CHOEUR
Air de Léocadie.
Honneur, honneur Au jeune orateur Qui du barreau français va doubler la 3j)lendeur!
Ah! pour J.OUS ses amis , Célébrer ses succès est un bonlieur sans prix 1
DCCLOS.
Mon cher fils... enfin c'est toi... Je te tiens... m'as-tu donné du tourment I ... Je ne te pardonnerai jamais de m'avoir caché le péril que tu allais courir...
ALPHONSE
Ah! s'il n'y avait eu de danger que pour ma vie!... mais, tenez, mon père, que le moment de commencer un premier plaidoyer a quelque chose de terrible !... La crainte de compromettre les intérêts les plus sacrés... de tromper l'espoir de ses amis, de sa famille... Oui, je l'avouerai, un instant
{*\ Laurent, lady Evelyn , Alplionse. Duclos.
j'aurais voulu pouvoir fuir, me soustraire à une responsabilité qui me glaçait d'effroi ; mais bientôt cette crainte passagère s'est effacée de mon esprit... j'ai senti ce que je devais à la confiance d'une cliente qui m'avait accepté , moi , jeune avocat, inconnu au barreau, sans crédit, sans expérience... et d'ailleurs , de quelle ardeur m'animait le souvenir de vos succès , de votre renommée !... car, c'est vous , c'est madame qui m'avez porté bonheur... moi je n'ai eu que du zèle... la justice de ma cause et le nom de mon pèro ont fait le reste.
DUCLOS
Ce cher fils!... Modeste, et du talent... ça fera un avocat bien rare !
LADY ÉVELYN.
Ah! monsieur... mais sir Arthur...
DUCLOS
Qu'il vienne donc , qu'il vienne à présent menacer sa vie.. . ce maudit Anglais.
ALPHONSE
Ah! mon père, ne l'accusez pas... Quand vous connaîtrez sa conduite généreuse...
DUCLOS
Quoi donc?
ALPHONSE
^ Je courais près de lui , pour satisfaire à l'honneur, lorsque ^i-même, il s'approche de moi, me serre la main, me nomme son ami, et faisant de mon plaidoyer un éloge que je n'attendais guère de sa part : « Monsieur, me dit-il , tuer un u homme , ce n'est rien ; mais un homme éloquent , il y en a « trop peu pour cela... » et en achevant ces mots , il me présente une lettre qu'il venait de recevoir. {Lady Ei'e/yn baisse les jeux.) Ah ! si j'osais me fier aux espérances qu'il m'a données...
sm AKTHUR, entrant et se plaçant entre Alphonse et lady
Evelyn.
Oui, madame... vous m'offrez votre main et votre fortune... ça me flatte infiniment... Je n'en veux pas.
DUCLOS
Par exemple...
SIR ARTHUR
Oh! c'est que j'ai compris la finesse... Regardez madame, comme elle rougit.
ALPHONSE
Ah! madame! se pourrait-il?... serais-je assez heureux?...
DUCLOS
Qu'est-ce que ça veut dire?
SIR ARTHUR
Comment, vous ne comprenez pas ce qui se passe dans votre langue... C'est bien ridicule.
DCCLOS.
Attendez doncl... Est-ce que par Iiasaid l'inconnue des Tuileries?...
L/VDY EVELYN
Monsieur... devant ces témoins.
DVCLOS.
C'est juste...
, SIR ARTHUR
C'est très-juste... jeune homme, je n'oublierai jamais votre éloquence... vous m'avez fait condamner avec un talent... je suis enchanté... et puis, d'ailleurs, je veux être de vos amis, pour être de ceux de madame... Vous voyez que je comprends toutes les finesses du français.
LAURENT , qui a écoulé toute la conuersation.
Oui... oui, c'était déjà comme ça, il y a... DUC LOS, à Alphonse.
Allons, mon garçon... juscju'à présent je me suis occupé de te conduire dans la double carrière du talent et du bonheur... Il paraît que je n'ai pas trop mal réussi... tu viens de faire , ce qui s'appelle un beau début ; mais il ne faut pas te laisser endormir par le succès... ne te ralentis pas... tvi n'es pas au terme de tes travaux... au contraire, c'est le r.ioment de redoubler de zèle et d'ardeur... Nous continuerons à étudier ensemble le grand art de la jurisprudence... Quant à celui d'être heureux... ce n'est plus moi qui me charge de te l'enseigner.