‹ La presse de 1848Chapitre 56 sur 118 · PhYSIOLOGIR du RIBAÇTIONNAIRS. rrr · texte numérisé non relu

PhYSIOLOGIR du RIBAÇTIONNAIRS. rrr

Canard insignifiant et nul que nous enregistrons parce qu'il annonçait la publication d'un nouyeau journal^ sous le titre assez significatif de :

398. — Les ro^s rourgeo][S, journal quotidien^ polù sociable et sanitaire, impnmé chez Bautruche.

399. — Lettres rêpurlicàines, revue périodique, imprimée chez Paul Dupont. — Elle porte pour épigraphe : Guerre à la réaction ! guerre à t anarchie / Une seule livraison in-8*.

Nous poinrions encore enregistrer une grande quantité de lettres, canards, pamphlets et autres feuilles d*une existence très-éphémère, qui auraient sans doute paru périodiquement, malgré là loi sur la presse, si le public avait voulu les encourager ; niais, dans Timpossibililé de marquer avec précision la limite qui sépare le journal du canard, nous croyons devoir clore ici la Uste de ces publications douteuses et reprendre celle des journaux.

400. - Là queue de rorespierre ; journal i/nensuel. — Rue du Bouloy, 26. - Gérant : Alfred Monbrial de Bassignac. — Le premier nuinéro, quoique postérieur à juin, est daté du 14 mars, sans doute pour pouvoir faire paraître d'autres numéros sans cautionnement.— Le nom du gérant - rédacteur nous dit assez que cette feuille devait être socialiste - révolutionnaire. i(Voyez Ut Bouche dfacier,)

461. — L'argus était un petit journal de théâtres, né en 184*, mort en mai 1848. — Depuis février il s'était avisé , lui aussi , de parler politique. — Gérant : Porcyre. — Rédacteur :

fiaimond Deslandes.

40Î. — BULLBTIK DBS CHEMINS DB FBR BT DB

tk NATiGATioif ; spécimen d'un journal qui doit paraître mensuellement.— Place de la Bourse,12. — Gérants : Panis et Martin.

fj! JLampiim »yani élé suspendu le 31 aoCkl, il reparut le 24, sous le nom de : la Bouche 4^ fer.

Saisi 4e nouveau , il allait reparaître sops le titre de :

403. — PiPEtBT-LUSTUCRU , lorsqu'il fut pour la troisième fois saisi et arrêté sous presse. — Dans ce numéro même il s'annonçait déjà pour le 26, sous le titre de : la Bouche d^ airain , et pour le 27, sous cehii de : la Bouche dC acier, ti|re nui fut pris plus tai*d par M. Alfred Monbrial de Bassignac, démagogue sans talent, et père de la Queue de Robespierre y dont nous venons de parler.

404. -î- La BANQUE DU PEUPLE. — C'cst Un bulletin du citoyen Proudhon , sans date ni signature, ayant pour but de préparer la fondation de la fameuse banque du peuple. — Feuille du 1«' octobre, qui devait reparaître quelquefois.— Rue du Faubourg Saint-Denis, 25.

W5. — L'ApsoNio, repue hebdomadaire des intérêts italiens, — Gérant : H. Marotte ; rédacteur en chef : Léopold Jsoard ; in-8° ; chez Gomon, quai Qlalaquals, 15, et rue T^itbout, 12.

MK}. -r- L'arche d'aluancb; revue eatho^ ligue ^ par David et Marrion. — Depuis févriei» elle a éprouvé , je crois , d'importantes modifications.

407, — La presse pau^sienve. — Catalogue inexact et md fait de to^s les joumai|x publiés h Paris depuis février ; signé Henri Izambard.— il compte 383 feuilles périodiques nouvelles ^ mais dans ce nombre figurent plusieurs anciens journaux, et beaucoup de nouveaux catalogués sous plusieurs chiffres, pour de simples modifi-calions dans les titres. — Nous citerons entre autres la Tribrine^ dont nous donnons les six transformations succes^ves, la France républicaine , la Commune de Paris , comptée trois fois, le Peuple français, etc., e)jc.

408.— La sorcière répurlicaine n'est autre chose que M. Pipelet^ dont nous avons parlé précédemment. Elle a été envoyée par ballots dans plusieurs départements.

409. — Revue pe l'éducation nouvelle , journal des Mères et des Enfants. — Grande galerie des Panoramas, n° 16. — Du 1" novembre. — Rédacteur en chef : Jules Delbruck ^ socialiste phalanstérien , qui écrit quelquefois dans la J)ém/ocr(Uie pacifique,

410. — Revue cohique, à Vusage des gens fcFrtftiâ?. — Rou)evard des Italiens, %. -?- Rédacteur en chef : A. Lireux.— Collaborateurs : Caraguel, T^xjle Delord, N^dar (prpnpppez Féli^

RSVUfi 1MES SOimMASH.

