Voir ci-dessus chapitre x, page
Sauf sur un petit nombre de points, son travail était un travail de seconde main. Amené en 1867 à en donner une nouvelle édition, il n'hésita pas à le refondre en entier, ne négligeant, cette fois, aucune des sources auiLqaelles il pouvait puiser. Quoiqu'il lui en coûtât, il laissa dormir pour 'quelque temps son Histoire de la Restauration. Il oublia Louis XYIII pour Louis le Gros, la Charte de 1814 pour les chartes du XII« siècle, les papiers de M. de Villèle pour les papiers de Tabbé Suger. A l'aide des documents originaux, il a pu replacer dans son vrai cadre la grande figure de l'abbé de Saint-Denys, du ministre de Louis le Gros et de Louis le Jeune, du régent du royaumes de ce fils du peuple qui avait mérité d'être appelé le Père de la patrie. Il ranime autour de lui le mouvement des faits et des idées, des passions, des vertus et des vices du XII* siècle ; il évoque à ses côtés les hommes illustres qui furent ses contemporains, saint Bernard, l'abbé Adam, Pierre le Vénérable, Abélard. Ayant ainsi transformé son livre dans plusieurs de ses parties, Alfred Nettement crut avoir acquis le droit de lui donner un titre qui résumât mieux l'ensemble de ses études, et, bien qu'il n'eût jamais eu d'ambition d'aucune sorte, non pas même celle des titres, il intitula sa nouvelle édition : Suger et son Temps ^.
La nouvelle édition de la Vie de Suger est du mois de
1. Suger fut régent du royaume, lors de la seconde croisade, pendant l'absence de Louis le Jeune (1147-1149).
2. SuoBR ET SON TEMPS, nouvelU édition, revue, corrigée et considérablement augmentée. Un volume in-8*. Librairie Jacques Lecotrre,
décembre 1867. Au mois de mars 1868^ paraissait la nouvelle édition des Ruines*.
En relisant, avant de le publier de nouveau, ce livre de sa jeunesse, il avait paru à Nettement que le regret et le découragement y dominaient trop ; on n'y voyait pas assez luire le rayon de cette invincible et immortelle espérance, dont rÉglise a fait une vertu, parce qu'il faut espérer pour combattre, et que le combat est la loi de notre existence. Il écrivit donc une nouvelle Méditation, celle qui sert de conclusion à Touvrage. Les Ruines^ qui se fermaient autrefois sur un cri de douleur et d'angoisse arraché à l'auteur par les spectacles de la terre, finissent maintenant par un Siirsum corda et un cri d'espérance jeté vers le ciel.
Mr Pie écrivit à l'auteur, le 24 mars 1868 :
c Monsieur,
« Votre livre des Ruines morales et inlellec tue lies est semé de vérités de premier ordre et montre d'une façon saisissante renchalnement des erreurs sous le poids desquelles la société européenne succombe, condamnée à ne se relever qu'aatant qu'elle réagira contre ces éléments de désorganisation et de destruction. C'est un service de plus rendu par vous aux lettres et aussi à la bonne doctrine et à la vraie morale sociale.
« Agréez, je vous prie, l'assurance de mon particulier (li'vouement,
« IL, évêque de Poitiers. »
1. Les Ruines morales kt intellectuelles. Méditations sur la philosophie et sur l'histoire. NouveUe édition, corrigée» augmentée et précédée d'une préface. — Un volume in- 18. Librairie Lecofll^. 1868. - • Sur la première édition, voy. chapitre vi, page 15L
L'évèque d'Orléans, Mk' Dupanloup, lui écrivait de son côté, le 25 mars :
« Monsieur et cher ami,
« J'ai reçu votre charmant volume des Ruines.., Votre pensée fondamentale est parfaitement vraie. Les trois générations de démolisseurs que vous nommez sont solidaires et continuent la même œuvre. Il n'y a que TÉglise qui puisse jeter au milieu de ces ruines la semence de vie. La forme poétique de l'ouvrage sera aussi un attrait de plus pour la jeunesse, qui comprend par rimagination encore plus que par la raison...
« Vous savez tous mes fidèles et dévoués sentiments de respect et d'affection.
« Félix, évêque d'Orléans. »
Peu de semaines après la nouvelle édition des Ruines^ à la fin de mars 1868, Alfred Nettement publiait le tome VI de Y Histoire dé la Restauration*.
Ce volume, qui ne compte pas moins de 800 pages, est consacré tout entier à la première phase du ministère Villèle, celle qui va du 14 décembre 1821 au 16 septembre 1824.
Pour récrire, Thistorien a eu à sa disposition tous les papiers de M. de Villèle, ses carnets, ses notes politiques, sa correspondance officielle et privée.
1. Histoire de la. Restauration. Tome sixième : Règne de Louis XVni. Ministère de M. de Villèle. Première phase : décembre i82i -septembre 1824. Un volume in-8«. Librairie Jacques LecofiRre, 1868.
Tous ces documents, Alfred Nettement avait pu les consulter à l'aise, grâce à Tamitié du gendre de M. de Yill^le, M. le comte de Neuville, son ancien collègue k l'Assemblée législative.
Après avoir quitté le ministère, où il fut remplacé par Chateaubriand (1^' janvier 1822), le duc Mathieu de Montmorency écrivit un récit complet de tous les événements auxquels il avait pris part comme ministre des Affaires étrangères, et principalement comme représentant de la France au Congrès de Vérone. Avant de livrer son ouvrage au public, il crut devoir le mettre sous les yeux de Monsieur, frère du roi. Quelques jours après, le prince remit le manuscrit au duc Mathieu et lui en demanda le sacrifice, au nom de l'union du parti royaliste qu'il importait si essentiellement de maintenir dans les circonstances où Ton se trouvait. M. de Montmorency jeta son manuscrit au feu. Heureusement il existait une copie de ce précieux document, qui emprunte à' la situation de son auteur et à son inattaquable sincérité une importance considérable. Nettement en dut la communication au duc de la Bisaccia et au vicomte de la Rochefoucauld-Doudeauville, petitsfils de Mathieu de Montmoreucy.
Au mois de février 1823, le prince de Polignac fut nommé ambassadeur à Londres. Il entretint avec Chateaubriand, ministre des Affaires étrangères, une correspondance presque quotidienne. Cette correspondance, ainsi que les autres papiers politiques du prince, furent remis par son fils aine à l'historien de la Restauration.
Ces documents, d'autres encore, d'une importance moindre, lui ont permis d'éclairer plus d'un point obscur et de donner un récit définitif du Congrès de Vérone et
ALFRBD NETTEMENT 509
de la guerre d'Espagne. Dans ses précédents volumes, il n'avait pu qu'esquisser la figure de M. de Villèle. Nous avons, cette fois, au lieu d'une simple esquisse, le portrait en pied, ou plutôt nous avons M. de Yillèle lui-même vivant, agissant, parlant. Nous le voyons à l'œuvre dans son cabinet, dans la salle du Conseil, à la Chambre ; homme d'État moins énergique que Casimir Perier, orateur bien moins éloquent que M. Guizot, mais financier incomparable, tacticien parlementaire de premier ordre et, comme ses deux glorieux successeurs, honnête, probe et désintéressé.
Les questions de finances tiennent naturellement une grande place dans ce volume, ou M. de Villèle est presque toujours au premier rang. Elles prennent ici, sous la plume de l'historien, un intérêt vif, puissant, presque dramatique.
La discussion sur le projet de loi relatif à la conversion des rentes dura vingt-trois jours ^ Jamais bataille ne fut plus act^arnée. D'un côté, Casimir Perier, Roy, Humann, La Bourdonnaye, Pasquier, MoUien, TalleyranJ, le général Foy, le duc de Broglie ; de l'autre, abandonné des siens dont la phalange commençait à se rompre, mal servi par ses collègues, seul ou presque seul, Villèle. Il fit tête à tous. Un jour, dans la même séance, il monta onze fois à la tribune.
