Histoire de la Rettauratton, par M. Lubis. Six voluni
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belle*, Lamartine* enfin, avaient successivement publié, sur cette époque de notre histoire, d'importants ouvrages. Le dernier paru, celui de Lamartine, était particulière ment remarquable. Et cependant, même après Lamartine, rbistoire delà Restauration, l'histoire définitive et en dernier ressort, si je puis ainsi parler, était encore à faire.
Cette histoire définitive, le moment semblait venu de nous la donner*. Pour apprécier une époque, comme pour juger un paysage, il faut être placé à une certaine distance ; sans cela, les détails vous gênent et vous empêchent de saisir l'ensemble ; les lignes de la perspective se croisent et se confondent, et votre œil est trompé sur la proportion des objets. Ni trop près, ni trop loin : voilà, de toutes les situations, la meilleure pour Thistorien. Trop de proximité le fait participer aux passions, aux intérêts, aux préjugés, aux entraînements du temps; au lieu d'être juge, il est partie au procès. Trop d'éloignement lui fait voir les choses d'une manière confuse, indéterminée; les couleurs s'effacent dans ce lointain ; les lignes deviennent elles-mêmes indécises, et Tesprit de système prend sou-
1. Histoire des deux Restaurations jusqu*à Vavènement de Louis- Philippe, par Achille de Vaulabelle. Huit volumes in-8« (1844- 1854).
2. Histoire de la Restauration» par Alphonse de Lamartine. Hait volumes in-8«. (1851-1853).
3. En même temps qu'Alfred Nettement, M. Louis de Viel-Castel entreprenait d'écrire l'histoire de la Restauration. Son ouvrage ne forme pas moins de vingt volumes, qui ont paru de i960 à 1878. — De son côté, M. Duvergier de Hauranne a publié, de 1857 à 1873, une Histoire du gouvernement parlementaire en France (10 volumes in-8*), qui n'est en réalité qu'une histoire de la Restauration écrite à un point de vue un peu spécial.
vent la place de l'esprit d'observation. Au lieu de raconter une époque, Thistorien l'imagine.
En 1860, trente ans après la chute des Bourbons de la branche aînée, on n'était ni trop près ni trop loin des événements. Restait à trouver l'historien qui remplirait les conditions nécessaires pour mener à bien une aussi lourde entreprise. Il fallait un écrivain qui, trop jeune pour avoir pris la moindre part aux événements» aurait été pourtant» à cette époque, assez âgé pour ressentir déjà quelquesunes de ces émotions qui passent plus tard de l'âme de l'enfant et du jeune homme dans le style de l'historien ; — qui aurait eu avec les hommes qui avaient dirigé les affaires de 1814 à 1830, ou avec leurs familles, des relations assez intimes pour pouvoir obtenir la communication de leurs papiers et de leurs correspondances politiques ; — qui voudrait et qui saurait dire la vérité sur tout et à tous, même à ses amis ; qui serait impartial sans être indifférent ; qui aimerait passionnément la liberté, le droit et la justice ; — qui, en écrivant, serait soutenu bien moins encore par Tespérance de voir le succès couronner ses efforts que par la pensée de remplir un devoir et par le désir de faire du bien.
Ces conditions, si nombreuses pourtant et si diverses, Alfred Nettement les réunissait. On le vit bien, dès que parurent les deux premiers volumes de son Histoire.
Ces deux volumes, de près de sept cent pages chacun, comprennent la période, si courte mais si remplie de péri-
péties, qui va du mois de janvier 1814 au mois d'août 1815. Ils renferment la chute de l'Empire, la première Restauration, la discussion et la promulgation de la Charte, les premiers essais du Gouvernement représentatif, le traité de Paris et le congrès de Vienne, le retour de l'île d'Elbe, les Cent-Jours, la campagne de 1815, Waterloo, la seconde abdication de Napoléon et son départ pour Sainte-Hélène.
