‹ La premiére histoire en date de Jeanne d'ArcChapitre 40 sur 104 · Noble homme Bertrand de Polengis, escuier de l'écurie · texte numérisé non relu

Noble homme Bertrand de Polengis, escuier de l'écurie

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du Roi de France, âgé de soixante-trois ans. C'est l'un des gentilshommes que lesieurde Baudricourchoisit pour mener la Pucelle au Roy. Si ledit sieur de Baudricour eust esté en vie, il eust pareillement rendu tesmoignage en r.ette information de ce que la Pucelle lui avoit dit, et lui pareillement respondu à la Pucelle. Ce que j'ay bien voulu remarquer en passant pour donner advis que ceux-là se trompent grandement qui ont escrit que Baudricour avoit esté fait maréchal de France, et avoit vescu jusqu'au règne de Louis XI, ■ ce qui ne peut estre.

32. Maistre Jean le Fumeux, de Vaucouleur, chanoine de la chapelle Nostre-Dame de Vaucouleur et curé de l'église paroissiale de Uguey, au diocèse de Toul, âgé de trente-huit ans.

83. Jean Jacquard, fils de Jean, surnommé Guillemette, de Greux, âgé de quarante-sept ans ^

Les susdits tesmoins sont de deux sortes d'âges. Les plus jeunes âgés de quarante à cinquante ans, ont conversé avec la Pucelle, comme estant de mesme âge avec elle, et ayant fait ensemblement en jeunesse les mesmes exercices et esbattemnts sous le Beau May, bu et joué à la fontaine proche d'icelui, etc. Quant aux plus vieux, ils rendent tesmoignage tant des parents de la Pucelle que d'elle-mesme, et tous ensemble de ce qu'ils ont vu et cognu de leur probité, bonne et sainte vie : toutes lesquelles choses nous avons sommairement et véritablement proposées au premier livre, excepté en ce qui concerne le Beau May et la fontaine dont il est parlé en l'article neufviesme et en l'article onziesme touchant les informations que les Anglois firent faire aupaïs de la Pucelle après qu'elle fut prise à Compiègne.

Et pour le regard de l'article neufviesme lesdits tesmoins déposent :

Que jadis le seigneur du village de Uompremy s'appeloit Pierre de Bourlemont, qu'il y demeuroit pendant que le chasteau ou forteresse de Dompremy estoit en estât, et

•1. Au lieu de trente-trois témoins du pays de Jeanne, Jules Quicherat en compte trente-quatre. Le trente-iiuatrième est Henri Arnolin, prêtre, de Gondrecourt-le-Giiàteau. Voir Procès, t. II. p. 458.

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qu'alors la femme, les enfants et damoiselles de ce seigneur s'alloient souvent promener et esbattre vers ledit arbre et fontaine qui sont sur le grand chemin deNeufchastel, et que cet arbre est admirablement beau, que pour cette raison il fut appelé l'Arbre des Dames et le Beau May. Qu'il couroit un vaux de ville que les fëez avoient fréquenté autrefois vers cet arbre et fontaine, auparavant qu'on y allast en procession le jour de l'Invention de la Sainte-Croix au mois de may, et aux Rogations durant la sepmaine de l'Ascension, et quon y chantoit l'Evangile de saint Jean : que depuis ce temps les féez n'y avoient jamais hanté. Que c'est la coustume du pais que tous les jeunes gens, depuis que le printemps est venu, s'aillent promener ce jour-là vers ledit arbre et fontaine, et qu'ils commencent précisément le dimanche de la mi-caresme qu'on disait à l'église Lœlare Jérusalem : lequel dimanche on appelle audit païs le « dimanche des Fontaines », pour ce que les jeunes gens se vont promener ce jour-là vers ledit arbre et fontaine, et continuent tout durant l'esté, y faisans des bouquets et y portans du pain et quelques fouasses pour gouster sous ledit arbre, buvans de l'eau de la fontaine qu'ils nomment la fontaine des Rains ; dansent aussi là et chantent ensemblemont. Que la Pucelle en sa jeunesse alloit s'y esbattre avec les autres filles de son âge et par ensemble y faisoient des bouquets, dansoient et chantoient comme font jeunes gens. Qui est en somme ce que lesdits tesmoins ont déposé sur le neufviesme article. Et pour le regard des conclusions que le promoteur de l'évesque de Beauvais a tirées de ce que la Pucelle avoit esté s'esbattre vers cet arbre et fontaine, voyez V Advertissement sur la troisiesme séance du procez d'office, au livre second de cette histoire.

Touchant l'article onziesme a esté déposé par lesdits tesmoins qu'on avoit premièrement envoyé des cordetiers au pais de le Pucelle pour s'enquérir quelle estoit sa vie et ses deportements. Et Nicolas Bailly, tabellion, demeurant à Andelot, a tesmoigné que Jean Tourcenay, bailly de Chaumont en Bassigny, lui dit avoir commandement de la part du Roy d'Angleterre, qui se disoit Roy de France, de

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faire informer contre la Pucelle, et que ledit ïourcenay lui donna charge et à («irard Petit, de faire instruire cette information en laquelle furent examinez douze ou quinze tesmoins. Et fut prise par devant Simon de Charmys, lieutenant du capitaine de Monteclaire. Et pour ce que les tabellions attestèrent audit Simon de (Iharmys avoir véritablement escrit tout ainsi que les tesmoins avoient déposé, ledit de Charmys envoya au bailly de Ghaumont l'information et lui rescrivit que les tesmoins avoient déposé la vérité. Ce que recognu par le bailly de Chaumont, il dit que ceux, qu'il avoit commis pour faire cette information étoient de faux Armagnacs : nom de partialité et de faction inventé par ceux qui tenoient le parti du duc de Bourgogne. Et de là on peut juger qu'es dites informations il n'y avoit rien qui chargeast la Pucelle.