Le plus impétueux, le plus opiniâtre et le plus redoutable de ses adversaires était Casimir Perier^ qui aimait — le mot est de lui — à croiser le fer sur le terrain
1. Du 24 avril au 5 mai 1824 à la Chambre des députés, du 24 mai au 3 juin à la Chambre des pairs.
510 ALFRED NETrEMKNT
parlementaire. Les discussions de tribune étaient pour lai de véritables duels dans lesquels il s'engageait à fond, poussant droit à son ennemi, avançant toujours au risque de s'enferrer, ne rompant jamais d'une semelle. Le public suivait avec un intérêt passionné les péripéties de ce long duel qui ne cessait un jour que pour reprendre le lendemain. Ce qui ajoutait encore à Tintérêt et au piquant de lalutte. c'était le contraste que formaient entre euxlesdeux combattants. L'un, Casimir Périer, de haute taille, de forte carrure, à la mine impérieuse et flère, au verbe sonore; l'autre, Joseph deVillèle, de stature grêle et mesquine, à la mine un peu chafouine, à la voix nasillarde; — l'un, ardent, agressif, emporté, dominé par sa passion, se précipitant tête baissée au-devant de l'adversaire ; l'autre, calme, pétri de sang-froid et de prudence, toujours maître de lui, n'avançant qu'à pas comptés et à coup sûr, ne dépassant jamais le but et l'atteignant presque toujours.
Ce sixième volume achevait de mettre Alfred Nettement au premier rang de nos historiens. Montalembert lui écrivait, le 4 avril 1868 :
a Mon cher ancien collègue,
« J'ai reçu avec la plus sincère reconnaissance le tome VI de votre grande et belle Histoire de la Restauration. Ce volume me paraît en tout parfaitement digne de ses aînés. Je n'ai pu encore le parcourir que très rapidement. Je vois qu'il est plein de faits curieux et inconnus, et j'y retrouve à chaque page cette calme et généreuse impartialité qui vous distingue. Vous aurez contribué pour votre grande part à cette réhabilitation de la Restauration qui ressort de toutes les discussions comme
de tous les récits historiques qui se publient aujourd'hui. Mais quelle tristesse de penser que cette réhabilitation arrive si tard et alors que ce pauvre pays est déjà hors d'état de réparer son injustice et sa révoltante ingratitude envers les princes (jui lui avaient rendu la liberté ! Entré moi-même dans la vie à cette époque, -je demeure consterné au souvenir de l'impopularilé dont ce noble régime était entouré et des préjugés dont j'ai été moi-même plus ou moins atteint.
« Je commence maintenant à sortir en voiture, mais suis jiresqiie toujours rentré avant cinq heures, el de cinq à sept, excepté le mardi, je suis chez moi et je serai trop heureux de vous répéter de vive voix mes remerciements, avec l'assui*ance de mes sentiments de haute et affectueuse considération.
« Ch. de Monta lkmbkut. »
Dans Tété de 1868, Alfred Nettement, que la grande chaleur avait un peu fatigué et qui avait besoin de respirer l'air de la mer, décida d'aller avec sa famille passer quelques semaines chez un de ses amis, M. Yan'Dargent, le peintre de la cathédrale de Quimper, qui avait un chalet dans le Finistère, au bord du golfe creusé entre la côte de Morlaix et Roscoif. Nos voyageurs partirent de Paris le 8 août, s'arrêtèrent quelques heures à Saint- Brieuc chez M"'' Zénaïde Fleuriot, visitèrent Morlaix et, après une courte station à Saint -Pol-de-Léon, arrivèrent au chalet de Greach'André, où les attendait l'aimable hospitalité de M. et M™« Yan' Dargent.
Greach' André est à mi-côte d'une plage magnifique, au bas de laquelle s'étend une nappe d'eau immense. Quand
on est sur la terrasse qui forme une promenade de plus de 800 mètres, dont les deux extrémités descendent vers la mer, à gauche dans la direction de Roscoff, à droite dans celle de Saint-Pol-de-Léon, on voit devant soi une baie qui a plusieurs lieues de profondeur; directement en face, rile de Calot et le château du Taureau ; plus loin, Tembouchure de la rivière de Morlaix ; à droite, au delà de la mer, on aperçoit, quand le temps est beau, la ligne des montagnes d'Ârré, à gauche, les perspectives sans limites du grand Océan.
Quand Alfred Nettement se pouvait arracher aux enchantements de cet admirable spectacle, quand il rentrait à la maison. c*était pour y trouver de nouvelles jouissances. Il aimait passionnément la peinture et la musique ; il passait donc des heures charmantes dans râtelier de son hôte, et surtout dans le salon au-dessous de l'atelier, où Ton faisait de délicieuse musique, où un châtelain du voisinage, de première force sur le violon, M. de Kermoysan, ancien officier de la garde royale, accompagnait avec un vrai talent M"' Yan' Dargent, ellemême musicienne accomplie. La fête, certes, était complète d'entendre les chefs-d'œuvre de Beethoven, de Haydn, de Mozart interprétés avec un charme, une suavité d'exécution qu'on rencontre rarement dans les meilleurs concerts de la capitale, — et de les entendre, non plus dans une salle étouffante, à la lumière du gaz, mais au bord de TOcéan, quand on voit, par la fenêtre ouverte, la lune qui se mire sur les flots et les barques voilées qui rentrent au port.
C'était trop beau pour durer. Un jour, après un bain trop prolongé, pris de grand matin par un temps très
froid, il sortit de la mer avec un rhumatisme dans les reins. On devait aller ce matin même déjeuner dans le voisinage, au château de Kerouseré. Malgré tout ce qu'on put lui dire, il ne voulut pas renoncer à cette partie. C'était quatre lieues à faire, dans un break, par de mauvais chemins ; quand il arriva dans la cour du manoir, il était au moment de s'évanouir. Il tremblait la fièvre, mais sa gaieté naturelle ne Tavait pas abandonné. Il adressa de gracieuses excuses à la châtelaine, et fit lui-même les honneurs de sa physionomie de chevalier de la triste figure, venant comme don Quichotte frapper à la porte d'un château enchanté. Sa femme et sa fille durent demander un lit pour lui et veiller à son chevet. Le soir, on le ramena à grand'peine à Creach'André, où sa maladie se prolongea pendant plusieurs jours. Enfin il se rétablit, ne gardant, semblait-il, de cette rude atteinte qu'un peu de faiblesse. Malheureusement ce n'était qu'une fausse apparence ; en réalité, il venait de contracter là le germe de la maladie qui l'emportera quelques mois plus tard. Quarante ans d'un travail sans relâche Tavaient laissé debout : il tombera victime d'une semaine de vacances.
Après un court repos à Creach' André, il se crut assez fort pour pouvoir continuer son voyage. En quittant M. et jjme Yan' Dargent, qu'il devait retrouver à Paris l'hiver suivant, il visita Brest et ses environs et gagna le Morbihan, où l'attendaient ses amis Cadoudal. Ce fut chez eux, à Kerléano, qu'il établit son quartier général, rayonnant de là dans le voisinage, montrant à sa fille Auray, Carnac, Sainte-Anne, la Chartreuse et le Champ des Martyrs. Comme il projetait d'écrire l'histoire du désastre de Quiberon, il voulut revoir les lieux où s'étaient passées
les premières scènes de cette lamentable tragédie. Cette excursion fut la dernière. Nos voyageurs revinrent par Nantes et la Normandie, et passèrent quelques jours au ch&teau de Neuville, près de Livarots chez son ancien collègue, M. Alfred de Neuville. Le 17 septembre, ils rentraient à Paris.
A quelques semaines de là, Berryer mourait à Augerville. C'était le dimanche 29 novembre 1868. Le 16 décembre, paraissait la Notice de Nettement sur Berryer au barreau et à la tribune *.