Ce qui frappe tout d'abord le lecteur, c*est la belle ordonnance de l'ouvrage^ le soin avec lequel l'auteur met chaque chose à sa place et à son rang, donnant à chaque fait le développement qu'il doit avoir, n'accordant qu'une page à révénement qui n*en comporte qu'une, quitte à en accorder cent, s'il le faut, à celui qui en comporte cent.
M. de Yaulabelle et Lamartine, après lui, avaient gravement manqué l'un et l'autre à cette loi des proportions, aussi fondamentale en histoire qu'en architecture. Ds avaient raconté, par exemple, dans tous ses détails la campagne de France, oubliant qu'ils écrivaient une histoire de la Restauration et non une histoire de l'Empire.
Alfred Nettement résume en quelques pages les événements militaires de 1814 et s'attache surtout à montrer les vraies causes de la chute de l'Empire. Il ne les faut chercher ni dans la trahison de quelques généraux, ni dans de louches combinaisons tramées à l'hôtel de Saint- Florentin, dans les salons du prince Talleyrand, ni dans les manifestations royalistes du 31 mars. Napoléon n'est point tombé victime de tel ou tel incident imprévu, de tel ou tel abandon particulier : « L'empereur Napoléon, dit très bien ici l'historien, n'a point péri par tel ou tel abandon ; il a péri par l'abandon universel. Il éprouva l'inconvénient d'un gouvernement fondé exclusivement sur le
génie et la fortune d'ua homme. Quand la fortune man à ce génie et, disons-le aussi, quand ce génie se manqi lui-même, tout lui manque à la fois'. >>
De même, ce sont des causes générales, et non intrigues particulières, qui ont amené le rétablîsseu de l'autorité royale. Les dispositions des coalisés n'éta rien moins que favorables aux Bourbons, et ceux-ci, ] loin d'avoir été imposés à la France par les Alliés, on en réalité imposés aux Alliés par la force de la situatii Les Bourbons étaient la paix, comme les Bonaps étaient la guerre. La nécessité de la paix rame Louis XVm, comme elle excluait Napoléon. Ce n'i point la force des hommes qui poussait le problème ' cette solution ; c'était ce que les politiques appellei force des choses, et les chrétiens la Providence.
Le second volume est rempli tout entier par les C Jours. Il y a de tout dans cet étrange et prodigieux aode, de l'épopée, du drame et de la comédie, — du dr surtout ; c'est le dernier acte de cette pièce à grand s tacle qui se pourrait appeler : Quinze ans ou la Vlei joueur. Napoléon, avec l'Europe pour adversaire, jou suprême partie, dont l'enjeu n'est rien moins que le s: la puissance, peut-être même la nationalité de la Fra Il jette sa dernière carte, sa dernière pièce d'or sur le t vert de Waterloo. Comment, par suite de quels haa ou de quelles fautes cette formidable partie a-t-elle perdue ? Les historiens disputent encore à ce sujet, désastre de Waterloo est dû, selon les uns, au mare
1. Hitioire de la Restauration, t. i, p. 1 3. Voir ci-dessna, chapitre x, les pages si
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Ney , qui négligea d'occuper à temps la position des Quatre- Bras ; selon les autres, à Napoléon lui-même, qui commença la bataille deux heures trop tard, donnant ainsi à Blûcber le temps d'arriver. D'autres encore attribuent la défaite à l'insuffisance du marécbal Soult comme chef d'état-major général, à de fausses manœuvres, à des méprises, à des fautes dans l'exécution, enfin et surtout aux retards et à l'absence de Grouchy. En l'attribuant à des causes d'un autre ordre, Alfred Nettement me semble avoir vu beaucoup plus juste.
Le matin de Waterloo, vers huit heures, déjeunant à la ferme du Caillou avec Soult, le duc de Bassano, Drouot et plusieurs officiers généraux, l'Empereur dit : c Nous avons quatre-vingt-dix chances pour nous, et point dix contre ». Peut-être même eût-il pu aller plus loin et dire : « Nous avons quatre-vingt-dix-neuf chances pour nous et à peine une seule contre ».
Si, il y en avait une, une seule, mais telle, que celle-là suffisait à contrebalancer, à renverser, à mettre à néant toutes les autres.