ToixmBfivmh ^m ^- -^ Clfitte r«yue était dé^ vouée qaand même au géoérai Gavaigoe» ; on la disait même subveotieDuée par lui. Ced est d'auta«t plus probable, qu'elle avait fort peu de bon SBDs et point du tout d'esprit , œ qui ne peut s'e&pliquer que par ua viee d*ori§;iae , une cause rédbibijtoire, réelle et sérieuse.

A propos dejoetta reyue, aou9 allons parler de Técole qu'on a uoouoée « ou ne sait trop pourquoi , réqol^ des gens d'esprit.

L^écolô de Ce^i ^t l'école du èm $m9 se touchent par mii^e côtés ^ et cependant elles n'ont rien de comnuin. L'école de l'esprit est dépourvue de bon sens, et l'écolp du bon sans manque coinpléte^ient d'esprit; mais toutes deuf doivent aboutir quelque jour à ie recberobe du bieu'-être , à 1^ question du ventre; et par con-r séquent au socialisme. Toutes deui sont d'une ignorance absolue et systématique ; toutes deux ont la préte^Uiûu de parler politique , philosophie, art, littérature, religion, Sfuis avou* Jamais étudié ces clioses et sans y croire; elles prétendent les discuter d'instinct !

L'école de Ve$frii est plus amu^afite que recela du fum sens ; elle a quelquefois de l'esprit, souvent de l'originalité , toujours du grotesque. Elle compte de nombreux adepte^ , car depuis qu'avoir de l'esprit est devenu une profession, un n^étier, on a appris h devenir bonune d'es? prit.

U y a 1 esprit de mots, l'esprit de sentiments et l'esprit d^ pensées. L'esprit 4e mots c'est celui qui court et après lequel on court depuis Voltaire et Rivarol. I^'esprit de sentiments se trouve chez Molière, Beaumarchais et Jean-Jacr ques. C'est dans Pascal et Montesquieu qu'il faut chercher l'esprit de pensées. Cn ce moment nous ne parlons que de l'esprit ie mots ; U y a plu-r sieurs méthodes de fe rencontrer après un travail de quelques années ou de quelques moifs : 1° L'antithèse ou l'opposition; exemple : Itevue comique à f usage des gens sérieux; conune si le comique s'adressait aux idiots ou aux in-

2° Le paradoxe, qui est toujours l'envers d'une vérité plus ou moins originale ;

5° Le proverbe ou la maxime arrangés d'une manière bizarre;

4° L^ grotesque et les accouplements monstrueux de mots ou d'idées impossibles et contradictoires, etc., ete.

A l'aide de ces procédés on est homme d'esprit, journaliste et représentant du peuple; on

e devant aei une oarrière p«ii(iq9Jue« une posi^tàoUf un s^venir.. On deyieut vol^airien et l'on peut passer sa v|§ ^ n^faire le Chorivoiriy le Dioliofvimrfi philospphigu0 ou Candide.

^ maintenant f<wl ^ mond» a plus d'espni que Yolteire , eommç oo l® répè|te .sans cesse , pourquoi ne nous déUvre^-on pas de Ji'.esprit des gens d'esprit? Gomment se bitr-il qu'en France, un sot, ayant un peu de mémoire, devienne toutr ÏTieoup un bonnne d'gta^? U y a là quelque cbosn^ de ridicule e^d'ineoiupréhensible. Pour ^treun gnfiind honune, il su^t do combiner d'une certaine fiiçon les mots du dictionnaire; estril étonnant , après cela , que nous ayons t^t de héros^ de pixïphètes et de diewL \

Après l'école de Te^prit, 1» p|u3 dangiareuse pour les jeunes gens, c'est l'école du doule. Ne croire à rien , ne rien faire ^ affecter un scepticisme absolu à l'égard des sentiments les plus vrais et les plus naïfs, comme envers les pensées {es plps sérieuses et les idées les plus grandes ; tel ^t % peu près le programme de cette école qui nie tous Les hommns , discute tous les talent^ et fait semblant de mépriser toutes l<^ gloire^ L'école du donsie est la conséquence naturellfs et logique, le prolongement en quelque sorte de l'école du pamdoase^ qui n'est elle-même « (çpmme nous l'qivons dit plu^ haut, qu'une sous^ classe de la grande école de Vespri^.