Alfred Nettement était entré dans le journalisme précisément à l'heure où Berryer arrivait à la Chambre. Pendant près de quarante ans, avec un éclat inégal sans doute, mais avec un dévouement pareil, ils avaient tous les deux, l'un par la parole, l'autre par la plume, défendu les mêmes principes, servi la même cause. Il eût donc été naturel que Nett^^ment vît surtout dans Berryer l'orateur politique. Celui-ci pourtant ne lui a pas fait oublier l'avocat. Et c'était justice; car si Berryer a été incomparable à la tribune*, il a été également le premier au barreau.
1. Chef-lieu de canton du Calvados, arrondissement de Lisieui^.
2. Berryer au barreau et à la tribune (janvier 1790-novembre 1868) : un volume in-18. Librairie Jacques Lecoffre. 1868.
3. J'extrais de la brochure de Nettement ce curieux témoignage, ({u'il tenait de première main : « M. Royer-CoUard disait à un de ses neveux, M. Genty de Bussy, par qui nous l'avons entendu répétr'r : « J'ai entendu souvent Mirabeau dans sa gloire, j'ai entendu « M. de Serre et M. T^iné. Aucun n'égalait Berryer dans les qualités « principales qui font l'oraleur. »
AX.PRED NETTEMENT 515
IL possédait tous les dons, tous les talents qui font les grands avocats, cette puissance de logique qui force les convictions, cette chaleur d'âme qui émeut les esprits, ce souffle d'éloquence qui incline les volontés, cette décence qui, suivant Guillaume du VairS « est la plus grande et la plus difficile partie de l'oraison » ; et avec tout cela, et au-dessus de tout cela, ce je ne sais quoi qui n'appartient qu'au génie et qui fait les grands orateurs comme les grands poètes.
C'est le cœur, dit l'aphorisme de l'Antiquité, qui fait rhomme éloquent. Gela était vrai surtout de Berryer. Or, bien plus encore qu'à la tribune, c'était à la barre, lorsqu'il défendait une grande cause, quand il plaidait pour un noble client, pour son prince ou pour un ami, que se présentait pour lui — combien souvent ne l'a-t-on pas vu ? — l'occasion de se livrer à toutes les inspirations de son cœur.
L'écrit d'Alfred Nettement se termine ainsi : « Berryer est mort doucement et sans agonie, après avoir traversé des crises terribles. Il est mort fidèle à toutes ses croyances comme à toutes ses amitiés, en laissant un nom qui ne périra pas dans la mémoire de ceux qui ont un culte pour la religion, l'honneur, la patrie et la liberté. » Ces paroles, ne pourra-t-on pas les appliquer à l'écrivain lui-même, lorsqu'il mourra, un an presque jour pour jour après Berryer, le 15 novembre 1869 ?
Si Nettement n'a plus qu'une année à vivre, du moins
1. UuiUaume du Vair, pœmier président da Parlement de Provence, garde des sceaux sous Louis XUI» auteur du Traité de l'éloquence française (1595).
sera-t-elle, comme celles qui l'ont précédée, consacrée tout entière au travail. Aussi ardent, après quarante ans de combat, aussi intrépide, aussi jeune que le premier jour, il est aux plus vaillants eux-mêmes un exemple et un réconfort. « Laissez-moi vous dire^ lui écrit Montalembert dans les derniers mois de 1868, laissez-moi vous dire que, quand la tristesse me domine, ma pensée se reporte souvent sur vous en songeant à Tintrépide sérénité que vous déployez dans l'accomplissement de votre tâche si ingrate et si laborieuse ...»
Alfred Nettement avait rapporté de son récent voyage de Bretagne un volume presque entièrement composé ; il le publia au mois d'avril 1869.
En 1849, il avait reçu de la Bretagne une marque de confiance et un titre qui équivalaient à des lettres de grande naturalisation. Depuis vingt ans, il n'avait négligé aucune occasion de s'acquitter envers elle. En publiant son livre sur Quiberon^^ il achevait de payer sa dette.
L'ouvrage est divisé en trois parties : Sainte-Anne d'Auray, YExpédition de Quiberon, le Champ des Martyrs,
Sainte-Anne d'Auray est la partie descriptive du volume. L'auteur y retrace ses impressions de voyage en Bretagne au cours des années 1850 et 1851, 1860 et 1868.
La seconde partie — la plus importante du livre — est tout historique ; elle est consacrée à l'expédition de 1795. Appuyé sur des documents inédits et authentiques, Alfred
1. Quiberon, Souvenirs du Morbihan, par M. Alfred Nettement, ancien représ(>ntunl du Morbihan. Vu volume iu-18, librairie Jacques Lecoffre, 186<J.
Nettement a pu raconter d'une manière complète ce tragique épisode. Il a fourni des lumières nouvelles sur un problème jusque-là resté obscur, celui de la capitulation de Quiberon, offerte par les soldats républicains, accordée verbalement par Hoche*, acceptée par Sombreuil.
Après le récit de la lutte, vient le récit du martyre, le détail des exécutions qui eurent lieu à Vannes, à Kergroix, à Quiberon, à Kerbonnec et dans la vallée d'Auray, au lieu où se dresse maintenant la Chapelle expiatoire et que la voix populaire a nommé le Champ des Martyrs. Si, comme le prétendent les défenseurs de Hoche, il n'y a pas eu de capitulation le 21 juillet 1795, les massacres qui ont suivi restent encore un des forfaits les plus odieux de la Révolution. Mais s'il y a eu une capitulation — et il parait bien difficile d'en douter, — ces massacres sont un crime inouï, l'un des plus lâxîhes qu'ait jamais enregistrés l'histoire.
La dernière page du volume d'Alfred Nettement est aussi l'une des dernières qu'il ait écrites :
« Je n*ai pas caché, dit-il, les fautes des hommes de mon opinion ; heureusement je n'ai eu, de ce côté, que des fautes à signaler, et elles sont couvertes par l'héroïsme chrétien d'une mort digne des premiers martyrs. Je n'ai pas eu à exagérer les crimes de la Révolution et des révolutionnaires, il a suffi de les raconter. Toutes les fois que j'ai trouvé dans les rangs des républicains des cœurs généreux et ouverts au noble sentiment de la pitié, c'a été pour moi une consolation de les désigner à la reconnaissance publique. Je ne suis pas au nombre de ceux qui aiment à haïr. Le devoir de l'historien est d'entretenir dans le cœur des hommes l'admiration de la vertu et
1. Voir» dans mes Causeries historiques^ tome I, le chapitre sur Quitter on.
l'horreur du crime, sous quelque drapeau que Tuo et l'autre se trouvent. Que ce livre eoit dédié au Morbihan, qui me l'a inspiré, et puisse-t-il rester comme un témoignage de mon respect et de mon affection pour cette contrée aux convictions fortes et aux nobles vertus ! »
GHAPITHK XXIII
Histoire de la Restauration {suite et fin). — La mort
d'Alfred Nettement.
Le tohb vu de i! Histoire de la Restauration, Ministère de M. bs
VlLLÊLE : seconde PHASE. — LB TOME YIII* ET DERNIER. MINISTÈRES DE M. DE MAR'nONAG ET DU PRINCE DE POLIONAC. La RÉVOLUTION DR
Juillet. — Les sources de l'Histoire de la Restauration. Juge-
MKNT sur l'ensemble DE l'OUVBAOE. ~ Le GRAND PRIX GOBERT.
Alfred Nettement et l'Académie française. — Alfred Nettement INTIME. Sa famille et ses amis. Ses habitudes de travail. La
MUSIQUE ET LA CAMPAGNE. S A FOI RELIGIEUSE. — MORT D'AlFRED
Nettement. Lettres du comte db Ghambord, de M. de Monta-
LEMBERT ET DE M"* ZÉNAÏDE FlEURIOT. — CONCLUSION.
Peu de mois après le volume sur Quiberon^ en septembre 1869, paraissait le tome VII de Y Histoire de la Restauration*. Il va de la mort de Louis XVIII (16 sepptembre 1824) à la chute de M. de Villèle (4 janvier 1828.)
