‹ La première tentation de Saint AntoineChapitre 15 sur 81 · Covresjiondance^ t. 111, p · texte numérisé non relu

Covresjiondance^ t. 111, p

PllkFACb: XXI

cJéiionct', avec l'hyslérie romantique, la vanité du Désir. Toutes les choses du monde sonl plus ou moins désirables, mais toutes sont éf^^alement vaincs. Flauljcrt aboutit })ar là à un nihilisme moral qui embrasse non seulement toutes les passions, mais toutes les formes de l'activité humaine, aussi bien les plus désintéressées que les plus égoïstes : duperie, la recherche de la gloire; duperie, le dévouement; duperie, la vertu; duperie, la sainteté même ! Le bouddhisme, dans les pires excès de son ataraxie, n'a jamais été si loin!... On sait comment il se résigna, comment il accepta de tourner, sans illusions, « la meule de la vie 'K Mais ce que Ton sait moins, ce que l'on comprendra mieux en lisant les pages qui vont suivre, c'est qu'à l'exemple de son saint bien-aimé, il chercha souvent une consolation et une volupté étrange à caresser en esprit les tentations, même jugées décevantes et coupables. Les casuistes et les théologiens ont donné à cette manie le nom de delectatio morosa. Se complaire à l'évocation insistante et vaine de plaisirs illusoires, c'est le péché intellectuel dans toute sa malice, — c'est se courber amoureusement sur le vide sans fond, avec la pleine conscience que c'est le vide. Le vertige vous gagne, l'àme défaillante sombre dans la désespérance, — et c'est une incurable folie! A peine

Page 1