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L'ESSOR DE LA PRESSE BON MARCHÉ

Nous avons vu précédemment quels étaient les éléments extérieurs qui avaient permis la naissance et les débuts de la presse à bon marché. Nous avons dit un mot des perfectionnements très rapides qui s'étaient produits dans la technique de l’imprimerie et de la typographie au cours de la première moitié du xix° siècle, et nous avons essayé de montrer rapidement l'influence qu'avait pu avoir, à l’époque, sur cette industrie nouvelle, amélioration des voies de communication et la rapidité croissante des moyens de transports.

Maintenant que nous avons esquissé les principales étapes du développement de la presse mondiale depuis le milieu du siècle dernier, nous voudrions faire ressortir les différents facteurs d’ordre général qui se sont trouvés réunis, à partir de cette date, pour favoriser et stimuler ce développement : les perfectionnements extraordinaires de la technique, les progrès de la démocratie, le libéralisme politique, l'extension des affaires et du commerce international.

SECTION I

Les perfectionnements de la technique

Nous avons indiqué plus haut qu’en Grande-Bretagne, en 1847, les machines du « Times » permettaient un tirage de 7.000 exemplaires à l'heure. Les presses à vapeur des journaux américains, tels que le « Sun», atteignaient un débit à peu près identique. Grâce aux améliorations successives. au bout de quelques années, c’est-à-dire peu après 1850, les tirages furent de l’ordre de 20.000 exemplaires à l'heure.

En 1870, un nouveau perfectionnement apparut à Londres et traversa aussitôt Atlantique : c'était ce qu’on appela la Walter Press (1) qui coupait automatiquement le papier en feuilles après l'impression.

Enfin, le nombre de pages tendant toujours à augmenter, et exigeant des machines un rendement toujours plus grand, on vit apparaître la «quadruple Presse »: Hoé dont Pulitzer fit l'acquisition pour le « World > en 1887. Cette machine pouvait imprimer 48.000 exemplaires de 8 pages, ou 24.000 exemplaires de 16 pages, ou encore 12.000 exemplaires de 20 ou 32 pages en une heure.

En 1889, la Hoe Company mit sur le marché une «sextuple press » et en 1891, une « octuple press > dont le tirage heure pouvait être de 24.000 journaux de 32 pages, de 12.000 de 64 pages.

En 1890, avec l'essor des journaux hebdomadaires, l’impression en couleur fit son apparition, tandis que simultanément étaient réalisées les premières expériences de force motrice électrique appliquée aux presses d’imprimere (2). La première « four colors rotary press » fut installée en 1892 à l'atelier du Chicago Inter-Ocean. C'était une machine de la marque Walter Scott and Cy. Immédia-

(1) Læe (A.-M.) : « The Daily Newspaper in America », p. 118. (2) La première application réelle de la force motrice électrique fut faite en Angleterre à la « Birmingham Daily Gazette > en septembre 1891.

Lee 2 » — L'EVOLUTION DE LA PRESSE (ET DE LA PUBLICITÉ 155

tement, la Hoe Cy lança une< multi color rotary press » qui fut acquise par Hearst, en 1895, pour le « New-York Journal »,

Les progrès de la technique dans la composition n'avaient d’ailleurs pas tardé à suivre ceux de l’imprimerie, et, pour la première fois, le 3 janvier 1886, le nouveau système de Linotype qui devait révolutionner la composition, inventé par Ottmar Mergenthaler, de Baltimore,'était mis en service au « New-York Tribune ».

Il ne faut non plus oublier les progrès réalisés dore quelques années dans l'illustration typographique. La photographie constitue maintenant un des principaux moyens d'expression du journal et le chemin parcouru est considérable entre les premières reproductions qui parurent en 1870 dans le & New-York Daily Graphic » et les reportages express assurés aujourd’ hui par la téléphotog raphie (système Belin) (1).

Il faut enfin dire un mot des progrès de la chimie et de la technique en matière de pâtes à papier, ainsi que de la vitesse de la fabrication du papier.

Ce n’est vraiment que de linvention de la première machine ‘àpapier continu que date l’industrie du papier, et ce fut en 1799 que’le Directoire octroya le brevet de cette machine à l’inventeur Robert, employé à cette époque aux moulins à papier d’'Essonnes,

En peu d’années, ces machines se multiplièrent, se perfectionnèrent, supprimant petit à petit la vieille industrie du papier à la cuve. D’année en année, la quantité de papier produite par ces machines alla en augmentant, tandis que la qualité s’améliorait. Déjà, en 1807, J. et S. Fourdrinier et Gamble, en Angleterre, faisaient breveter une nouvelle machine ; en 1809, John Dickson apportait la inachine ronde; en 1826, Canson ajoutait la pompe aspirante aux tables de fabrication, fournissant déjà aux miachines un élément de vitesse et de bonne fabrication,

(1) Aux Etats-Unis, depuis 1931, les reportages photographiques se sont accrus de 40 % (Cahiers de la Presse, n° 3).

tandis que Zuber et Rieder appliquaient le séchage à la vapeur dans leur usine de Rixheim ; ils appliquerent ce système de séchage, vers 1830, en Angleterre, à Dartford, avant que les sécheurs en fonte n’y fussent inventés.