Militairement, Napoléon devait gagner la partie. Dans aucune de ses campagnes, sur aucun de ses champs de bataille, il n'avait eu autant d'atouts dans son jeu. Mais, cette fois, la partie se jouait dans des sphères plus hautes. Ce n'était plus seulement contre des armées que le formidable joueur avait à lutter; il avait contre lui, bien plus encore qu'en 1814, la force des choses, qui est une des lois de Dieu. Le retour de l'Ile d'Elbe était une aventure*
1. M** de Staël avait eu, au lendemain du 20 mars et de la rentrée de l'Empereur aux Tuileries, un bien joli mot : « Jusqu'ici, s'était-
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qui ne se pouvait terminer que par un efl A l'heure où la France commençait à ] sesbteijsures, alors qu'elle était affama repos, il était revenu, lui apportant, poi avènement, une guerre nouvelle, plus m plus terrible que toutes les autres. Cette n'en voulait pas. L'armée seule la vou armée, si elle lui est un soutien, lui est nn péril. Elle n'a pu le replacer sur le i quant au devoir, à la discipline, à i*lion généraux ont foulé aux pieds leurs serm les ont suivis, sans doute; mais ils vieni si peu de mois à de tels changements, i die3,que maintenant ils se défient de leu: voir partout la trahison. Il arrivera donc seront inquiets, mal à l'aise vis-à-vis d'e se défieront eux aussi les uns des aut certes, à aucun moment ne leur fera d aura dans leur courage, dans leur h^ chose de sombre et de désespéré. Dans le le maréchal Ney criera à Drouet d'Erk nous en réchappons, toi et moi, nous i Vienne un échec, vienne un revers, e jetteront leurs armes, eux qui tout i (aient comme des héros ; ils feront entej cun de nos champs de bataille n'avait ■ Sauve qui peutl... sauve qui peut t. trahis t n Ce cri. Napoléon le leur jettei
elle écriée, on a dit : l'Histoire de Napoléon ; dire : ttt aventure» de M. Bonaparte. •
son Bulletin ; il leur imputera sa défaite. De cette défaite pourtant, de ce cri lui-même, lui seul était responsable. Ils n'étaient que la conséquence fatale de la situation impossible que lui seul avait créée. Comme la conclusion d'un syllogisme découle forcément de ses prémisses, de même la logique des événements voulait que le retour de rtle d'Elbe eût fatalement pour conclusion le « Sauve qui peut » de Waterloo.
Aussitôt après avoir reçu les deux premiers volumes de l'Histoire de la Restauration, Montalembert écrint à l'auteur :
« Mon cher ancien collègue,
« Je vous remercie cordialement d'avoir bien voulu songera m'envoyer vos deux premiers volumes sur rhistoire de la Restauration. Je vais les emporter à la campagne, où je les lirai avec l'attention sympathique que mérite tout ce que vous écrivez et qui s'attache tout spécialement à cette belle et grande époque de notre histoire dont vous vous êtes fait le narrateur. Il me semble qu'elle commence à être généralement, je ne dirai pas mieux appréciée, mais moins méconnue. Pourquoi faut-il que, comme cela arrive presque toujours dans ce triste temps, on ne rende justice aux personnes et aux choses qu'après leur ruine ? Pourquoi faut-il qu'on ne sache guère s'entendre, même quand on est le plus naturellement d'accord, que lorsque l'union devient stérile et dérisoire ? Quoiqu'il en soit, mieux vaut tard que jamais. Consolons et honorons notre défaite par l'union dans la justice réciproque. Vous aurez largement contribuéf mon cher ancien collègue, à cette œuvre méritoire. Recevez de nouveau tontes mes félicitations, avec mes sincères remerciements et l'assurance de ma haute et affectueuse considération.