Dans cette seconde phase de son ministère» M. de Villèle a commis des fautes, et Alfred Nettement ne cherche aucunement à les dissimuler. Tant que le règne
1. Histoire de la Restauration. Tome septième : Règne de Charles X. Ministère de M. de Villèle : Seconde phase : septembre j 824 -janvier 1828, — Un volume in-S*, librairie Jacquet Lecofûre.
de Louis XVIII a duré, les actes du président du Conseil ne vont pas plus loin que ses idées. Avec le règne de Charles X, la situation change ; le ministre, en plus d'une circonstance, est obligé de subordonner ses idées à celles du roi, qui, sur les questions religieuses en particulier, consulte plus son cœur que la raison politique.
Le parti libéraly sous couleur de défendre la société civile contre les Jésuites, menait contre la religion une ardente campagne, qui menaçait à la fois TÉglise et la monarchie. Le roi, le clergé, la majorité royaliste crurent que le péril pourrait être conjuré par des « lois religieuses ». Une loi sur le sacrilège fut envoyée aux Chambres, à la session de 1825. Elle avait le double défaut d'être irritante et inefficace. M. de Villèle y était opposé ; il eut le tort de la laisser présenter par le garde des sceaux, M. de Peyronnet.
Même faute de sa part à la session de 1826. Il céda encore aux instances de son parti, à propos de la loi sur les successions, dite du droit d'aînesse. L'objet qu'on avait en vue dans cette loi pouvait sans doute être utile, car il s'agissait d'empêcher le morcellement progressif de la propriété foncière et d^assurer, par le rétablissement de la liberté testamentaire, la formation d'une classe politique et stable, dont l'absence, préjudicial)le au pouvoir, ne l'était pas moins à la liberté. Mais ni les mœurs ni les idées de la France ne comportaient une telle loi, et M. de Villèle le reconnaissait lui-même dans sa correspondance. Sans portée, sans efficacité réelle, la loi sur le sacrilège et la loi sur les successions ne devaient avoir d'autre résultat que de dépopulariser le ministère et de permettre à l'opposition de crier bien haut, à la tribune et dans la presse, que
« les flammes des bûchers » étaient prêtes à s'allumer et que « l'odieux droit d'aînesse allait bientôt s'asseoir à chaque foyer ».
Mais qu'étaient ces fautes auprès des immenses services rendus au pays par M. de Villèle, auprès de ces deux grandes mesures, la conversion des rentes et l'indemnité aux victimes des confiscations révolutionnaires ?
Dans la question de la conversion des rentes, il avait vu, selon le mot de M. LafBtte, plus vite et plus loin que tout le monde. Un autre de ses adversaires, M. Humann% tout en présentant un contre-projet, ne faisait pas difficulté de dire que, si la loi de M. de Villèle était votée, « elle prendrait place parmi les faits illustres de la monarchie ».
La loi d'indemnité lui fait plus d'honneur encore. La confiscation et la vente des biens nationaux avaient été un coup terrible porté au principe de la propriété et, par suite, à la société elle-même. Elles avaient enraciné dans la terre même les haines civiles. Une fortune patrimoniale de plusieurs milliards avait cessé de participer dès lors à l'activité des transactions ordinaires ainsi qu'à la progression croissante de la valeur des autres immeubles ; elle avait été frappée dans les mains des acquéreurs d'une dépréciation ruineuse pour le trésor et pour le propriétaire. C'est à ce déplorable état de choses que M. de Villèle mit fin par la loi la plus habile et la plus féconde. Il fit inscrire en 3 •/© sur le grand livre de la dette de l'État, à titre d'indemnités accordées aux propriétaires dépossédés
1. M. Humann sera plus tard un des meiUeurs ministres des finances de la monarchie de Juillet.
révolutionnairement, une rente de 26 millions de francs au cours de 75 francs, qui représentait au pair un capital de 625 millions de francs, inférieur de 375 millions à celui de l'inscription légalement autorisée jusqu'à concurrence de 1 milliard.
625 millions, voilà ce qu'a coûté cette mesure réparatrice. On se trompe donc lorsqu'on parle du milliard des émigrés. Ce qui est vrai, c'est que la loi d'indemnité a levé rinterdit moral et financier qui pesait sur des milliers de domaines; elle lésa fait rentrer dans la circulation des biens patrimoniaux avec une augmentation, au profit des acquéreurs, de plus d'un milliard dont s'est immédiatement accrue la fortune territoriale de la France. Au lieu de faire tant de bruit au sujet du prétendu milliard des émigrés, on eût été beaucoup plus dans le vrai en parlant du milliard des acquéreurs de Mens nationaux^ car ce sont ces acquéreurs qui ont bénéficié, dans la plus large mesure, de la loi du 25 avril 1825.
M. Ganning, après avoir eu à Paris avec M. de Villèle de longues et fréquentes entrevues, disait de lui : c Cest une grande lumière et qui brille à peu de frais » . Jamais mot ne fut plus juste.
Lorsqu'il remit son portefeuille à son successeur, le 4 janvier 1828, il était parvenu à réaliser plus de trente millions d'économie annuelle dans le seul ministère des finances ; il avait simplifié les rouages de son mécanisme, à ce point qu'il avait pu réduire les frais du personnel de ses bureaux de la somme de 13.423.245 francs à celle de 6.055.750 francs et ramener le nombre de ses employés de 4.502 à 2.137.
La dette flottante avait été ramenée au chiffre de
167 millions de capital, chiffre en grande partie nominal, puisqu'elle possédait un gage de plus de 100 millions sur le gouvernement espagnol. Le poids des engagements du passé, si lourdement aggravés par les gouvernements antérieurs à 1814 et qui s'étaient élevés jusqu'à 193 millions d'arrérages, avait été allégé de 31 millions d'arrérages, et se trouvait réduit & 162 millions de rentes. Enfin le budget annuel n'atteignait pas le chiffre de 900 millions, et chaque exercice présentait un excédent de recettes, ce qui n'empêchait pas un amortissement progressif de plus de 90 millions d'être consacré, chaque année, au rachat de la dette inscrite.
Malgré les fautes qu'il commit ou laissa commettre, et qui ont été singulièrement exagérées par la passion politique, la France, lui tenant compte des difficultés du temps et du milieu où il opéra, placera M. deYillële au rang des ministres les plus honnêtes, les plus sages et les plus habiles qui aient conduit les affaires de notre pays. Cette justice, il la devra surtout au livre d'Alfred Nettement.
Restait encore à raconter le ministère Martignac, le ministère Polignac et les journées de juillet 1830. Ce devait être la matière d'un huitième et dernier volume : il a été publié seulement au mois de mai 1872, deux ans et demi après la mort de l'historien. Il avait, dans les derniers temps de sa vie, tracé le plan de ce volume, classé avec soin les matériaux, exprimé dans
524 AXFRBD NETTEMENT
(les notes les jugements d'ensemble; mais la rédaction n'était pas faite. L'œuvre capitale d'Alfred Nettement ne pouvait cependant rester incomplète. Une main pieuse et qui lui était chère entre toutes, une main filiale, a repris son travail au point précis où il Tavait abandonné et Ta conduit à sa fin avec un plein succès : le noble historien se serait reconnu tout entier dans ce dernier volume écrit par une jeune fille de vingt ans.
V Histoire de la Restauration a été entièrement écrite sur pièces. L'auteur a consulté les documents originaux anglais et allemands aussi bien que les documents français ; il a eu en mains les Mémoires, alors inédits, du baron de VitroUes, du général d'Andigné, du baron d'Haussez, du comte de Puymaigre et du prince d'Eckmûlh. Les correspondances et les papiers politiques des principaux hommes d'État de la période qu*il avait à raconter ont été mis à sa disposition, non seulement ceux de M. de Villèle, du prince de Polignac et du duc Mathieu de Montmorency, mais beaucoup d'autres : les papiers et les correspondances du duc de Blacas ; la correspondance du comte de Marcellus sur le Concordat de 1817 ; les papiers de M. d'Haussez, qui embrassent toute la Restauration ; des notes communiquées par M. le duc des Cars ; la correspondance du comte de la Ferronnays ; les papiers de M. de Guernon-Ranville, etc., etc. Et comme si ce n'était pas assez de tant et de si précieux documents, l'historien a mis de plus à profit ses entretiens avec des hommes considérables, témoins et quelquefois acteurs des événements, tels que M. Berryer et M. Laurentie.
