TOME PREMIER
A PARIS
CHEZ FOUaNÎER, UBRAIRE, RUE MAÇON, N« Vo.
U. DCCG XYlî.
gane du parti doctrinaire. Le /)ro5/)ec<us, très intéressant, a été fort bien analysé par Hatin ; mais il faut compléter ses citations, pour bien montrer quelle pouvait être, à cette date de 1817, la pensée directrice d'une revue au titre presque encyclopédique.
La multiplicité des journaux et des écrits périodiques de tout genre est sans contredit un des traits les plus remarquables de l'état actuel des peuples ; de même que les progrès du commerce et de l'industrie indiquent à la fois et des richesses nouvelles et des besoins nouveaux, de même le nombre et la variété des routes récemment ouvertes au commerce des pensées, annoncent à quel point les esprits sont tourmentés et de la fécondité qui veut produire, et de l'avidité qui veut acquérir. Cet intérêt intellectuel unit maintenant les hommes éclairés de tous les pays ; par là, les nations correspondent et se tiennent, lors même que leurs existences politiques sont diverses et séparées. Peu importe où naît la pensée ; dès qu'elle est née, elle se propage et exerce partout son in- Huence : puissance prodigieuse, qu'on ne peut régler que par elle-même, et à laquelle, en définitif, on est toujours contraint de recourir pour lui demander des remèdes contre les maux qu'elle a produits.
Les événements qui, depuis trente ans, ont agité l'Europe, et surtout la France, ont donné à cette activité générale des esprits un caractère qu'on ne saurait méconnaître ; le besoin des idées sérieuses est aujourd'hui le besoin dominant ; ce n'est plus un simple amusement, c'est une occupation forte et utile que l'intelligence cherche aujourd'hui dans l'étude. Les institutions que la France a reçues de son Roi sont favorables à cette tendance; pour des citoyens appelés à connaître des intérêts de l'Etat, «ne instruction étendue et approfondie est une nécessité comme un devoir.
Cette nécessité embrasse tout le public qui lit et qui pense ; l'importance des discussions dont il est le témoin;
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la part qu'il y prend, par cela seul qu'il les entend et les juge; l'infinie variété de matières qui peuvent en être le sujet ; toutes ces circonstances réunies contribuent à répa ndrelegoût des lectures sérieuses, et à diriger insensiblement les esprits vers un même but.
De même que maintenant les peuples ne sont plus étrangers les uns aux autres, de même les connaissances humaines ne sont plus des études isolées et sans connexion entre elles ; elles se sont unies par leurs progrès : comme une terre dont le défrichement commence, n'offre que quelques espaces cultivés çà et là et à de grandes distances; à mesure que la culture s'étend, les propriétés se rapprochent,et bientôt elles ne sont plus séparées que par d'étroites limites : sunsi, dans le vaste champ de la science, maintenant tous les domaines se touchent, et ceux qui les exploitent s'empruntent mutuellement des lumières et des secours. Toutes ces explications ont un but commun, le perfectionnement moral des homm3s et l'amélioration de leur sort.
Telles sont les considérations qui ont fait naître l'idée de l'ouvrage périodique que nous annonçons. Offrir aux Français un examen impartial des écrits où seront traitées les grandes questions qui intéressent la patrie, et profiter des occasions que nous fournissent ces écrits pour traiter nous-mêmes ces questions, selon nos propres idées ; étendre et fortifier l'union des peuples, en faisant connaître en'. France les productions importantes publiées chez les nations étrangères, quel qu'en soit l'objet ; réunir en un même faisceau toutes les connaissances humaines, n'en exclure aucune, accorder à chacun sa place, et faire sentir par leur rapprochement, qu'elles tendent toutes au même but : tel est le phuides Archives philosophiques, politiques et littéraires.
Les rubriques sont les suivantes: Politique spéciale ; Sciences politiques; Sciences physiques ; Economie politique; Littérature; Variétés; Gazette littéraire. Cette
dernière partie comporte plusieurs subdivisions : la bibliographie (Annales littéraires) y est faite avec autant de soin que de méthode, pour la France et pour l'étranger : titres in extenso, dates, lieux, prix, rien n'y manque. Il y a là de précieux renseignements.
Très peu d'articles sont signés. Sans doute, dans le cercle assez restreint où circulaient les Archives, chacun reconnaissait les idées et le style des auteurs; à distance, cela nous est d'autant plus difficile qu'une parfaite unité de doctrines et de théories donne à tous ces articles un certain air d'uniformité, et que les doctrinaires, un peu comme les jansénistes, n'ont, semble-t-il, aucun style. Ils écrivent, dirait La Bruyère, proprement et ennuyeusement. Cependant, n'est-ce point à Guizot qu'il faut attribuer un compte rendu des Confessions de M™» XXX (1)? il y a là un passage sur le rôle social des femmes au xviii» siècle, qui, s'il n'est pas de M. Guizot est de M'^^ Guizot. J'en dirai autant d'un article publié dans la deuxième livraison, à propos d'un ouvrage de lady Morgan, la France ; on y trouve une très fine discussion rattachée à ce principe : comment les femmes voient et jugent. On aimerait à savoir qui a écrit les notices nécrologiques sur M^^^ de Staël et sur Suard (2). Pour nous en tenir à la littérature, nous aurons à signaler des articles sur la Poésie italienne (3), les Puritains d'Ecosse de W. Scott (4), Ondine (5), Manfred, de Byron (6), Le Lépreux de la cité
1. Archives philosophiques... t. I, n" 1, p. 78 (Cet ouvrage qui porte pour sous-titre, Principes de morale pour se conduire dans le monde, parut en 1817, en 2 vol. -12, avec une préface deSuard).