Ainsi ballottiés entre 1« bon ^ens, }e paradoxe et le doute , j'ai vu les esprits leç plus robustes succomber après un contact de quelques années avec ces différentes écoles. Je n'en sajs qu'un jusqu'à présent qui ^t la force de résister à toutes ces influences cormptrj»ces en se tenant soigneusement à l'écart, c'est M. Cbennevi^re. Les autres se perdent ou se perdront lentement.

Mon but , on doit le voir, en écrivant ceci eat de montrer pourquoi et çoïsvmni le médipcre, le trivial, le commun» s'introduisent fatalement dans la littérature. Nous sommes destinés à n'avoir qu'une géuér^tion d'écrivains de second ordre. C'est un foit qu'il est important de bien constater, ^n de comprendre que si les hommes de talent naissent à toutes les époques, il ne leur est pas toujours possible de se produire. t<'athmosphère qui les entoure , l'air qu'ils refirent, [^ milieu dans lequel ils vivent, les absorbent souvent et les tuent , et j(unais époque n'a pré* &mté ce phénomène 4vec autant de gr^vifé que la nôtre.

Si je passais en revue la plupart des jeunes gens qui cherchent h se proiduire, je pourrais

BULLETIN DE CENSURE

montrer comment Us sont tombés dans la lutte, comment ils ont perdu peu à peu ce qu'ils avaient d'original et de naïf dans le cœur.

Le premier qui se présente c'est Toumachon, lisez Nadar dans la Revue comique. On dit qu'il a eu du talent autrefois. Je ne Fai point connu à cette époque ; mais depuis il est arrivé du paradoxe au doute, du doute au bon sens, et aujourd'hui le voilà socialiste, démocrate rouge ; quelque jour il essayera du roman , comme je veux dire , dans le genre M. Eugène Sue.

M. Théodore de BanviUe a pris au sérieux l'école du paradoxe. Son amour exclusif de la forme l'a poussé à vouloir ressusciter le paganisme, et il ne s'aperçoit pas quMI est chrétien malgré lui , sans le savoir ; il a du talent en vers, mais rarement de l'esprit en prose ; cependant sa grande préoccupation c'est de chercher l'esprit , et dans cette recherche il perd ce qu'il a de vrai , de bon , d'original dans le cœur.

A force de louer dans Champflenry l'esprit qu'il n'a pas , on lui fiiit perdre celui qu'il a , et celui qu'il a vaut infiniment mieux que celui qu'il veut avoir. Ses premières nouvelles ont quelque chose de vrai, de naïf, de sincère, qu'il ne trouve plus aujourd'hui parce que l'école du doute l'a conduit à douter même de son talent et des sentiments purs et vrais qui sont la vie de l'âme.

Murger était poète; maintenant il ne croit plus à rien; cependant il lutte encore contre lui-même et se demande sans cesse s'il sera quelque chose, s'il sera lui, ou s'il se donnera corps et âme àTécole Alfred de Musset, la pire de toutes les écoles, celle qui traîne tout dans le ruisseau.

Pierre Dupont avait fait quelques beaux vers. Le contact de l'école républicaine du non-sens Ta rendu démocrate socialiste. Aujourd'hui, ce n'est plus que le chanteur officiel des banquets révolutionnaires.

Jules de la Madelène avaitécrit quelques jolies choses avant la révolution de février ; mais il était né démocrate, et voilà qu'il s'est jeté à tète perdue dans le socialisme. Qu'est devenu son talent? Où est allée toute cette poésie qu'il avait dans le cœur ?

Charles Baudelaire ou Baudelaire du Fays, ou Pierre Defays, a fait deux volumes de critique sur les salons de 1845 et 1846, une nouvelle, la Fanfarlo, beaucoup de vers et quelquefois de beaux vers ; aujourd'hui nous voyons annoncé, dans VEcho dei Marehûnân de vinit: les

Limbes, pour paraître le 24 février à Paris et à Leipsick. Ce sont sans doute des vers socialistes et par conséquent de mauvais vers. Encore un devenu disciple de Proudhon par trop ou trop peu d'ignorance.

Je pourrais en citer dix autres; mais je ne veux vous parler que de ceux dont vous rencontrerez plus souvent les noms. Tous, depuis quelques mois, semblent avoir perdu la tète, ne plus croire à h littérature et se jeter dans le socialisme, sans voir que le socialisme est la négation absolue de l'art. Tout ceci n'est-il pas bien triste? Que pouvons-nous attendre de l'avenir?

Et moi, qui les aime tous beaucoup plus qu'ils ne s'aiment entre eux, ne dois-je pas leur dire qu'ils se perdent et qu'ils se noient sans espoir? ne dois-je pas signaler aux lecteurs qui veulent étudier la maladie morale de notte époque, les causes qui étouffent le talent dans son principe et transmettent le mal d'une génération à une autre? Je n'ai pas eu d'autre but.

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