Sans entrer dans des détails techniques qui sortent du cadre de cette étude, nous pouvons citer, à titre d'exemple, à quels perfectionnements est arrivée l’industrie du papier à l’usine de Dalousie de la Canadian International Paper Company (1).

INITESS Center LI ie ES mètre-iminute 425 LATHEUTPEODUEE PT. 2 MP mètre 5,29 POLUS RS TARA LE ATEN gr.-m? 54 Production par 24 heures.. tonnes métr. 163

Production par mètre de largeur et par HEURES RTE Ne PR RER kg. 1.300

Parmi les facteurs d'ordre technique qui ont favorisé l'essor de la presse, il faut encore citer le développement des services postaux et des chemins de fer, ainsi que la naissance du télégraphe qui a permis la naissance des grandes agences de nouvelles.

Nous nous attarderons un peu sur ce dernier point qui a pris, à l'heure actuelle, une si grande importance.

Un Portugais d’origine, sans fortune, établi à Nantes depuis le début du xix° siècle, avait mis à profit ses qualités de polvglotte en ouvrant en 1825, à Paris, un office de traduction dénommé Bureau de Politique. I s’efforça de diffuser en France des nouvelles de l'étranger. Au bout de dix ans, il sut installer dans les principales villes de France et d'Europe des correspondants dignes de le seconder et, en 1835, la Correspondance Havas desservait non seulement tous les grands journaux, mais des hommes politiques et des diplomates importants se référaient à elle. Il avait

(1) Pour le détail des produits chimiques employés pour la pâte, le mélange et le dosage, les perfectionnements techniques des machines, voir Le Papier, 15 avril 1938, p. 309-319: « Epwarp (A.-J.) & Davin- SON (G.-D.) : « Fabrication du papier journal à grande vitesse ».

employé les pigeons voyageurs, puis le télégraphe, recevant des nouvelles, les transmettant en province. Lorsqu'il mourut, en 1850, son fils, Auguste Havas, se trouva en tête d'une affaire bien au point et qui prospérait.

En 1865, Auguste Havas s’associait avec Mathieu Laffitte () et, en 1871, la télégraphie ayant fait de grands progrès, il se fit installer pour la première fois un « fil spécial » (2).

Les «fils spéciaux» se multiplièrent (3) et, dès 1877, le service téléphonique commença à être employé sur une grande échelle ; à partir de 1896, vinrent les premières applications de la télégraphie sans fil, et, à partir de 1906, celles de la téléphonie sans fil. Inutile de rappeler les résultats prodigieux auxquels on est actuellement arrivé dans ces deux domaines.

En Allemagne, un nommé Paul-Julius Reuter avait fondé à Auchen, en 1847, une petite entreprise de nouvelles. Il vint à Paris, fut un des collaborateurs de Havas et, en 1851, alla s'établir à Londres. En 1858, son affaire ayant prospéré, il la transforma en Société et conclut des accords particuliers avec l’agence Havas, avec le Wolff Telegraphics Buro de Berlin, et d’autres agences à caractère semi-officiel (4).

A l’heure actuelle, les principales agences britanniques de renseignements sont Reuler, la Presse Association, PExchange Telegraph Co et la Central News.

Ces agences ont, non plus seulement un correspondant par pays, mais un correspondant -— et même quelquefois deux — par ville importante.

Aux Etats-Unis, la concentration des nouvelles avait été

(1) Qui avait été son concurrent en fondant le Bulletin de Paris. En 1871, Havas fusionna avec l’Agence Bullier, qui était une agence de publicité.

(2) Il s’en servit la première fois pour l’Assemblée Nationale.

(3) L'Agence Havas possède actuellement 6.000 kms de lignes télégraphiques. Elle à 54 succursales en province et 14 à l’étranger.

(4) Actuellement l’Agence Reuter a des contrats d’échange d’informations avec la D.N.B. (Allemagne), Havas (France), Stefani (Italie), Tass (U.R.S.S.), Domei (Japon).

de très bonne heure considérée comme un élément de première nécessité pour la presse.

La loi postale du 2 juillet 1836 donnait au Postmaster General le pouvoir « d'établir un courrier express en addition au courrier ordinaire, sur toutes les routes des Etats, mais en vue de porter des nouvelles dans tous les lieux de concentration des informations », C’est ce qu'on appelait le « Pony Express ». Mais lorsqu'un navire arrivait à Boston ou dans tout autre port avec des nouvelles de Ancien Monde, des pigeons voyageurs bien dressés partaient dans toutes les directions avec les nouvelles les plus importantes. Cela n’empêchait pas la « pony express >» d’emporter, dans les délais les plus rapides, tous les détails obtenus des voyageurs. Avec la navigation à vapeur, multipliant les arrivées de navires, « un véritable marché aux nouvelles se forma dans les ports». En 1838, ceci permit à Gordon Bennett d’inaugurer dans le «Herald > la « correspondance de l’étranger >. Les progrès techniques du télégraphe, entre 1830 et 1850, permirent enfin sa premitie utilisation dans les grands journaux américains.

