‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 32 sur 182 · Hatin. Bibliogr · texte numérisé non relu

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sous LA RESTAURATION

(Jant, on y annonce des préoccupations littéraires qui méritent d'être signalées:* La politique a tout absorbé; elle s'est infiltrée partout ; la littérature n'est plus rien par elle-même, et elle ne s'exploite qu'au profit de la politique... » Ne dirait-on pas une critique anticipée du Conservateur littéraire (18l9) et de la. Minerve (1820)'^ « Je ne prendrai parti, ajoute le rédacteur, ni pour les romantiques ni pour les classiques... Les siècles précédents ont eu de grandes révolutions et dans la religion et dans la politique; qui sait si le tour de la littérature n'est pas enfin venu? » (1)

En tête du premier numéro de la nouvelle série (1820), nous retrouvons les mêmes déclarations: « La liberté de la presse a tué la presse hebdomadaire. Ce serait une prétention trop haute que d'aspirer à réveiller l'attention sur des événements qui ont huit jours de date, surtout lorsque douze journaux, tout chargés de nouvelles et tout palpitants de l'intérêt du moment, font chaque matin explosion au milieu du public... La littérature nous occupera spécialement. Nous voulons la défendre contre les envahissements journaliers de l'aride politique... (2). »

On verrâles Lettres champenoises prendre en effet une situation intermédiaire entre les romantiques et les classiques ; elles formeront comme le centre droit, tandis que le Globe forme le centre gauche. Les citations paraîtront certainement curieuses,et l'on peut affirmer qu'elles seront absolument inédites. Il n'est malheureusement pas toujours possible de mettre les noms sous ces articles. [Quelques-uns sont signés des initiales M. J. et doivent être de Mély-Janin. Un autre (au tome VIII)

i. Lettres cfiampenoises, tome I (1817), p. 8, 19. 2. Id., tome I (nouvelle série, 1820). Prospectus.

est sign6 de Soumet : il est consacré à Vigay. D'autres sont de Saiut-Prosper. D'autres enfin portent la signature A.V. ; serait-ce Alfred de Vigny, qui, à en juger par les articles qui lui sont consacrés et les longues citations de ses œuvres, semble fort bien dans la maison?Gette attribution serait très intéressante, notamment pour un compte rendu des Odes de V.Hugo, au tome IX (1822). N'oublions pas un article sur les Poètes du jour (tomeXIlM823), signé E. Géraud.

Quel est ce Mély-Janin, qui rédige d'abDrd presque à lui seul les Lettres champenoises, et qui en reste jusqu'à la fin un des principaux collaborateurs ? C'était un rédacteur de la Quotidienne, royaliste ultra, auteur de nombreuses odes de circonstance sur les grands événements de la Restauration, — auteur d'une tragédie d'Ores <e qui tombabruyammentà rOdéon,sous la cabale des écoles de droit et de médecine (16 juin 1821), — et d'une comédie historique intitulée Louis XI à Péronne, jouée au Théâtre français le 15 février 1827: cette dernière pièce, assez habilement construite, et dans laquelle on peut voir un des ouvrages précurseurs de Henri III, eut un assez vif succès. Mély-Janin meurt cette même année. — En dehors de ses feuilletons de la Quotidienne et des Lettres champenoises, on lui doit, comme critique, une étude sur La Harpe, imprimée en tête de l'édition Goste.

M. de Féletz (1) était, à cette époque, un des vétérans

1. Charries -Marie, Dorimond de Féletz (1767-1850). Ses articles des Débats sont signés A. (Cf. Le livre du centenaire du Journa,l des Débats, 1889). Il a réuni quelques-unes de ses études critiques dans Mélanges de philosophie, d'histoire et de littérature (Paris, 1828. 5 vol ) et Jugements historiques et littéraires (Paris, 1830, 1 vol.) Sur Féletz, consulter Sou reniVs contemporains de Villemain, t. I, p. 439.

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de la critique. Le Journal des Débats le comptait, depuis 1801, au nombre de ses rédacteurs; et sa collaboration devait ydurer jusque vers 1830. Nommé inspecteur de l'Université en 1820, reçu à l'Académie française en 1826, l'abbé de Féletz est plutôt attaché à la défens^ des traditions qu'intéressé par les nouveautés. Quelle est sa part dans les Lettres champenoises ? Aucun article ne porte sa signature.

Au moment où Michaud (1) collaborait aux Lettres champenoises, il était un des principaux propriétaires et rédacteurs de la Quotidienne, journal qui représente sous la Restauration le royalisme fervent mais indépendant. On sait que Michaud empêcha le ministère Villèle d'acheter la Quotidienne; c'est un caractère. Il est d'ailleurs plutôt journaliste et compilateur érudit, que critique.

Laurenlie (2), également rédacteur de la Quotidienne^ est devenu un de nos plus célèbres publicistes contemporains. Il a dû collaborer à la partie politique des Lettrès champenoises .

Saint-Prosper(3)est encore un royaliste militant, rédacteur de la Gazette de France, du Drapeau blanc, de la Quotidienne. Il a écrit nombre de petits ouvrages de circonstance, quelques-uns dans le ton du pamphlet ;

1. Michaud (A. -F.) (1767-J839). ffjsiojre des croi'sades, 5 vol. ,1811- 1822). Collection des mémoires pour servir à l'histoire de France, 32 vol. (1142-44). Il a fondé avec son frère Gabriel la Biographie Universelle (1" édition en 52 vol. 1810-1828).

2. Laurentie (1793-1876). Quotidienne, Courrier de l'Europe, Union. A publié de nombreux ouvrages d'histoire et de politique, reste un des grands noms du journalisme militant, au même titre que L. Veuillot, dont il n'a cependant ni la violence ni le talent.

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