IV PREFACE
aimait passionnément le théâtre. A douze ans, il jouait la comédie dans le salon maternel. Or, il dut assister, comme tous les jeunes Rouennais d'alors, aux représentations qui se donnaient annuellement, à la foire de Saint-Romain, dans la baraque d'un imprésario ambulant resté fameux sous le nom du Père Saint Antoine^ et qui perpétuaient en plein xix^ siècle la tradition des (( Mystères ». Sans doute, Flaubert en reçut une forte impression, — et ce qui le prouverait, au besoin, c'est que, bien avant son voyage en Italie, il écrivit un scénario intitulé Sinahr^ vieux mystère^ et dont le principal personnage est un ermite tenté par Satan. Il est donc permis de conjecturer que la Tentation^ comme le FaiiU de Gœthe, est sortie directement du drame médiéval. Le sujet de Gœthe, c'est l'homme qui vend son âme au Diable ; celui de Flaubert, c'est l'homme qui ne veut pas la vendre, non plus, comme au moyen âge, parce que c'est un péché, mais parce que c'est inutile!... Néanmoins, si épris qu'il soit de ce sujet, il se défie d'abord de ses forces : « J'ai vu, — écrit-il de Milan à son ami Alfred Lepoittevin, — j'ai vu un tableau de Breughel... qui m'a fait penser à
1. Nous devons cette conjecture à M. Georges Dumesnil, qui, en sa qualité de Rouennais, a pu assister, lui aussi, aux représentations du Père Saint Antoine.
PMKKACK ▼
arranger pour W lliràlrc la « Tontation do Saint Antoine », mais cela de mande v ait un autre (jailUwd que moîK » Alors, il se rejette sur un projet de drame tiré de Thistoire corse et dont le héros eut été un certain Sanipier Ornano, (jui vivait vers 1560. Aussitôt rentré k Groisset, en juin 184o, il prie un de ses camarades, Ernest Chevalier, substitut à Calvi, de lui envoyer des documents sur son personnage-.
Puis, les deuils se succèdent dans sa famille. Il se lie vraisemblablement à celte époque avec Louise Colet. Des soucis, des préoccupations de toute sorte le détournent de ses projets littéraires. Il oublie Sampier Ornano, essaie, sans grand enthousiasme, d'améliorer l'ébauche de VÉducation senùmentale et, finalement, revient à ce qu'il appellera plus tard sa « vieille toquade de Saint
Il y revint avec des alternatives de découragement et d'exaltation. La Tentation le fascinait et l'épouvantait tout ensemble, et ce fut ainsi jusqu'à la fin, jusqu'au jour où il mit le point final au bas de la dernière page du dernier manuscrit.
Dès le printemps de 1841), il se lance dans d'immenses lectures, sans but apparent, mais qui,