Le 27 mai 1844, le « Madisonian >», journal de Washington, publiait pour la première fois l'information suivante :

Nouvelles reçues par télégraphe :

& À 11 h. 44, la Convention de Maryland, réunie dans le « but de nommer un gouverneur, a élu M. Michael comme « président, qui prononça un discours à la Convention. Il « a été suivi par M. Preston, et la discussion continue pen- « dant que notre journal est sous presse.

L'emploi du télégraphe s’étendit rapidement et, en 1845, ies journaux de Chicago pouvaient publier les nouvelles les plus récentes deux heures avant l’arrivée des journaux de New-York:

En 1852, il existait aux Etats-Unis un réseau télégraphique d’une extension de 16.735 mille ; en 1860, ce réseau atteignait 50.000 mille, avec 1.400 postes d'émission ou de réception. Après la guerre de Sécession, et la « Reconstruction » en 1880, le réseau atteignait 110.727 mille. :

En 1827, s’était formée à New-York, l’Associated of Morning Papers. Deux ans après les premières applications du télégraphe, en 1846, Alexandre Jones devint membre d’une < association de trois ou quatre reporters chargés d’en employer d’autres, dans des localités importantes afin de recevoir et de faire suivre les informations à la presse ». De Ià, naquit la «New-York Associated Press» qui, par suite d’une « entente cordiale » (1) devait fournir les nouvelles aussi

bien au vénérable « Journal of Commerce » qu’au jeune « Herald >».

Par la suite, le « Sun », et la « Tribune », le « Public Ledger » de Philadelphie, le « Baltimore Sun » et le « Charleston Courier » se joignirent au « Journal of Commerce » et à l’« Herald > dans cette grande entreprise (2).

Alexandre Jones a fort bien défini le fonctionnement et les buts de cette association.

« Nous (3) recevons et distribuons les nouvelles, payant tout le monde et supportant les dépenses nécessaires pour conduire à bien notre affaire, Nous avons des correspondants dans les principales villes des Etats-Unis et du Canada ; losrque nous recevons les nouvelles, nous les rédigeons en tout en 10 exemplaires, les uns allant à la presse de New-York, les autres dans les grandes villes.

« Pour les débats du Congrès, nous avons deux correspondants à Washington, un près la Chambre des Représen- {ants, un près le Sénat et les informations sont envoyées par deux lignes différentes, une pour le Sénat et une pour la Chambre. »

Dix ans plus tard, la New-York Associated Press fusionnait avec la Harbor News Association et le 21 octobre 1856, les deux Sociétés pensaient le nom général de New Association of the City of New-York, mais en 1892, à la suite

(1) Mots cités en français dans Lee, « The Duily Newspaper in America », p. 496.

(2) « Journalism in United States », 1873, p. 477.

(3) « Historical Sketch of the Electric T'elegraph », 1852, p. 136-137.

d’une nouvelle transformation, elle reprit son titre d’Associated Press.

En 1900, l’Associated Press de New-York comprenait

700 membres adhérents et communiquait les nouvelles à 2.300 quotidiens (1).

Ce système fit école. En 1907, E.-W. Scripps faisait fusionner plusieurs agences et formait la United Press Association, qui ne devait s’occuper de recueillir les nouvelles que pour les quotidiens de laprès-midi et les hebdomadaires du dimanche (2).

A ce moment, M. H.-R. Hearst, qui gouvernait déjà avec une autorité incontestable sa « newspapers chain » (3), mit au point une nouvelle organisation pour recueillir les nouvelles le « plus rapidement du monde ».

En mai 1909, il monte une agence, l'American News Service. En 1910, après quelques modifications, Mr Hearst avait établi l’International News Service pour les renseignements à distribuer à la presse du matin et la National News Association pour la presse du soir. En 1911, les deux agences fusionnèrent et elles furent placées sous le contrôle d’une troisième, l’Universal Service qui devait s’occuper des jourpaux du matin tandis que l'International News Service, quoique dépendant de la première, s’occupait de la distribution des nouvelles aux journaux du soir (4). En 1918, fut inauguré un nouveau service qui consistait à fournir à la presse des nouvelles toutes rédigées accompagnées même

(1) Dont 50 avaient leur siège au Canada, au Mexique, à Cuba et à Porto-Rico.

