AVANT-PROPOS
’épitre de Pierre est l’un des documents les plus précieux sur l'âme chrétienne des premiers jours. Elle appartient à l’âge apostolique. Elle a été rédigée probablement dans les temps décisifs qui avoisinent les scènes de l’an 64 : l’apôtre Paul a écrit toutes ses lettres; les évangiles se condensent, se fixent; les écrits johanniques se préparent.
L’épitre exprime ce que l’on peut appeler, du moins au point de vue de la pensée, le christianisme moyen. Peu originale, mais singulièrement vivante, on y entend la voix de la foule humble, héroïque, qui rend témoignage. À force d'amour pour Jésus-Christ, l’auteur arrive à une fermeté, une largeur inattendues. Il parle du Sauveur comme s’il le voyait crucifié. Il peint la vie chrétienne en traits saisissants. Il vit en face des réalités du ciel. Il croit que le salut est offert à tous, et il veut que l’action rédemptrice puisse atteindre, par delà le monde visible, ceux qui n’ont pas été mis en demeure, ici-bas, d'accepter l'Évangile. Par endroits, sa pensée est peu précise, étrange; mais ce médiocre écrivain possède un bien d’un prix infini, l'enthousiasme que Jésus communiquait à ses disciples.
1. Dans cette étude sur la 1re épitre de Pierre, nous mettons en tête le commentaire, en rejetant à la fin, sous forme de conclusions, ce que d’habitude on appelle introduction. Nous nous bornons, avant l’étude exégétique, aux données strictement indispensables, sur la bibliographie, le texte et le plan.
Monnier. — La première épilre de Pierre. I
Les commentaires sont nombreux; mais en général peu caractéristiques. La plupart font partie d’études d'ensemble sur les épitres ou même sur le N. T.
Dans la longue liste qui suit, on distinguera, pour l’ancienne Église d'Orient, Oecumenius et Théophylacte qui ont conservé d’une façon remarquable la tradition d’Origèneet de Chrysostome ; pour le moyen âge catholique, Bède le vénérable et Denys de Ryckel.
Au xvi siècle, les commentaires de Luther et de Calvin dépassent tout. Après eux, l’épitre est traitée avec plus de passion que d’exactitude. C’est un champ clos pour les controverses. La polémique domine l'interprétation. Sur les points en litige, la descente aux enfers, le sacerdoce universel, la primauté de Pierre, l’origine romaine de l’épitre, on sait d’avance ce que diront luthériens, réformés, catholiques. Amyraut comme Feuardent retrouvent dans les textes la doctrine attendue. Au reste, des individualités se détachent : en Hollande, Grotius; en Allemagne, le savant et pieux Jean Gerhard, dont le commentaire est considérable, rempli de la connaissance des Pères, plutôt qu’original; en Angleterre, l'archevêque Leighton, dont le livre est demeuré, pour avoir trouvé toute la vie chrétienne là où d’autres ne mettaient que le dogme. Le xvir° siècle a le Gnomon de Bengel.
En 1783, avec Semler, les doutes commencent.
Jusque-là, sur la question d’authenticité, on est unanime. « Amy lecteur, écrivait Amyraut au début de sa paraphrase, aucun n’a jamais douté que cette première Épistre qu’on attribue à Saint-Pierre, ne soit véritablement de ce divin auteur. »
Avec le xix° siècle, les questions se précisent : Quel est le véritable auteur de l’Épitre ? À quels lecteurs s’adresse-t-elle ? En
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quel lieu, en quel temps a-t-elle été écrite ? Quel en est le caractère, la doctrine? Autant de problèmes sur lesquels l'accord est
loin d’être fait. L'historique des opinions sera résumé plus loin. . Bornons-nous à signaler ici les commentaires qui méritent d’attirer l'attention. :
Parmi les rationalistes, on retiendra celui de Pott, soigneux et détaillé. On doit citer ensuite l'étude, courte mais autrement rigoureuse, de De Wette, dont la troisième édition, revue par Brückner, reste intéressante. L'école de Tubingue, qui voit dans l’épitre de Pierre un écrit de conciliation où la pensée de Paul s’unit aux tendances des premiers jours, n’a pas produit de commentaire proprement dit sur lépitre; mais elle a exercé une action profonde sur la manière dont on l’envisage, et cette influence se retrouve chez des hommes tels que Pfleiderer, Weizsaecker, Holtzmann et dans le Hand-Commentar de Von Soden. Dans la ligne traditionnelle, B. Weiss défend l’authenticité de l’épitre en la plaçant avant les écrits de Paul. Kühl soutient encore cette opinion. Il faut citer les commentaires d’hommes aussi considérables que Hofmann d'Erlangen, Ewald, Reuss et J. T. Beck. Celui de J. M. Usteri est complet, indépendant, très informé. Johnston donne les résultats de l’orthodoxie écossaise actuelle, et Hort, dans un très remarquable fragment, applique les meilleures méthodes de la critique anglaise contemporaine.
La bibliographie indispensable ne se borne pas aux commentaires. Il faudrait rappeler les introductions au N. T., les théologies bibliques, tout ce qui a trait à l’interprétation de lépitre et à l'étude du milieu. L’essentiel sera indiqué à propos des diverses questions.
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