A I, ARMEE DU CENTRE. — A L ARMEE DU NORD
Lajard, ijiii entra au Ministère de la Guerre le 16 juin, écrivait à Luckncr, le 25 suivant, « qu'il ne trouvait aucune trace, ni des instructions qu'on lui avait adressées, ni du plan qu'il avait soumis à rapprohation du Conseil' ». Toutefois, on sait que Dumouriez avait donné carte blanche au maréchal pour l'élaboration de son plan d'opérations-', et, d'autre part, le fond des desseins arrêtés dans la conférence du 19 nous a été conservé par Biu^eaux de Puzy, dans le discours qu'il prononça à la Législative, dans la séance du 29 juillet, quand, englobé dans l'accusation dirigée contre Lafayette d'avoir conspiré à main armée contre la Constitution, il présenta lui-même sa défense devant l'Assemijlée'^ Ce plan, dont la paternité appartenait tout entière à Luckner, consistait, nous dit Bureaux, à porter toutes les forces françaises dans la partie occidentale des Pays-Bas, c'est-à-dire entre la Lys et la mer, à tomber ainsi sur la droite autrichienne et k rejeter l'ennemi sur le Rhin en prenant successivement pour objectif les places de guerre qu'on rencontrerait devant soi : Courtrai, Bruxelles, Gand, etc. Ce mouvement devait être appuyé par Lafayette, qui menacerait l'aile gauche des Autrichiens, de manière à les empêcher de se masser sur leur droite et de s'opposer à l'offensive du maréchal. Si les Autrichiens commettaient la faute de dégarnir leur gauclie, Lafayette aurait alors le rôle principal, et s'avancerait résolument sur Mons. Le plan de Luckner était donc d'opérer par sa gauche et d'attaquer les Autrichiens par leur droite, du Nord- Ouest au Sud-Est, ayant lui-même le dos à la mer, et
1. Archives historiqims di' la Ouorre. Année du Noz'd, juin 1702. Lajard à Luckner, 25 juin.
2. Bi-i (1er .Vusarbeiliinj; des neuen Kripgsijlanes hatte Dumouriez Luckner Wilkonirnen freie Hund f;elassen. (Pfeiffer, p. 31, d'après Juniini.)
■i. Moniteur du ;i<t juillet et jouru suivants.
cherchant à rejeter les Autrichiens sur leurs propres communications. C'était, il faut l'avouer, une singulière manière de comprendre la guerre, une façon toute nouvelle d'appliquer les principes immuables de la stratégie, une conduite qui donnait à penser que M. de Montmorin avait entièrement raison quand il écrivait, le 19 avril, àLaMarck : « Luckner radote complètement'. )) « Ce mouvement par la gauche, a écrit à cet égard Jomini, était une monstruosité en stratégie; il prouve évidemment que son auteur n'avait pas les premières notions de la guerre, car c'était le mouvement inverse qu'il fallait faire'... »
Si l'on trouvait étrange que Rochambeau et Lafayette aient donné les mains à cette conception étrange, on pourrait dire pour leur défense que vraisemblablement ils durent s'incliner devant les prétentions du maréchal. Au surplus, Rochambeau, qui s'en allait, qui n'assistait qu'en amateur ;i ce conseil de guerre, n'essaA'a très probablement pas de discuter les idées de son collègue ; quant à Lafayette, son âge et son grade subalterne lui imposaient plus de retenue encore. Le vrai coupable, c'était la France entière, engouée sans raison d'un général ignorant et incapable ; le vrai responsal)le, c'était Dumouriez, c'était Mathieu Dumas, c'était le gouvernement tout entier qui, suivant une autre parole de Jomini. « n'avait pas d'idées assez justes des talents nécessaires à un général en chef pour juger la différence qui existe entre un hussard hanovrien et un man'clial cliargé du destin <lo la France'' ».
L Corrcsfifinilmice dr Mirabeau. 111, 208. Montmorin à La Mark.
'J. .Iiiniiiii. H ixloire des i/uei'res di' la Itérohition. Bruxelles, l8'iL 1, 110.
:i /(/.. p. IIS.