(2) En 1897, les « Cripps gencies » donnaient les nouvelles à 150 journaux la « United Press Association » les donnait à 247 quotidiens du soir et hebdomadaires du dimanche, en 1907, à 300 en 1912, 780 en 1920, 1100 en 1926, et 1.200 pour la moyenne 1933-1936.

(3) Voir ante, p. 163 et suivantes.

(4) Une lutte judiciaire sans précédent devait s'ouvrir entre le

« Groupe Hearst » et l « Associated Presse.» Arrêt fut rendu par la Cour Suprême en 1918.

de reportages photographiques (1). Ce fut le King features Syndicate. En 1934, ce trust de nouvelles « confectionnées » devait devenir intégrante du groupe Hearst.

En 1917, les journaux publiant les nouvelles données par le groupe Hearst étaient au nombre de 400 ; de 600 en 1930 et de 900 en 1936 (2). Le « miléage » de fils télégraphiques employés était de 24.500 mille en 1918, 26.000 en 1919, 60.000 en 1936. Les frais d'exploitation passèrent de 2 millions de $ en 1917 à 2.500 mille en 1930 (3).

SECTION II

Les progrès de la Démocratie et le Libéralisme Politique

Nous venons de voir que toutes les découvertes de la science s'étaient trouvées mises au service de la presse. Celle-ci ne put cependant s'épanouir et porter ses fruits que dans un certain climat démocratique et grâce à un certain esprit de libéralisme politique.

La démocratie, en permettant à tous de s’instruire et en abrogeant les impôts spéciaux qui pesaient sur la presse, devait en faciliter l'expansion. Le libéralisme politique, qui se manifestera par ce que l’on a appelé la liberté de la presse, devait, lui, aussi, être un facteur essentiellement favorable.

Le principe de la gratuité absolue de l’enseignement en France avait déjà été pratiqué sous l’ancien régime par PEglise catholique. La Première République lavait proclamé d’une façon formelle. La loi de 1802 consacre le principe en ces termes : « Les conseils municipaux exempteront

(1) « Feature Syndicates ». En 1938, il existait plus de 1.300 « Feature Syndicates » (« 1939 International Year-Book, Number », p. 154-164). Notons que le plus ancien date de 1896, qu’en 1920 il n’en existait encore que 62 (Cahiers de la Presse n° 3).

(2) Tous les chiffres iei donnés sont pris dans Lee, «The Daily Newspaper in America », p.539.

(3) Parmi les agences, il convient de citer l« Associated Negro Press », la « Federated Press » (à tendance socialiste), la « Jewish Télegraphic agencies », toutes fondées en 1919.

de la rétribution ceux des parents qui seront hors d’état de payer» (1) sans toutefois excéder 1/5° des enfants reçus dans les écoles primaires. La loi de 1833 accorde la gratuité absolue à tous ceux qui sont nécessiteux, sans limite. La loi de 1850 apporta à nouveau cette limite, qui devait être abrogée définitivement par la loi de 1867. Enfin la loi du 16 juin 1881 instaura l’enseignement gratuit dans toutes les écoles publiques et la loi du 28 mars 1882 l’enseignement obligatoire libre et neutre dans les établissements d’enseignement primaire de l'Etat. Remarquons que la gratuité de l’enseignement a ainsi correspondu en France à l'âge d’or de la presse.

En Grande-Bretagne, ainsi que nous l’avons déjà vu (2), une loi du 7 avril 1870 avait été votée dans le même sens. Elle était conçue de manière à donner satisfaction à ceux qui désiraient qu'aucun enfant ne soit privé d’irstruction

En vertu de cette loi, les paroisses étaient constituées en districts scolaires (school districts) ; un conseil local électif (school board) était établi dans chaque district. Dans les villes, les membres de ce bureau étaient nommés par le conseil municipal, et dans les paroisses par l’assemblée des chefs de la paroisse ou marguilliers. Le département de l'instruction publique pouvait réunir plusieurs paroisses pour en faire un seul district scolaire; il pouvait aussi faire contribuer un district au budget d’un autre district. Les fonds nécessaires à l'entretien des écoles étaient mis à la disposition des bureaux. En cas d’insuffisance, le Parlement accordait une subvention qui devait porter la rétribution à 10 shillings par enfant.

() Art 2.

(2) Voir supra, p. 117 et 126.

(3) Un rapport parlementaire, le rapport Foster, signalait « qu’à Liverpool, par exemple, sur 80.000 enfants de 5 à 12 ans, 20.000 ne fréquentaient aucune école et 20.000 autres étaient envoyés à’ une école où ils recevaient un enseignement qu’il vaudrait mieux ne pas recevoir: »

Le bureau était, comme on le voit, une société dont les membres formaient une corporation, se succédant perpétuellement, ayant un sceau commun et jouissant du pouvoir d'acquérir des terres et d’en consacrer le produit aux écoles.

Les bureaux des écoles avaient le pouvoir de déterminer quelle espèce d'instruction religieuse devrait être donnée dans les écoles dont l’administration leur était confiée.