« Ch. DE Montalembert. b
Le comte de Ghambord, écrivait, de son côté, à Nettement :
« Justement persuadé, mon cher Nettement, que Theure était venue de faire l'histoire de la Restauration, et qu'un récit impartial des événements de cette époque servirait la cause de la vérité, votre infatigable dévouement n'a pas hésité à s'imposer cette nouvelle tâche, et vos deux premiers volumes suffisent à prouver que personne ne pouvait la mieux remplir que vous. Ce qui résulte avant tout du simple exposé des faits, c'est que le rétablissement de la monarchie traditionnelle n'a été Teffet ni d'aucune intrigue de parti ni d'aucune pression étrangère, mais l'œuvre de la France elle-même, ou plutôt de la Providence qui lui a montré que c'était là son unique port de salut. Après tant de cruelles alternatives d'anarchie et, de despotisme, de licence et de servitude, après les désastres récents d'un immense naufrage, on voit la Royauté, à travers des difficultés et des obstacles presque insurmontables, relever les finances épuisées, rendre la sécurité à tous les intérêts, garantir les libertés publiques, faire succéder à de longues et sanglantes guerres les heureux fruits d'une longue paix, maintenir la France au rang qui lui appartient, sans avoir besoin pour cela de troubler ou de menacer à chaque instant le repos de l'Europe, et tirant l'épée, quand il le faut, ajouter un nouvel éclat à la gloire de nos armes : voilà ce qu'un gouvernement sage, honnête, économe, fidèle à ses engagements, a pu faire en peu d'années, fort de son droit, de sa loyauté et de la confiance qu'il inspirait. Noble et précieux souvenir 1 Douce et consolante espérance !
« Remerciez pour moi M. LecofTre du magnifique exemplaire qu'il m'a envoyé et de la bonne lettre qu'il m'a écrite à cette occasion. Je me réjouis d'apprendre que cet excellent ami, dont le zèle, bien digne du vôtre, vous prête im si utile concours, est maintenant tout à fait guéri*. Je l'en félicite du fond
]. Au retour de son voyage de Venise, en 1859, M. LecofiRre avait été atteint d'ane fièyre typhoïde qui l'avait conduit aux portes de la mort.
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de mon àme. Recevez vous-même, avec l'assurance de ma vive gratitude, celle de ma sincère et constante affection.
a Hekri. m
Au lendemain de la publication de ses deux volâmes. Alfred Nettement avait besoin de quelques jours de repos. II voulut les passer en Bretagne, dans son cher Morbihan, qu'il n'avait pas visité depuis 1851. Il quitta Paris dans la seconde quinzaine de juillet 1860, afin de faire coïncider son voyage avec le grand pèlerinage de Sainte-Anne d' Auray • . Après un court arrêt au Mans, où il fut Thôte du P. Moreau, au monastère de Sainte-Croix, il arriva le 25 juillet à Vannes, où l'attendait un de ses anciens collègues de 1849^ l'abbé LeCrom. Ils se rendirent ensemble à Sainte- Anne, puis au château de Keronick, à peu de distance d' Auray, chez M. Harscouët de Saint-Georges', qui avait siégé, comme eux, à la Législative. Quelques autres visites, à Kerléano, chez M"' Virginie de Cadoudal, au château de Kerantré, chez M*« Henriette de Grouvello; quelques excursions à Sarzeau, où naquit Le Sage, à Saint-Gildas, d'où Ton voit la baie de Quiberon et les rivages inhospitaliers que battent ses flots ; enfin, un second et dernier pèlerinage à Sainte Anne d' Auray, ache-
1. La fête de sainte Anne, qui tombe le 25 juillet, attire chaque année à Sainte-Anne d' Auray plusieurs milliers de pèlerins.
2. Voir, au chapitre xv, le récit du premier voyage d'Alfred Nettement dans le Morbihan.
yèrent de remplir les courtes semaines de vacances que s'était accordées le directeur de la Semaine des Familles. Vers le milieu d'août, il rentrait à Paris pour y reprendre sa tâche quotidienne.
Il en allait être bientôt distrait par les événements qui se précipitaient en Italie, par les nouveaux attentats dirigés contre le Saint-Siège. Le 11 septembre 1860, les généraux Fanti et Cialdini envahissaient les Marches et TOmbrie; le 18, avait lieu la bataille de Castelfidardo ; le 39, la capitulation d'Ancône. Lamoricière, et avec lui les zouaves du Pape, Français pour la plupart, étaient glorieusement vaincus .