Réunir des documents copieux, intéressants, neufs, authentiques, c'est la première tftche de l'historien. La
seconde n'est pas moins importante. Ces documents, en effet» il faut que le talent les coordonne, que l'art les caresse de son rayon et les anime de son souffle. Or rien n'est plus frappant dans le livre d'Alfred Nettement — et j'en ai déjàfait la remarque — que l'art de la composition, la savante ordonnance de Toeuvre, l'harmonie et la proportion de ses diverses parties.
Le style de l'historien est élevé, abondant, sagement imagé. Ses qualités cependant ne vont pas toujours sans un défaut, dû à l'extrême facilité de plume de l'auteur et à ses anciennes habitudes d'improvisation. La phrase parfois est trop développée ; elle veut contenir à la fois trop de choses, trop de faits et d'idées, et il lui arrive alors d'être trop ample et d'un poids trop lourd. Si le fond est toujours excellent, les sentiments toujours nobles, les vues toujours judicieuses, les appréciations toujours équitables, il manque quelquefois à la forme, pour être parfaitement appropriée à son objet, d'avoir plus de nerf et de concision.
Ces réserves faites, j'ajoute qu'Alfred Nettement est peut-être, de tous les historiens de ce siècle, celui qui a mis dans son œuvre le plus de passion généreuse, de conviction ardente, d'émotion sincère, le plus d'âme et d'éloquence. L'éloquence, je le sais, est tenue aujourd'hui pour fâcheuse. Nous sommes gens positifs ; nous ne voulons plus que des faits, encore des faits, toujours des faits. Soit ; exigez de l'historien des informations nombreuses et précisés, mais n'oubliez pas que les faits, réduits à eux-mêmes, sont au demeurant peu de chose ; qu'ils s'affaieseront bientôt sur le sol comme une masse iuerte, s'ils ne sont pas agités, soulevés par un souffle
526 ALFKKD NETTKMENT
puissant, par cet esprit de moralité et de grandeur qui est l'âme même de l'Histoire : Mens agitai molem. Nui historien ne peut prétendre au premier rang, s'il ne sait pas juger de haut les événements qu'il raconte et si, dans certaines rencontres, il n'est pas éloquent.
A la fin de 1868, alors que les six premiers volumes de V Histoire de la Restaur^ation avaient déjà paru, Alfred Nettement crut pouvoir demander pour eux le prix Gobert. « Vous avez bien fait, lui écrivait M. Guizot le 3 mars 1869, de présenter l'ouvrage à l'Académie pour le grand prix Gobert... Je serai heureux de contribuer à lui faire rendre justice. Je ne sais pas quels sont vos concurrents. La Commission ne s'est pas encore réunie... »
L'Académie crut devoir maintenir le premier prix Gobert à V Histoire de France de M. Rodolphe Dareste, qui déjà l'avait eu Tannée précédente. La commission se réservait d'ailleurs de couronner l'ouvrage d'Alfred Nettement aussitôt qu'il serait terminé. En attendant, comme il venait de publier une nouvelle édition de son Histoire de la Conquête d^ Alger ^ elle lui attribua le second prix Gobert. On lit dans le Rapport de Villemain sur les concours de Tannée 18H9 :
« Le second prix de la fondation Gobert, la médaille attribuée depuis quelques années au môme travail, est seul transféré. C'est un événement de notre époque, habilement racontéi qui obtient cet honneur. La conqiit^le de TAlgérie, écrite sur documents ofiiciels et privés, méritait l'attention : c'était une
guerre d'humanité et de progrès social ; c'était une œuvre de patriotisme et de prévoyance. La date de l'événement disparait dans sa grandeur ; l'événement lui-même reste une conséquence de l'histoire nationale.
« La France dn XVIJe siècle avait foudroyé Alger sans détruire la piraterie, sans interdire l'esclavage, dont Vincent de Paul sauvait quelques victimes en se livrant lui-même à la servitude. La France du XIX« siècle a pris Alger, supprimé la piraterie, occupé un vaste pays qu'elle civilise. Sa conquête a été pour elle un champ de manœuvre, où se fortifiaient ses soldats, où s'exerçaient encore ses généraux, et elle en est revenue plus puissante pour des épreuves soudaines et des guerres inopinées. A ce titre et pour des motifs toujours présents, l'expédition, l'assaut et la première bataille d'Alger, puis l'occupation des territoires aussitôt commencée, demeuraient mémorables. Toute cette part de récits fortement retracés, ce prélude de l'agrandissement français sur la côte d'Afrique, cette annonce d'une succession assurée à l'ancien génie romain contre la barbarie, ne peut qu'intéresser vivement les lecteurs français. Le narrateur est mieux qu'impartial pour la gloire des armes dont il salue le triomphe ; il en montre la force et la durée, et il honore dignement une entreprise dont il reconnaît le résultat comme précieux à la France et respecté par l'Europe.
« C'est à ce titre que le second prix de la fondation Gobert est décerné à l'ouvrage sur la conquête de l'Algérie, par M. Alfred Nettement.
« Le nom de l'auteur, tout récemment frappé d'une mort prématurée, restera protégé par la sincérité de son caractère et de ses travaux. Fidèle à un premier dévouement dont il est fier, il fut également fidèle à l'intérêt français en lui reconnaissant des titres de gloire dans l'Algérie. Son livre, accueilli par le lecteur impartial, attachera de nouveaux regrets à sa mémoire. »
En 1870, le grand prix Gobert fut transféré de V Histoire de France^ de M. Dareste, à V Histoire de la Tef^reur, de
jf
M. Morlimer-Ternaux. V Histoire de la Conquête d'Alger conservait le second prix. La guerre et le siège de Paris n'ayant pas permis à l'Académie de tenir, au mois de novembre 1870, sa séance publique annuelle, ce fut seulement le 23 novembre 1871 que les prix purent être décernés. Après avoir parlé de l'ouvrage de M. Mortimer-Ternaux, M. Patin, le nouveau secrétaire perpétuel ', ajoutait :
« Un intérêt de nature bien différente s'attache aux souvenirs glorieux qu'a rappelés avec sympathie, exactitude et talent, dans son Histoire de la Conquête de l'Algérie, M. Alfred Nettement. L'Académie, qui en 1869 avait décerné à cette Histoire le second prix de la fondation Gobert, a cm devoir, en 1870« le lui maintenir, couronnant ainsi de nouveau, non sans tristesse, avec un bon livre, une carrière littéraire prématurément interrompue par la mort et digne d'être longtemps honorée. »
L'Académie cependant sentait bien qu'elle n'avait pas payé toute sa dette au noble écrivain. Après l'apparition du huitième et dernier volume de V Histoire de la Restau- 7*ation^ elle décida de partager le grand prix Gobert entre l'ouvrage d'Alfred Nettement et l'Histoire des États généraxix de 1355 à Î6î4^ par M. Georges Picot. M. Patin s'exprime ainsi dans son Rapport du 28 août 1873 :
« L'Académie a associé au livre de M. Picot un autre ouvrage, lui-même de grande étendue et de longue haleine, dont les parties successives ont été, lors de leur apparition, soumises à son jugement, et auxquelles la publication d'un huitième et dernier volume, hélas ! posthume, permet d'atth-
1. M. Villomain, qui remplissait depuis 18B4 les fonctions de secrétaire perpétuel, cluit mort le 8 mai 1870. M. Patin Tavait remplacé le 29 juin 1871.