La nouvelle législation (1) laissait aux bureaux des écoles la faculté d'imposer ou non l'obligation de l'instruction. Un grand nombre de bourgs, de paroisses rurales, l’adoptèrent. Ce fut grâce à cette loi que se forma en Angleterre une petite bourgeoisie qui, sans être instruite au sens large du mot, demandait à être éclairée par la presse. Ce fut aussi, nous l’avons signalé, de cette « lower middle class » que sortirent deux des plus grands journalistes du dernier quart du xix° siècle et du début du xx‘ siècle : les frères Harmsworth qui devaient devenir respectivement Lord Northcliffe et Lord Rothermere.

Aux Etats-Unis, le principe de la gratuité de l’enseignement primaire a toujours été reconnu. Les lois de 1785 et 1786 ont décidé que la trente-sixième partie des terres publiques appartiendrait aux écoles. Dans les états intégrés après 1848, c’est la dix-huitième partie des terres (2) qui revient au fond scolaire, sans compter les donations particulières si nombreuses aux Etats-Unis. Il n’y a pas à proprement parler d'enseignement sous le contrôle fédéral, bien qu’en 1870 il ait été créé un National Board of Educa- {ton,.

Aux différentes divisions territoriales correspondent des centres d'éducation particuliers: a) Le Stade Board of Edu-

(1) Cette loi ne fut modifiée qu’en 1936 (« Hadow Scheme Education Act ‘1936 »), par laquelle il est créé des « Senior Schools » pour les enfants de 11 à 15 ans. Notons encore un grand mouvement pour l’école unique. Voir « The Economist », 7 janvier 1939, p. 2-3, « Secondary Education for all ».

(2) Toutes ces terres sont inaliénables.

cation (1) ; b) le County Coard of Education ; c) le City Board of Education, et d) le SchoolBoard.

Mais si le principe de lPéducation primaire gratuite est né de l'indépendance des Etats-Unis, l'instruction obligaloire fut plus difficile à instaurer, principalement dans Île Sud, où il y avait quelqu’intérêt à ce que les populations de couleur restassent illettrées. D’autre part, la question de l'immigration soulevait certaines difficultés nées de la politique d’adaptation. Quoi qu’il en soit, l'instruction obligatoire a toujours dépendu de la législation des Etats et en 1880, 15 Etats seulement avaient fait le nécessaire.

A l’heure actuelle, l'instruction est obligatoire dans tous les Etats de l’Union et rien ne pourrait, mieux que des chiffres, nous donner une idée de l'influence de la fréquentation scolaire sur l’accroissement de la clientèle des journaux (2).

% % Abonnés à des de la fréquentation

quotidiens scolaire

Mieux que tous ces commentaires, ces chiffres illustrent ia corrélation existant entre l'instruction populaire et l’évolution de la presse. |

(1) a) Le Bureau d'Etat, b) le Bureau de Comté, c) le Bureau Municipal, d) le Bureau dans le Townships (grandes communes rurales).

(2) Tous les chiffres sont pris dans LEE (op. eit. p. 729-730). Le chiffre des abonnés aux journaux comprend le pourcentage des abonnés aux quotidiens du matin et du soir âgés de 10 ans et plus d’après les chiffres de recensement décennal. Les chiffres concernant la fréquentation scolaire comprennent les enfants de 5 à 17 ans inscrits soit dans les écoles primaires, soit dans les écoles secondaires, d’après les chiffres du département de l’Intérieur.

Par ailleurs, ainsi que nous l’avons déjà dit plus haut, la démocratie a beaucoup fait pour la presse en libérant les journaux des taxes spéciales qui pesaient sur eux.

En France, à ce sujet, deux points devront être examinés: le cautionnement et le droit de timbre.

La loi du 9 juin 1819 avait institué le cautionnement. M. de Bonald, dans un débat parlementaire, avait exposé « qu'une forte amende infligée au journaliste et payable sur un cautionnement déposé d'avance, une suspension d’au moins trois mois ou une suppression irrévocable et dont il ne pourrait éluder l'effet préviendraient plus efficacement les délits des journaux qu’une censure obscure. » Mais cette loi n'avait soumis au cautionnement que les journaux ou écrits périodiques consacrés en tout ou en partie aux nouvelles ou matières politiques (1).

La loi du 18 juillet 1828, comme celle du 9 juin 1829, exigeait un cautionnement préalable et étendait cette mesure à tous les écrits périodiques paraissant plus d’une fois par mois. Les lois du 14 décembre 1830 et du 8 avril 1831 abaissèrent notablement le chiffre du cautionnement. Mais la loi du 9 septembre 1835, votée à la suite de l’attentat Fieshi, modifia les cautionnements dans un sens peu favorable.

Pour les départements de la Seine, de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne, il variait entre 25.000 et 100.000 francs suivant la périodicité du journal. Chaque gérant responsable devait posséder, en son propre nom, un tiers du cautionnement.