Je serai du parti qu'affligera le sort !
C'est le cri d'un des personnages de Corneille. Une fois de plus, Alfred Nettement le répéta après lui. Il publia sur le général de Lamoricière * et sur ses compagnons d'armes une éloquente brochure.
Les scribes, pendant ce temps-là, continuaient de venir en aide aux soudards et de leur préparer les voies. Dans les derniers mois de 1860 et dans les premiers mois de 1861, le feu des brochures recommençait. Le Gouvernement, de son côté, en vue de la session qui allait s'ouvrir le 4 février 1861, faisait distribuer aux Chambres une série de documents diplomatiques, où la politique de Pie IX, critiquée, dénaturée, travestie, était traduite à la barre de toutes les cours européennes.
A.près les scribes et les politiqiùes, ce fut le tour des
' 1. Le général de Lamoricière^ par Alfred Nettement. Brochure ixi-8*. : Librairie Jacques Lecoffre.
orateurs. Tandis que M. Billault, ministre de la parole, et M. Baroche, président du Conseil d*Etat, portaient de nouveaux coups à la souveraineté temporelle du Saint- Siège, un prince delà famille impériale, le cousin-germain de l'Empereur, dans la séance du Sénat du 1»^ mars, iostruisait publiquement le procès de la Papauté.
Alfred Nettement voulut embrasser d'un regard d*eDsemble toute cette grande discussion. La tâche n'était pas commode. Brochures, dépèches diplomatiques, disicoars des ministres et du prince Napoléon, tous ces réquisitoires contre Pie IX n'étaient, au fond, que des plaidoyers en faveur de Napoléon IIL Si donc l'examen des documents et des faits l'amenait à donner raison à la politique du Pape, il se trouverait avoir donné tort à la politique de TEmpereur. « Je ne recule pas, écrivait-il, devant cette nécessité. Les choses sont ce qu'elles sont, et la vérité et la justice sont au-dessus de tout. >
Son travail parut le 5 avril 1861, avec ce titre : Noire Saint-Père le Pape^ le;; scribes^ les orateurs et les politiques K Ce n'est plus une simple brochure, mais un livre, un exposé complet de la question romaine. C*est une œuvre de polémique sans doute, mais c'est plus qu*uQ ouviuge de circonstance, car il se trouve que l'auteur, s'il écrit au milieu même des événements et à l'heure où ils se produisent, en parle déjà comme en parlera l'histoire.
Berryer lui écrivait le 10 avril :
u Mon cher ancien collègue et ami,
a Je ne vous ai pas encore remercié de Timportant écrit que vous avez bien voulu m'envoyer. Voici tout un mois que je
1. Un volume in-8* de 204 pages. Librairie Jacques Lecoffire.
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suis cruellement souffrant et ne pouvant écrire qu'avec peine ; du moins, j'ai pu prendre le délassement de vous lire. Vous avez eu une heureuse idée en rassemblant ainsi les traits principaux et des événements et des nombreux écrits qui ont été publiés sur les déplorables affaires d'Italie. Votre travail si judicieux résume admirablement ces tristes et honteuses pages de la politique du gouvernement français. Ce livre sera un précieux monument.
« Voici que je reçois de Miï» Marie Nettement l'avis d'une quête pour les oeuvres de la paroisse Saint-Ëloi. Veuillez lui faire accepter mon offrande et mes remerciements de la part qu'elle me permet de prendre à ses soins charitables.
« Recevez, mon cher ancien collègue et ami, mes bien sincères et bien affectueux compliments.
u Berkyek. »
Ni rimportance des événements politiques, ni la préparation du troisième volume de V Histoire de la Restauration n'empêchaiçnt Nettement de donner, chaque semaine, plusieurs articles à la Revue de M. Lecoffre et, chaque mois, deux ou trois Variétés littéraires à V Union. Dans ce dernier journal, il avait eu souvent occasion de parler de la poésie et des poètes. Souvent aussi, dans la Semaine des Familles, il avait parlé de Tart et des artistes. Il fit un choix de ces articles, et, au mois de mars 1862, il publiait son volume Poètes et Artistes contemporains.