Entre les tesmoins qui ont esté ouys et examinez à Houen, desquels nous parlerons cy après, un nommé Jean Moreau, maistre chaudronnier qui estoit du pais de la Pucelle et demeuroit à Rouen, a déposé qu'un certain tabellion du mesme païs estoit venu à Rouen lorsqu'on faisoit le procez à la Pucelle. Et qu'à cause qu'ils estoient du mesme païs, il eut grande familiarité avec lui : et lui dit qu'il avoit fait des informations en cinq ou six paroisses proches de Dompremy, et mesme à Dompremy; mais qu'il n'avoit rien trouvé auxdépositions des tesmoins que tout bien et vertu et aucune chose qu'il ne voulust bien qu'on trouvast en sa propre sœur, et que tous avoient déposé que cette fille estoit grandement dévote et adonnée à la piété : qu'il avoit apporté Icsdites informations à l'évesque de Beauvais, espérant qu'il seroit payé de son salaire ; mais que cet évesque au lieu de le faire contenter de son travail, lui avoit reproché qu'il estoit un traistre et un meschant homme, et qu'il n'avoit pas fait son debvoir ainsi qu'on lui avoit commandé de le faire ; tellement qu'il ne pouvoit estre payé pour ce que l'évesque de Beauvais ne trouvoit pas lesdites informations faites selon son désir. De manière que par cette déposition, on peut juger que les Anglois ont fait faire deux sortes d'informations contre la Pucelle et ne les ont jamais osé produire en leur

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prétendu procez : d'autant qu'elles justifient cette fille. Ledit Moreau ne s'est pas souvenu du nom de ce tabellion, après vingt-cinq ans passez que la l'ucelle avoit esté condamnée.

Mais attendu que les informations esquelleson fait examen de tesmoins sont ordinairement remplies de longues et ennuyeuses redites, parce que plusieurs tesmoins déposent souvent une même chose, et par ainsi ce seroit chose infinie et grandement ennuyeuse en une histoire de représenter en particulier toutes les confessions desdits tesmoins, nous ferons choix et inventaire seulement de ce qui sera plus notable et important ausdites dépositions, la vérité desquelles nous avons pour la plus part alléguée au premier et second livre de cette histoire, où quand besoin sera nous renvoyons le lecteur, et produisons ici plusieurs choses desquelles ailleurs n'a esté faite aucune mention.

La susdite information fut faite et conclue à ïoul par Walterin-Thierry, chanoine de Toul, le treiziesme febvrier 1456, et signée par Dominique Dominici, notaire apostolique en la cour épiscopale de Toul, etc.

Suit après l'information faite à Orléans par l'archevesque de Rheims, l'un des juges commis par le Saint-Siège apostolique, et par maistre Guillaume Bouille, docteur en théologie, et Jean Martin, dominicain, inquisiteur de la foy. En laquelle information ont esté ouys et examinez trente-neuf témoins à divers jours sur les faits suivants articulez par maître Simon Chapitault, promoteur.

L De ladvénement de la Pucelle à la cour, de ce qui s'y passa à son arrivée à l'endroit du Roy, et comme elle fut examinée.

IL Quels ont esté ses déportements avec les gens de guerre.

IIL Si elle s'estoit adonnée à la piété et autres vertus.

IV. S'il y avait apparence qu'elle fut envoyée de Dieu pour faire la guerre, faire lever le siège d'Orléans, et autres choses qui sont ensuivies, etc.

I TESMOINS ENTENDUS A l'eNQUÊTE d'oRLÉANS]

1. Haut et puissant prince Jean, comte de Danois, seigneur de Longueville, Bastard d'Orléans, lieutenant-général du Roy en ses armées, âgé de cinquante un ans ou environ, le vingt-deuxième febvrier en 1456 a déposé sur les quatre articles susdits, conformément à ce que nous avons sommairement narré au premier livre de cette histoire.

2. Comme, pareillement, noble et puissant seigneur Jean de Gaucourt, grand maistre de l'hostel du Roy, âgé de quatrevingt-cinq ans, lequel estoiten cour quand la Pucelle y arriva et alla avec elle pour faire lever le siège dOrléans, etc.

3. Noble homme maistre François Garivel, conseiller du Roy et général de ses aydes, âgé de quarante ans.

4. Noble homme Guillaume de Ricarville, maistre d'hostel du Roy, âgé de soixante ans.

5. Maistre Renaut Thierry, Doyen de l'église collégiale de Mehun-sur-Yèvre, chirurgien du Roy, âgé de soixantequatre ans.

6. Jean Luiller, l'aisné, bourgeois d'Orléans, âgé de cinquante-six ans.

7. Jean Hilaire, bourgeois d'Orléans, âgé de soixante-six ans.

8. Gilles de Saint-Mesmin, bourgeois d'Orléans, âgé de septante-six ans.

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