Les décrets des 6-8 mars 1848 abrogèrent la loi du 9 septembre 1835, mais le décret du 9 août 1848 rétablit un cautionnement (2) dont le taux était abaïssé.

La loi du 16 juillet 1850, malgré la gravité du régime donné à la presse, ne changea rien au taux du cautionne-

(1) Le cautionnement était fixé à 10.000 fr. de rentes pour les quotidiens et 3.000 fr. pour les journaux et revues paraissant à termes moins rapprochés pour les départements de la Seine, la Seme-et-Oise et la Seine-et-Marne.

(2) 1.800 à 18.000 fr.

ment, mais le décret du 17 février 1852 le porta à 50.000 fr. pour les journaux des départements. de la Seine, de la Seine-et-Oise, de la Seine-et-Marne et du Rhône, paraissant plus de trois fois par semaine.

La III République, à peine née, abrogea le cautionnement (décret du 5 septembre 1870), mais les lois du 6 juillet et 4 septembre 1871 le rétablirent. Enfin, la loi du 29 juillet 1881 a supprimé définitivement lobligation de déposer préalablement un cautionnement. Quant au droit de timbre, il n’existait pas en France sous l’ancien régime, mais, par un étrange paradoxe, cette idée d’un droit de timbre sur les journaux se trouva évoquée plusieurs fois aux Assemblées révolutionnaires. Elle fut toujours repoussée pour cette raison essentielle qu’il importait de ne pas mettre d’entraves à la circulation des nouvelles (1). Ce fut cependant la loi du 9 vendémiairé an VI qui assujettit les journaux au timbre dans un but purement fiscal (2). Un arrêté du 3 brumaire suivant décida qu'ils ne pourraient plus être imprimés que sur du papier timbré avant Pimpression.

La loi de l'An VI avait fixé le droit de timbre à 5 centimes par feuille de 24 centimètres sur 38 Une loi du 14 décembre 1830 le fixe à 6 centimes par feuille de 30 décimetres carrés et au-dessus ; celle de 1850 à 5 centimes par feuille de 72 centimètres carrés et au-dessus, Le décret de 1852 avait adopté pour base cette dernière dimension, mais avait élevé le droit à 6 centimes. La loi de 1868 la réduisit à 5 centimes partout ailleurs. Les décrets des 5 septembre et 10 octobre 1870 supprimèrent l’impôt du timbre sur les journaux, mais l’article 7 de la loi du 4 septembre 1871 le remplaça par une taxe sur le papier employé à l’impression des journaux (3).

(1) On fit valoir également que les journaux rapportaient au Trésor par les droits qu’ils payaient à la poste.

(2) Loi relative aux fonds nécessaires pour les dépenses générales.

(3) La taxe était la suivante : 10 fr. les 100 kgs sur le papier à imprimer plus une surtaxe de 20 fr. par 100 kgs sur le papier employé à l'impression des journaux.

La loi de 1881, comme nous l’avons déjà signalé, a supprimé le cautionnement, Par suite, la surtaxe sur le papier a été considérée davantage comme une mesure fiscale que comme un acte de répression. « Toutefois, comme le papier des journaux soumis au cautionnement était seul passible de la surtaxe, on a admis que la suppression du cautionnement entrainait l'abolition implicite de cette surtaxe (1).

On peut dire que c’est en grande partie aux dispositions bienveillantes de la loi de 1881 que la presse doit d’avoir acquis en France, pendant la fin du xix’ siècle et le début du xx* siècle, le développement considérable qu’elle a aujourd’hui. En effet, le nombre des journaux parisiens politiques et divers passa successivement de 900 en 1880 à 1.500 en 1883, à 1.800 en 1889, à 1.880 en 1898 et à 2.753 en 1910. La presse départementale passa de 3.670 journaux en 1889 à 4.370 en 1898, et à 4.847 en 1910. Enfin, le total de tous ies journaux francais, comprenant Paris, les dépariements, l'Algérie et les colonies s’éleva de 5.470 en 1889, à 6.250 en 1898, et à 7.600 en 1910.

En Angleterere, le timbre fut imposé aux journaux plus de 80 ans avant que cette mesure ne fut prise en France. Nous avons déjà signalé à maintes reprises le violent antagonisme qui existait au xvur siècle entre le Parlement et la presse. En 1712, quelques membres de la Commission du budget s’avisèrent que «le moyen le plus efficace de supprimer les libelles serait de mettre un impôt très lourd sur tous les journaux et toutes les brochures ». La proposition fut accueillie avec acclamation par la Chambre des Communes, et le Gouvernement Tory put ainsi imposer, non seulement le journal, mais encore les annonces (2).

Ceci eut pour résultat que chaque feuille devait être tim- }

(1) Le Porrevix : Traité de la Presse, t. I, p. 66.