L'art aussi est une poésie. Le pinceau rivalise avec la lyre. Un paysage du Poussin fait rêver comme une page
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des Géorgiqxies de Virgile. C'est donc à bon droit qu'Alfred Nettement s'est cru autorisé à réunir dans le même cadre ses études sur les artistes et les poètes de son temps. Afin de mieux marquer la fraternité d'origine et de but qui les rattache les uns aux autres, il n'a point divisé son volume en deux parties distinctes, consacrées celle-ci aux poètes, celle-là aux artistes. Il a, au contraire, distribué ses articles de façon à faire alterner un chapitre sur l'art avec un chapitre sur la poésie. Après s*être arrêté devant les dernières toiles de Paul Delaroche, le Retour du Golgotha et la Vierge en contemplation devant la couronne d*épines^ il s'arrête non moins longuement devant la Légende des Siècles^ de Victor Hugo. Il en parle tout à son aise.
La critique et l'éloge — la critique la plus sévère et l'éloge le plus enthousiaste — sont également à leur place lorsqu'il s'agit de juger ce livre où tout va à l'excès : ridée, le mot, le sentiment, l'image^ la description, mais qui n'en renferme pas moins, et en grand nonabre, des morceaux superbes, d'un grand souffle, d'une facture merveilleuse. Alfred Nettement n*a pas été trop loin dans la critique ; il n'a pas été assez loin dans Téloge. Il est dans le vrai quand il signale chez le poète, qui se piquait pourtant d'être un penseur, l'absence de pensée. Combien de vers de la Légende où il n'y a rien ! Seulement, à côté de cette constatation, il eût été juste d'en faire une autre: telle est, dans la Légende des Siècles^ la sûreté de main de l'exécutant, la maîtrise de l'ouvrier, que ces vers creux et vides se tiennent admirablement debout, aussi droits, aussi solides que s'ils étaient pleins, pareils k ces armures de chevaliers si bien décrites dans Eviradnus :
Chevaux et chevaliers sont des armures vides,
Mais debout. Ils ont tous encor le geste lier,
L'air fauve, et, quoique étant de l'ombre, ils sont du fer*.
Malgré tout ce qui les séparait, malgré ses sévérités parfois excessives, Alfred Nettement gardait encore pour Victor Hugo un reste de faiblesse. Si le poète oublie qu'il a été royaliste, le critique, lui, ne veut pas l'oublier. Âpres avoir lu les vers où le Mendiant du pont Crassus compare les Pyrénées à sa vieille souquenille et les rois qui se promènent dans la montagne aux poux qui grouillent sur son manteau *, sans colère, mais avec un sourire attristé, il rouvre les Odes et Ballades, il relit ces vers qui ravirent son enfance :
O joie ! ô triomphe! ô mystère !
Il est né, Tenfant glorieux, L'ange que promit à la terre Un martyr partant pour les cieux !
L'avenir voilé se révèle :
Salut à la flamme nouvelle
1. La Légende des Siècles, t. I, p. 189. — On lit, au tome I*' du Journal des Concourt, à la date du 4 mars 1860 : « Nous causions avec Flaubert des Légendes des Siècles de Hugo. Ce qui le frappe surtout dans Hugo, qui a Tambition de passer pour un penseur, c'est l'absence de pensée. Hugo n'est pas un penseur ; c'est, selon son expression, un naturaliste. Il a de la sëve des arbres dans le sang, i» — Au toiTie II, page 123 (22 juin 1863), les Goncourt rapportent ces paroles de Théophile Gautier : « Des mots rayonnants, des mots de lumière, avec un rhythme et une musique, voilà ce que c'est que la poésie. Ça ne prouve rien. Ainsi le commencement de Ratbert (un les poèmes de la Légende), U n'y a pas de poésie au monde comme
?la. C'est le plateau de l'Hymalaya. Toute l'Italie blasonnée est là...