‹ La première cause, ou, Le jeune avocat (volume 2)Chapitre 5 sur 27 · L.\tJKEKT · texte numérisé non relu

L.\tJKEKT

Ecoutez donc , M. Duclos , l'époque où nous avons commencé ensemble , vous à donner des consultations , moi à les copier... c'était le bon temps... On ne déjeunait pas alors.

DUCLOS

Non... mais on soupait.

LAURENT

Le souper était moral... Il l'était essentiellement.

Air : Simple soldat , né d'obscurs laboureurs. Jusques au soir, par le travail conduit, Dans un repas tranquille et délectable, On préludait au repos de la uuit.

DICLOS.

Combien de fois la passions-nous à table!

Du bon vieux temps laissons en paix les mcEurs,

Nos jeunes gens font bien d'en avoir d'autres,

(*) Le premier acteur inscrit 'tient toujours en [scène la droite du théâtre.

LAL'HEKT.

Tous les matins, chez les restaurateurs, Le jour éclaire leurs erreurs!...

Du moins la nuit cachait les nôtres.

DTJCLOS.

Dites donc qu'elle les favorisait... Mon cher Laurent, défaites- vous une tonne fois de cette idée fixe du passé , de cet monomanie du regret... Eh bien , oui , le monde a changé totalement... Pourquoi ne pas faire comme tout le monde?.. «< Moi, quand j'ai vu arriver une génération toute neuve, « qui me jetait à la tète une foule d'idées auxquelles je « n'avais javais pensé; au premier moment , ça m'a étonné, « ça ma saisi... Et puis j'ai tâché de me reconnaître. Je me « suis dit : « Quand j'irais lutter de front contre ces jeunes « gens, qu'en arriverait-il?.. Qu'ils m'appelleraient/>e7r«^«e... « Peut-être tout bas , par procédés... J'aurais beau me rejeter « dans le passé... Ils ont pour eux l'avenir... Ma foi, « puisque je ne peux pas les vieillir comme moi, essayons <• de me faire jeune avec eux... Ca m'a réussi... j'en ai pris « l'habitude , et à présent , ça ne îne coûte plus rien dutout... « Non, vrai... Je trouverais un moyen de me rajeunir tout-à- « fait que je n'en serais pas fâché (*).)> Ahl ça, mon fils tarde bien... Il doit être dix heures.

LAUKENT , tirant sa montre.

Et le quart... Aous verrez qu'il ne sera pas là pour recevoir la cliente qu'on lui annonce.

DUCLOS

Si fait... Il a tout exprès avancé l'heure du déjeuner... Mais ce cher Alphonse ! inscrit hier au tableau des avocats, pouvait-il mieux faire que de réunir ce matin ses jeunes confrères pourfèter sa bien-venue? comment prévoir qu'illui tomberait du ciel une cause pour le lendemain même?

LAUREAT.

C'est ce qui arrive tous les jours , grâce à la tactique des avoués, qui font remettre les causes tant qu'ils peuvent, parce qu à chaque remise , il y a pour eux un droit de présence... Voilà !.. Il y a quarante ans, on ne connaissait pas les avoués.

DUCLOS

On connaissait les procureurs... Tenez, ce jeune Sinclair, qui envoie à mon fils une affaire le soir même du jour où il a prêté serment... certainement... c'est d'un bon enfant; ce n'est pas un procureur qui aurait fait cela... Quand je songe que, moi , j'ai attendu cinq ans ma première cause.

LAUREAT.

Il y en a bien qui l'attendent toute leur vie.

DUCLOS

Air de Turenne.

Pendant cinq ans, fidèle à l'audience, J'écoutais tout, immobile et muet;

C) Les passages guillemétés ont été supprimés par la censure.

Mon fils jouit d'une meilleure chance^

On l'écoute dès qu'il paraît , Et , j'en suis sûr, il produit de l'efTet. Ali! quel bonheur! En est-il qui le vaille? Un avocat qui plaide en arrivant , C'est un conscrit qui vient au régiment

Le jour même d'une bataille.

Et tenez... c'est lui... c'est mon Alphonse... je reconnais son pas... Il monte les marches de l'escalier quatre à quatre.

LAUREKT.

C'est le Champagne qui opère.

DUCLOS

Tant mieuxl.. ça électrise... ça ôle la peur... Il n'en plaidera qu'avec plus de verve.

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