(2) 1/2 d. à 2 d. par feuille, et 1 s, par annonce. Il est bon de noter que le timbre faisait office de droit de poste, conférant ainsi aux journaux le droit de circuler gratuitement pendant 15 jours.

brée séparément, ce qui fit ainsi reculer d’un certain temps l'emploi de la Rotary Press.

En 1818, comme nous l’avons vu, la taxe fut de 4 d. par journal. Le résultat fut le suivant: un million de journaux seulement étaient vendus par semaine, ce qui faisait une moyenne de un journal par 28 habitants (1). Il n’y avait en Grande-Bretagne que trois quotidiens, tous édités à Londres.

Après le Reform Bill, il y eut une réduction graduelle des taxes sur le « knowledge ». L’impôt sur les journaux fut réduit à 1 d. en 1833 et aboli en 1855. La taxe sur les annonces et sur le papier disparurent respectivement en 1853 et en 1861.

Notons cependant que le principe de la liberté de la presse avait été de bonne heure, en Grande Bretagne, reconnu par tous. Déjà, en 1769, Sir William Blackstone, dans ses fameux commentaires, déclarait : « La liberté de la presse est en vérité un facteur essentiel à la nature d’un Etat libre. Elle consiste à ne pas établir de restrictions préalables sur les publications, mais non dans une liberté d'action à l’égard de la censure lorsque des propos criminels sont publiés ».

Ce principe fut reconnu par la Constitution de 1688 à rang égal avec la liberté de pensée et la liberté de réunion, à condition, naturellement, de ne pas enfreindre la loi, ni d’aller au delà de la liberté et de la dignité d’autrui. Depuis 1895, il n’y a pas eu de censure officielle pour la presse anglaise, sauf pendant la guerre.

Aux Etats-Unis, nous ne trouvons l'impôt du timbre que pendant la « période coloniale » et encore sous une forme

(1) C'était l’« Observer » qui arrivait en tête avee une moyenne de 15.000 exemplaires chaque dimanche.

très modérée ; pendant la guerre de Sept Ans (1), le Massachussetts et l'Etat de New-York imposèrent un impôt de 1/2 d. par feuille imprimée, mais les imprimeurs le combattirent avec violence. Cependant, le Gouvernement de sa Majesté imposait aux Colonies le British Stamp Act de 1765, semblable au Stamp Act de 1712 de la Métropole. Cette loi imposait un droit de timbre de 1/2 d. à 2 d. par seuille imprimée suivant sa grandeur et un droit de 2 schillings par annonce. La loi doublait les droits lorsque le journal était édité en langue étrangère. Le « Pensylvania Journal» entreprit une campagne contre ces mesures et la loi fut rapidement abrogée (2).

En ce qui concerne le principe même de la liberté de la presse (3), les auteurs de la Constitution des Etats-Unis n’en avaient fait aucune mention, mais par contre, le premier amendement (4 était ainsi rédigé : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche létablissement ou prohibe le libre exercice d’une religion, ou porte atteinte à la liberté de la parole ou de la presse, ou du droit qu’a le peuple de se réunir pacifiquement et d’adresser des pétitions au gouvernement pour redressement de griefs ». La seule loi aui fut votée à l’encontre de cet amendement fut le Sedition Act de 1796, par lequel « toute personne qui écrirait, imprimerait, proclamerait des écrits faux ou scandaleux contre le Gouvernement, les Représentants ou le Président des Etats- Unis avec l'intention de diffamer serait punie ». Immédiatement, deux des treize Etats, la Virginie et le Kentucky menacèrent de se séparer de l’Union, et la loi ne fut pas appliquée.

(1) Pour les Américains, « The French and Indian War ».

(2) En 1932, un projet d'impôt sur le papier journal (Newsprint) fut élaboré, mais la presse entière s’éleva contre lui et obtint qu'il ne fut pas voté.

(3) Pendant la période coloniale, 1l y eut certaines mesures assimilables à la législation britannique.

(4) La Constitution est du 17 septembre 1787, le premier amendement est en date du 25 septembre 1789.

C’est grâce à ce régime libéral (1) que la presse américaine put se développer d’une manière aussi intense pendant le xix* siècle. Les feuilles quotidiennes (2) qui étaient de 27 en 1810, passèrent à 138 en 1840, 254 en 1850, 387 en 1860, 574 en 1870, 968 en 1880, et enfin à 2.600 en 1910.

SECTION III

L'extension des affaires el du commerce international

Comme corrolaire à ce libéralisme politique, il nous faut également étudier le libéralisme économique qui permit, avec le développement du machinisme qui a accru la production industrielle et le développement des transports qui en a permis une plus rapide distribution, un grand mouvement d'expansion du commerce international.

Le développement de la presse à partir du milieu du xIX° siècle n’a pas seulement coïncidé avec les progrès des idées démocratiques et des principes libéraux, comme nous venons de le voir, mais encore avec une extension considérable des affaires dans le domaine national et des relations commerciales de pays à pays. Celles-ci, en multipliant les prises de contact entre gens de races et de langues différentes, ont amené des échanges d'idées générateurs d'intérêts nouveaux pour les lecteurs de la grande presse.