ThV) ALFRED NETTEMENT
fallu alors faire des démarches, des visites, des courses, et il nen avait ni le goût ni le temps. II estimait d'ailleurs que son confriTc M. Laurentie, de beaucoup son anciens devait passer avant lui, et M. Laurentie ne montrait nul empressement à briguer les suffrages académiques. Un jour vint cependant où Alfred Nettement crut devoir se mettre sur les rangs. Le 16 mars 1869, il adressait au secrétaire perpétuel la lettre suivante :
« Monsieur le Secrétaire perpétuel,
« Je vous prie de vouloir bien commnnîquer à rAcadéraie française Tintention où je suis de me porter candidat au fauteuil qu'occupait M. Ikrrj'or.
« J'espère que personne ne verra dans cette résolution la présomptueuse pensée de réparer ainsi la perte irréparable que l'Académie a faite. Le motif qui me détermine est tout autre. Je crois que le public comprendrait mal que l'opinion à laquelle appartenait M. Berryer, dont la gloire appartient à la Fraace, ne réclamtlt pas l'honneur de présenter relui qui doit prononcer l'éloge de cet homme illustre devant l'Académie française. J'espère que l'Académie aura cette idée présente à l'esprit en jugeant la démarche que je fais auprès d'elle. Quoi qu'elle déride, j'aurai du moins éloigné de l'opinion à laquelle M. Berryer était si ndèlement attaché l'accusation d'avoir signé par cet aveu d'impuissance un acte d'abdication morale et intellectuelle.
« Il est toujours diflicile de parler de soi, plus difficile en présence d'une si grande mémoire,
« Heureusement que, n'ayant jamais été orateur, j'échappe ainsi à un parallèle impossible.
c» Je rappellerai donc seulement qu'entre la vie de tribune si éclatante de M. Ik'rryer et ma modeste vie d'écrivain, il y eut cette ressemblance que, pendant trente-huit ans, nous avons
1. M. Laurentie avait douze ans et demi de plus qu'Alfred Nettement ; il était né le '21 janvier IV.ti.
532 ÀLFRBD NETTEMENT
C'était s'y prendre bien tard. On était presque à la veille du jour fixé pour ^élection^ Les positions étaient occapées, les promesses faites ; il n*y avait plus de place pour une candidature nouvelle. Force était à Nettement de se retirer ; il le fit, le 15 avril, par cette seconde lettre :
« Paris, 15 avril 18U9.
« Monsieur le Secrétaire perpétuel,
« Uniquement occupé de mes travaux et de mes études, j'ignorais, en posant dernièrement ma candidature, combien ma démarche était tardive. Mieux informé aujourd'hui, je viens vous prier de vouloir bien annoncer à l'Académie que. sans cesser d'attacher le plus haut prix à ses suffrages, je lui demande de ne pas me compter aujourd'hui parmi ceux qui briguent l'honneur d'occuper un fauteuil si malheureusement vacant.
ce Veuillez bien agréer. Monsieur le Secrétaire perpétuel, l'hommage personnel et bien sincère de ma plus haute considération. »
Alfred Nettement n'a donc été, à aucun moment, réellement candidat. Il semble bien d'ailleurs que ses amis n'ont point à regretter pour lui qu'il n'ait pas fait partie de l'Académie. A cette vie tout entière d'abnégation, de désintéressement et de sacrifices, il eût manqué quelque chose, si elle eût connu les récompenses. Selon le mot de ce Bossuet qu'Alfred Nettement aimait tant, on le tit accompli par ce dernier trait que, dans un siècle d'ambition, de lucre et de vanité, il n'a jamais recherché, jamais recueilli ni profit, ni honneur. De tous les écri-
1. Elle eut lieu le 29 ayril 1869. Le comte Franz de Ghampagny, riiistorien des Césars^ fut élu en remplacement de Berryer.
très ■seq
tuéf .écot béni
ter I etc
DQJO
\,mi lie
6S l OU ( t —
lan
in c une,
ivrei it, e
fM ALFRED NETTEMENT
charge les deux orphelines. Il pourvut aux frais de leur éducation ; quand l'argent lui manquait, il demandait pour elles, ce qui lui coûtait plus que de donner.
Dans cette nature exquise, le cœur était aussi tendre que rintelligence était ferme et haute. Il adorait ses parents. Aussitôt qu'il eut commencé à gagner un peu d'argent, il voulut le partager avec eux. Tant que vécurent son père et sa mère, il les entoura des soins les plus attentifs ; quand il les eut perdus, il garda fidèlement leur mémoire. Sa mère était morte le 15 avril 1851. Il l'ensevelit et la veilla. Après Tenterrement, il s'installa dans la chambre de la morte ; il y fit transporter son bureau, et c'est là qu'il voulut désormais travailler, comme pour se rapprocher de Tàme si chère qui Tavait quitté dans ce lieu. Jusqu'à la fin de sa vie, le 15 avril, il sortait de bonne heure pour aller assister à une messe quïl faisait dire à l'intention de la défunte ; mais il y allait seul, ne permettant même pas à sa fille de l'accompagner. On aurait dit que, ce jour-là, il voulait être tout à Dieu et à sa mère, qui avait été très jalouse de sa tendresse.
Comme il était bon, il était modeste. Il avait été l'un des jeunes hommes les plus brillants de sa génération; publiciste, critique, historien, il avait eu de grands succès: jamais il n'en avait ressenti aucun orgueil. S'il lui arrivait de s'en n'jouir, c'était surtout parce qu'ils profitaient à la cause qu'il servait. Il avait du reste à peine conscience de sa modestie, tant elle lui était naturelle ; mais tous ceux qui le connaissaient en étaient frappés. Ils s'en émerveillaient entre eux. Désiré Nisard, son ancien camarade de Sainte-Barbe, l'avait surnommé « la Violette ».
D'un désintéressement absolu, et en toute rencontre
dia
le d aiei
5SlS ALFRED NETTEMENT
de Beauchesne, rhistorien de Louis XVII et de Madame Élisabelh, Albert de Cîrcourt, qui, en souvenir de YOpinion publique^ l'appelait toujours le Chef y TabbéLe Crom, M. Harscoiiet de Saint-Georges et son fils M. Paul de Saint-Georges, le comte Alfred de Neuville, Léo de Laborde, le vicomte de Saint-Priest, M. de Larcy, M. de Laboulie, Alfred Dufougerais, Jacques Lecoffre, le marquis de Sauvaire-Barthélemy, petit-neveu de l'auteur du Jeune Anacharsis^ M. Chapot, son ancien collègue à la Législative, qui mourut à Venise entre les bras du comte de Chambord, le 8 février 1856, Henry de Riancey, Gorges de Cadoudal, le marquis de Beaucourt. Tous appréciaient la sérénité de son caractère, la chaleur de son âme, l'élévation de ses sentiments, la fermeté de son bon sens. Tous admiraient chez lui l'accord absolu entre les principes et les actes, et que l'ardeur de ses convictions se conciliât si bien avec une inaltérable courtoisie et avec la recherche constante de tout ce qui pouvait rapprocher les esprits, a Si Nettement était là, disait M. de Larcy après 1870, il servirait de trait d'union entre nous tous par sa modération, sa clairvoyance politique ; il nous mettrait tous d'accord. »
Il ne voyait pas ses amis autant qu'il l'eût désiré. Ses articles sans nombre, la direction de la Semaine des Fninilles, la préparation et la rédaction de ses livres ne lui laissaient guère de loisirs. 11 sortait peu, sinon pour dos courses ou des visites indispensables, le dimanche pour assister aux ofFices et aller voir ses fils au collège. Il travaillait toute la journée, et le soir, à dix heures, après les trop courts instants consacrés à sa famille, il rentrait dans son cal)inet et reprenait la tâche interrompue. Sa
en Amérique, où il possédait des biens considèrables^ Lorsqu'elle n'était encore que M"<^ de Granet, M»' de Chaumont avait entretenu et développé chez Alfred Nettement le sentiment royaliste. Il lui en était reconnaissant et il aimait & revivre auprès d'elle les années de sa jeunesse. Il lui semblait alors être revenu aux jours bénis d'Astrée, au temps du bon roi Charles X.
