buffet ? Va . . .
René. Oh non ! Ce n'est rien. Cela passera.^
34 PREMIÈRE ANNÉE [XXXIX
Mme. Pascal. Eh bien, écoute. Si on souffre, 40 peut-on bien travailler ?
René. Non.
Mme. Pascal. Si on travaille mal,^'' peut-on bien faire son devoir ?
René. Non.
45 Mme. Pascal. Peut-on réussir dans la vie, être utile à ses parents, à ses enfants, à ses amis, à sa patrie ?
René. Non.
Mme. Pascal. Alors, est-il sage de trop manger ?
René. Non. . . . Mais, quand on mange trop, on 50 souffre un peu, et puis ça passe, c'est fini.
Mme. Pascal. Non, ce n'est pas fini. On mange trop une deuxième fois, une troisième fois, puis encore, et puis encore, enfin souvent, très souvent, trop souvent. On contracte l'habitude de trop manger. 55 On ne peut plus résister à la gourmandise. On voit tous les jours des gens^^ qui souffrent beaucoup parce qu'ils n'ont pas eu la force de caractère de dominer ce vice stupide. Tu veux être comme eux ?^^
René. Non.
xj Mme. Pascal. Sois donc plus sage qu'eux. Ton père mange-t-il trop ?
René. Non.
Mme. Pascal. Eh bien, suis^^ l'exemple de ton père.
^ Cf. 'Tu manges trop de bonbons,' 24. ^ Gourmand = celui, celle, qui mange trop. ' On écoute avec les oreilles.
* Comparatif de bien. Superlatif: le mieux.
* Les bras, les jambes, les mains. ' Gram. § 38 (iii.), Vouloir. ^ ' Je prends une pomme,' 33.
* ' Aussi trop de confitures,' 24. " Futur de passer. '" Le contraire de 'bien.' ^^ Personnes. '^'^ Les gourmands. ^ Présent de suivre. Cf. ' René et Jean la suivent,' 26, 1. 4.