‹ La première tentation de Saint AntoineChapitre 8 sur 81 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

bien à l'avenir de ne pas dire ceci, cela, de prendre garde, etc., etc. Ah I comme je suis embêté, cher ami!... Je ne vois rien, en fouillant mon malheureux cerveau, qui ne soit répréhensible. Ce que f allais publier après mon roman^ à savoir un livre qui m'a demandé plusieurs années de recherches et d'études arides, me ferait aller au bagne! Et tous mes autres plans ont des inconvénients pareils. Comprenez-vous maintenant Tétat facétieux où je me trouve *?...»

Les termes de cette lettre sont assez explicites, il me semble. Le livre qu'il allait publier après son roman ^ ce livre qui lui avait coûté « plusieurs années de recherches et d'études arides », c'est, à n'en pas douter, le Saint Antoine^ qu'il avait recopié tout exprès, dont il était enchanté, au point de le préférer à Madame Bovary. Sans le hasard du procès, nous n'aurions pas d'autre version du Saint Antoine que celle-là, celle qu'il avait composée en 1849, puis revue et corrigée en I806, — celle précisément que nous donnons au public.

Cependant Flaubert ne se résigna point tout à fait à « enterrer » la Tentation. Cette même année

1. Correspondance, t. III, p. 77-78. — Dans une autre lettre à M. Schlesinger, il dit expressément : « J'avais un [volume] tout prêt à paraître. Mais la rigueur du temps me force à en ajourner indéfiniment la publication. » {Ibid., p. 82.)

PRKFACE xin

18')T, qui lui relie du procè>, il (Mi lil parailre dans LArti^r, alors dirige par son ami Tln'ophile (iaulier, plusieurs fragments très inij)(>rl.iuU : le festin de iNabuchodonosor, l'arrivde de la htMue de Saba, Apollonius de Tyane, le Sphinx et la (lliimère, les liètes fabuleuses. L'accueil ne paraît pas avoir étd très chaleureux et, comme personne ne témoignait le désir de voir le reste, Flaubert se le tint déeidément pour dit. Le manuscrit de Saint Antoine dormit* douz<3 ans dans ses cartons, jusqu'en 1861K après l'achèvement de J^Éducalioti >i€niimentale.

11 se dédommagea de ce contre-temps et de ces mécomptes en déversant dans Salaiiwibô la fureur lyrique qui l'oppressait. A tout prix, il voulait sortir du monde moderne qui — disait-il — lui (( puait étrangement au nez », et, comme il ne pouvait s'en évader par Alexandrie et la Thébaïde, il se réfugia dans Carthage. Cette Carthage du \\\' siècle, c'était encore l'antiquité et c'était encore l'Afrique. Or, Flaubert aimait passionnément l'une et ^aut^e^

1. Il ue faudrait pas prendre cette expression au pied de la lettre. Dans l'intervalle de 48:i7 à lSti9, Flaubert revit maintes fois son manuscrit et ses brouillons, — comme nous l'avons dit plus haut.

2. Sur cette prédilection de Flaubert pour l'Afriiiuc, voir notre étude : « Flaubert et l'Afrique •'. parue dans La Revue de Paris. le l'i" avril 1900,

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