Après les douces semaines passées à Draveil, Alfred Nettement et sa famille allaient s'installer pour les mois d'été dans la modeste maison de son beau-père, M. Babault, située à Angerville au delà d'Etampes, sur la route d'Orléans, en pleine Beauce. La Beauce n'est guère la campagne. Ce pays plat, sans eau ni arbres, n'est agréable à voir qu'avant la moisson ; quand les blés sont coupés, c'est le désert sans oasis, et pour but de promenade les routes encadrées de chaumes. Mais l'imagination poétise et transforme tout ce qu'elle touche. Parfois, montrant à sa lille le grand hori/on dénudé : « Figure-toi, lui disait-il, que la mer est là-bas ! » Pour lui, il se le figurait; il sentait la brise caresser son front ; il apercevait là-bas, là-bas, au delà des champs arides qu'il avait devant lui, les landes de Bretagne et les grèves de l'Océan. Toujours avec sa fille, il faisait de longues promenades dans le petit jardin, et si les murs arrêtaient leurs regards, ils les élevaient vers le ciel dont l'infinie grandeur et la sérénité les attiraient. Puis, le soir, quand les étoiles apparaissaient, ils parlaient du vrai ciel dont le ciel visible est l'image. Sa fille l'interio^eait sur ces au-delà et quand ses
1. Le cliAloau de (^.hauraont-sur- Loire est actueUemcnt la propriété de M. le prince Aniédée de Broglie, arrière-pelit-fils de M"»» de StaêL
ED NETTEMEK-
rieuses, il lu : L'œil n'a {, a pas conçu l ) n'avons pas procbait du t 1 il priait, so rs temps de ! tlamme inté u'il avait, il r
ip8. et la mo ité, et, en aj
, pendant soi ris, on se le r natisme et de !n danger. Gi iru bientôt pi illusion sur s ipa. Les inqu ssiper, Comm e voyait se I arente, à cet coutumier?
jour, plusieur e qui devaiei
ment de son Histoire de la Restauration, les étudiant, les classant, prenant des milliers de notes. Il écrivait, chaque quinzaine, pour VUnion^ une Variété littéraire ; chaque semaine, il envoyait au Journal de Bruurelles deux et quelquefois trois Lettres politiques. Mais c'était surtout à la Se?naine des Familles qu'il donnait le meilleur de son temps, sans doute parce que c'était là qu'il croyait pouvoir faire le plus de bien. Il semble qu'ayant le pressentiment de sa fin prochaine, il veuille réserver à la jeunesse ses dernières leçons et dépenser à son service ses dernières forces. En ces derniers jours, comme au début, pas une livraison qui ne renferme un grand article signé Alfred Netteynenty une Chronique signée Nathaniel et un récit de voyage ou une esquisse de mœurs sous la signature de Fêthr-Henri ou de René, Dans les dix premiers mois (le 18(>9, l'infatigable écrivain donna à sa chère Revuo cinq Causeries sur le Siècle de Louis AVF, six articles sur le Salon ; à de graves études sur le Concile de Trente^ sur Jean Sans-Peur^ sur Marie Stiuirt et Jane Grey, sur le Roi Lear de Shakespeare et sur Calderon, sur les comtes d'Egmont et de Horn, sur Bernard Palissy et Ni col as Poussin, sur Godefroy de Bouillon et Pierre le Grand, sur le Château de Pau et le Château de Choumont, sur la Bastille, sur La Bourdonnais^ sur Ozanam et Dante, etc., etc., il mêle de jolis coins de paysage, sans préjudice d'une Nouvelle, les Deux Juynelles^^ aimable et touchant récit d'où se dégage encore une leçon.
1. 'l'i ot .31 juillet 1869. — Dans la Semaine des Familles du 10 oclobro lS»j7, je trouve une autre Nouvelle d* Alfred Nettemenf. si;4ri«*e Xathdnirl comme Ifis Deux Jumelles ^ et intitulée : Vn Pressontir/iPnt. Dans cette même année 1867 (25 novembre et 21 décem-
ALFRBD NEn
ire 1869, la Sem dans sa douziëm t passé, Nathan .'avenir et des tn
s sur l'histoire ô ■être cette année, [. Alfred Netleme que nous avons ouvragée impor
s rien de votre se □e René et Félix ce que la modeeti peu ce bonnet sur la lice... Et m:
i. Je m'arrête le ctobre il faudra asi, ami« lecteurs
m eifet, Alfred izîème année dt bens et sur Fer uelle. L^ 9 octob re de France.
acances, de 186!
tires de Paris au lontinué de don
blié, le! Récits du
I dea Deux Mésall
able Tolnme.
nëro de la Semaine
X, page 459.
t en date du lt> ao
let le jeudi 19 aoftt.
quinzaine, une Variété littéraire. Il en publia encore une le 26 octobre ; elle était consacrée à Y Histoire de la Terreur, de M. Mortimer-Tcrnaux.
Le samedi 13 novembre, la Semaine des Familles parai:5sait avec une Chronique de Nathaniel et, en tête, un article d'Alfred Nettement sur Charles-Quint. Le lendemain, il i'^tait mort.
Il était rentré à Paris le mardi 9 novembre, après quelques semaines passées à Draveil. Le vendredi 12, comme il se remettait à sa table de travail, un engourdissement subit envahit tout son corps. Il se coucha, et presque aussitôt il perdit connaissance. Il entendait à peine, ne reconnaissait pas ses proches et paraissait insensible au traitement révulsif que les médecins avaient prescrit. Le dimanche 14, il s'endormit dans le Seigneur. Il avait à peine soixante quatre ans.
Ses obsèques furent célébrées, le mercredi 17 novembre, dans l'église de Sainte-Clotilde. Tous les rangs et, ce qui est un privilège bien rare, toutes les opinions s'y étaient donné rendez-vous pour faire cortège à la dépouille du généreux écrivain. Dans le concert d'éloges qui s'éleva sur sa tombe, pas une note discordante ne se fit entendre. L('s journaux qu'il avait le plus vivement combattus furent les premiers à lui rendre hommage, à honorer ea lui la (ixité des opinions, l'indépendance du caractère et le dévouement à sa foi.
i)('s qu'il apprit la douloureuse nouvelle, le comte de Chambord écrivit à M"" Alfred Nettement :
a Frohsdorf, le 19 novembre 1869.
(( J'apprends, Madame, le cruel malheur qui vient de vous
ne veux paa tarder un instant à i la femme et moi nous prenons à ^ erds en celuique vous pleurez un de 9 utiles amis, ijui n'a cessé de donr ligion et du droit des preuves du j Je n'oublierni jamais, croyez-le b 1 beau talent, et les nombreux si lise, & la France et à moi. Il est m< :ien fervent et en Français fidèle. El enfants se font gloire, je le sais, d< i traces. Soyez auprès d'eux l'inti jympathie et recevez vous-infime timenta sincùros.
ce moment de Paris, cloué sur u mal cruel qui allait bientôt l'em ilembert adressa, de soq côté, e suivante :
,a Roche-en-Br«ny (CJte d'Or), 23 n
Mademoiselle,
la désolante nouvelle de la mori
est arrivée, j'étais précisément oc me de son Histoire de la Resiaiii li écrire pour le remercier de nouv il cet ouvrage, et surtout à ce demi faoon si lumineuse et sE impartial!
1 grouTernement parlementaire, en tes conséquences de ces exagératic . Restauration et que notre grand it de noter pour toujours dans le |
italembcrt mourut le 13 mar^ ISÏU.
5&4 ALFRSD NETTEMENT
dirait emprunté au livre de M. Nettement, où il rappelle Todieux dilemne posé par La Mennais : ou uUramonliin ou athée /
« Jugez donc de ma consternation en apprenant queThomine envers qui je me sentais chaque jour de plus en plus attiré avait tout à coup disparu de ce monde. Tout en lui enviant le bonheur d'être déjà arrivé au terme de sa tâche et de ses épreuves, je ne puis que prendre la plus vive part au chagrin domestique dont vous avez daigné m'entre tenir avec une si filiale émotion. Mais je dois surtout m'atHiger pour les honnêtes yens, qui perdent en monsieur votre père un de leurs chefs et de leurs modèles les plus accomplis.