Au cours de l’époque qui nous intéresse et en ce qui concerne l’Europe occidentale, le traité de commerce de 1860 entre la Grande-Bretagne et la France marque une

(1) Naturellement il existe aux Etats-Unis toute une jurisprudence ayant trait à la limitation de la liberté de la presse lorsqu'elle port: atteinte au droit d'autrui. Pour les détails, prière de se rapporter aux « Annals of American Academy of Political and Social Science », novembre 1938, p. 60-75, Johnson (G.-W.): « Freeddon of the Nexwspaper Press ».

(2) D’après les chiffres des recensements décennaux.

élape importante (1). Il est bien évident que le libéralisme économique n’est pas né de cette date. Le xvur: siècle, avec les Physiocrates, en avait déjà fait l’apologie et dans les premières années du xix siècle, Jean-Baptiste Say décrivait avec une force d’argumentation qui ne laissait pas de place au doute, l'influence des débouchés sur la prospérité des peuples. Il faisait ressortir qu'avec la civilisation, la division des occupations et des fonctions, les choses n’avaient de valeur qu’autant que nous trouvions à les échanger et que l’accroissement de la richesse était, par suite, subordonné à l’extension des débouchés comme l'effet est lié à la cause.

Mais le manque d'adaptation aux progrès trop rapides de la technique, les révolutions et les changements de régimes successifs, des crises cycliques répétées et la naïssance d’un chômage industriel des plus inquiétants firent que, pendant le second quart du xix° siècle, les industriels réclamèrent énergiquement la protection douanière.

Cependant, en 1850, Sainte-Beuve avait soumis au vole du corps législatif une proposition qui devait avoir pour effet « de supprimer les prohibitions, les privilèges de pavillons et les droits protecteurs sur les substances alimentaires et les matières premières ».

Cette proposition fut repoussée, mais le Gouvernement la renouyela à peu près dans les mêmes termes en 1856. Il dut la retirer, mais en déclarant toutefois «que la réforme était ajournée jusqu’en 1860 ».

Par ailleurs, l'Angleterre, depuis Cromwell, avait protégé sa marine et fermé ses ports aux navires et produits étrangers, en étendant sa domination sur les mers afin de trouver dans ses colonies des débouchés pour ses produits manufacturés. Au nombre des produits protégés par la législation anglaise, se trouvaient en tout premier lieu les céréales. Le 16 mai 1816, la loi sur les céréales était abro-

(1) Nous verrons que pour les Etats-Unis ec traité n’a nullement la même signification que pour la France et la Grande-Bretagne.

gée (1). C’était la clef de voûte de la politique commerciale de l’Angleterre qui s’effondrait. Par cette brèche passèrent successivement, de 1846 à 1850, toutes les réformes dues à la nouvelle tendance du libéralisme économique: abolition des prohibitions, liberté de pavillons, émancipation des colonies.

Mais la liberté commerciale comporte avec elle un principe de propagande. Pour que l’Angleterre püût acheter aux autres pays les céréales et autres produits aui lui manquaient, il fallait bien qu’elle leur vendit par ailleurs les produits de son industrie, car les produits se paient et ne peuvent être payés qu'avec d’autres produits. C’est la raison pour laquelle Cobden se décida à venir en France; c’est la raison pour laquelle également un traité de commerce fut signé le 28 janvier 1860 entre la France et l'Angleterre. Cet accroissement des échanges (2) fut pour la presse un énorme stimulant tant dans le domaine de l'expansion de la pensée, que dans celui des affaires et par conséquent de la publicité.

Et pourtant, à cette même époque, les évènements extérieurs n'étaient guère encourageants. Les Etats-Unis qui, depuis 1837, pratiquaient une politique douanière relativement libérale, fermaient leur porte en raison de la crise intérieure qui venait de s’ouvrir avec la guerre de Sécession. L'Europe voyait ainsi se fermer les débouchés offerts à ses produits dans un centre extrêmement important

Malgré la politique protectionniste de l'Amérique qui ne devait souffrir aucune solution de continuité, de 1861 à 1934, l'accroissement des débouchés intérieurs aux Etats- Unis par suite de la cémentation de l’Union à partir de 1865 et la politique libérale de la France et de la Grande- Bretagne, permirent cependant, jusqu’à la Grande-

(1) Dans la presse anglaise, seul le « Times » fit campagne en faveur de son maintien.

(2) Sur un espace de 13 ans, sans comptér les années tragiques 1870-71, les échanges franco-britanniques s’accrurent de 74 % (chiffres vfficiels britanniques et français).

Guerre (1) une expansion du commerce extérieur simultanée pour les trois démocraties ainsi qu’en témoignent les tableaux ci-après:

FRANCE

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