« Dans cette société moderne, où les plus grandes questions se décident par la plume bien plus que par Tépée, et par le journal encore plus que par le livre, il a été le type de l'écrivain et du journaliste sans peur comme sans reproche. Il a lutté pendant quaranse ans avec un dévouement infatigable, ava^ un désintéressement complet, pour une cause vaincue. Il n'a jamais changé de drapeau, jamais renié ses premières affections, jamais courtisé la force ou la fortune.
« Il est mort comme il avait vécu, en travaillant. Il a porté au tribunal du souverain Juge le fruit de ses labeurs si radeiiient prolongés. Il y aura trouvé la miséricorde dont nous avons tous tant besoin et qui lui était plus assurée qu'à personne.
« Il a dû certes souvent connaître les mécomptes, les dêcouraj^ements, les amertumes inséparables de toute vie militante ici-bas. Il ne leur a jamais permis de déteindre sur sa polémique ; et je ne pense pas qu'il y ait quelqu'un au monde qui puisse se plaindre d'avoir été sciemment maltraité ou méconnu j»ar lui.
« I/unauiuiité des éloges que lui ont décernés tous ses confri'res de la presse est un témoignage bien honorable pour Itî nom qu'il vous laisse ; c'est aussi le signe de runanimité l»ieu plus consolante encore des suffrages que tous ses amis et tous les chrétiens qui l'ont connu apporteront à son âme (levant Dieu.
Ai.PRED NETTEMENT
i, Mademoiselle, l'hommage de i oére, bisn qu'il ne soit pas désinl )ère m'a souvent prodlf^é les mar tant plufi de générosité que nous c luSme avis. Lorsque j'avais l'hon Assemblée nationale, nous étions i ouverte. C'est k ce temps lointain <oat me demander s'il y avait quelq i, pas plus qu'ailleurs, je ne tn ne voiler dans ma mémoire la di( uté de son caractère, l'énert^ie toi lage.
iT d'être, Mademoiselle, avec une r
i-humble et très -obéissant servi te u H Charles de Montaj.e
ge de Montalembert je joiadrai 1 faite pour apprécier Alfred se souvent & son foyer et qui a et sa vertu. Le 34 novembre 18( écrivait à soa amie la priucesi
Princesse,
s vous ont appris le grand ohagrin la mort de mon excellent ami Ni e pour moi. Je n'ai jamaii rencon .me. C'est vraiment un deuil génén i avoir trouvé l'ombre d'une impe leu A sa Qlle, et passe près d'elle
546 MiFRBD NETTEMENT
Le jour des obsèques de M. Laurentie, comme son fils arrivait à la maison mortuaire, il entendit un ouvrier, qui chargeait des tonneaux sur un haquet, dire à son camarade en lui montrant le cercueil de l'écrivain exposé sous la porte : « Cet homme-là, on doit le respecter, car il n'a pas varié une minute dans sa vie )». Cela aussi, od l'aurait pu dire d'Alfred Nettement, le jour de ses funérailles. Certes, dans un temps quia vu tant de révolutions, c'est un bel exemple que celui de la fidélité ; mais Alfred Nettement n'a pas donné que celui-là. Il a été. pendant toute sa vie. l'homme du travail, du dévouement et de la générosité, l'homme du devoir. Il a publié quarante volumes, il a écrit des articles et des feuilletons sans nombre, et dans ces milliers de pages il n'en est pas une seule qui ne soit noble, élevée, généreuse, pas une qui ne respire l'amour du bien et le culte du vrai, pas une qu'il n'eût pu mettre sous les yeux de sa fille. Au-dessus du talent il y a l'àme, et l'âme, chez Alfred Nettement, était exquise, si modeste avec ses admirables dons, si droite au milieu des déviations et des défaillances de ce siècle, si pure à travers les corruptions contemporaines. C'est pourquoi sa vie a été pour nous un che)* entretien. Jeune, il s'était appelé lui-même le Vaincu : ce titre, il l'a porté fièrement jusqu'à la fin ; il est mort sans avoir vu se lever l'aurore de la victoire. Qu'importe, puisqu'il a, pendant quarante ans, combattu pour une cause sainte, celle de la Religion, puisqu'il est demeuré fidèle à une grande cause, celle de la monarchie. C'est une modeste vie que j'ai racontée; mais il me semble bien, en terminant, que cette existence d'honneur et de sacrifice n'a rien à envier à d'autres destinées : elle garde un caractère de beauté qui tient aux t^entiments les plus élevés de l'âme humaine.
lux — on l'a bien vu au rappeler ce que fut Alfrei donné de reacontrer parfc !, cet accent qui pénètre re, dan3 l'Iliade, nous n les plus sages d'entre lea e la ville, au-dessus des p Tendre de louer Hélène a eux. couverte de voiles à des cigales qui, dans le lient leur voixde H,î'. ■> I Te consacré au noble écri retrouvé rà et là, ne fùtn écho de cette voix doi i rappelle la blancheur du
TABLE ALPHABÉTIQUE
liAUKFHEMONT (uriocesse de). 329.
Baulny (vicomte de). 256.
Bayard^ auteur dramatii^ui. 178.
Baylis. imprimeur. 14:^.
Bazb, dépoté. 3»), 412.
BAzm DE Kaucou. (î3, 86. S40.
Bkaughesne (Alcide de), 501. 536.
BB.VUCOURT ^marquis de|, 501, 586.
Beaujolais (duc de), 247.
Beaumarchais. 241.
Beaumont ((iustave de), 998.
Beauvoir (Roger de). 124.
BfirjiARD (Ferdinand), 256. 5<il.
Bedeau (Kénéral), 448.
Beethoven, 512, 537.
Belii(Kik(M«' de), 246.
Beixaouet (François), 35.
BELL.iRT, 84.
Bkllbmare, KJU.
Brujcval (marquis de). 3»1, 896, 419, 42U. 421. 4:», 481.
Benoist d'Azy (comte), 414.
Bêranoer (P.-J. deX 87. 117, 118,
Berchoux, 62.
Brroakke (Nicolas), 52.
Bernard (saint), 2/6, 505.
Bernard (Charles de), 106.
Bernard (Claude), 529.
Bkrrv (duc de), 18, 23, 79, 98. 247, 278, 48i*, 499.
Hehky (duche.sHp de), 31, 86, 77,78,
4«>, 4iK), 587.
Hkrryer père, avocat. 16.
Berryer, 34, àl, 57, 71, 72, 73, 74, 78, 92, i;i5, 166, 167, 168. 169, 214, 2:K), 2:U, 21»), 237, 238. 239, 25t), 280, 281. 282, 291, 292, 296, 2î)7, :I01, 304, 381, :389, 405. 406, 414, 4'>0. 481, 514. 515, 524, 5;*), :m.
Bkh'hn l'Aîné, 176.
Bkthizy (Mk' de)» 246.
BE-rriNo de Lancastel, 404.
Bkl'(»not (comte Arthur), 240, 421.
Bi(JN\N (Anne). 52, 2^0.
BioNiiN (l)aroii), 2t)7.
BU.LAULT, 48().
BiLLEr.og, avocat, 3i.
bineau, im, :m.
BiOT (J.B). 51.
BiRÉ (Edmond), 22, 43, 56,200, «ii.
;tô7. 455, 517.
BisACciA (duc de la). 508.
B188Y (baron de oncle d'Alfml
Nettemi.nl, 21. 31.
BissY (M»>- de), 10.
Bismarck. 895.
Bnio, 898, 419. 4:^.
Blacas (duc de), 111, 114, 115, WH.
Blanc ( Lugène), 342.
Blanc (Louis), :i47. 348. 428.
Bliïcher, 474.
BoiLEAU, 828.
Boisard. architecte, 16.
Bois-le-Comtb (def 441.
Bonald (Vicomte de), 51, iti, la'i.
Bonald (Henri de*. 52.
BoNAPABTE (Joseph), roi de Napl<^
et d'Espanie. 1. 9, 10.